Introduction
Tim Berners-Lee est l'architecte de l'une des innovations les plus transformatrices de l'histoire humaine : le World Wide Web. Contrairement à Internet (le réseau d'interconnexion des ordinateurs existant depuis les années 1960), le web est son système de partage d'informations hypertextes accessible via des navigateurs. Son choix de ne pas commercialiser sa création et de la placer dans le domaine public a été déterminant pour son expansion exponentielle et sa nature démocratique.
Jeunesse
Né dans une famille de mathématiciens et d'informaticiens pionniers (ses parents ont travaillé sur le premier ordinateur commercial, le Ferranti Mark 1), Tim Berners-Lee baigne dès l'enfance dans un univers technologique. Il étudie la physique au Queen's College d'Oxford, où il obtient son diplôme en 1976. C'est à Oxford qu'il construit son premier ordinateur à partir d'un microprocesseur et d'une vieille télévision. Sa passion pour les réseaux et la manière dont les gens organisent et partagent l'information se développe très tôt.
Carriere
En 1980, alors consultant logiciel au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève, il rédige un programme nommé « ENQUIRE », un système de gestion de l'information basé sur l'hypertexte, préfigurant le web. De retour au CERN en 1989, il formalise sa vision dans une proposition intitulée « Gestion de l'information : une proposition ». Son supérieur, Mike Sendall, y appose la mention « Vague, mais excitant… ». Avec l'aide de Robert Cailliau, Berners-Lee développe alors les trois technologies fondamentales : le HTML (langage de balisage hypertexte), l'URI/URL (adresse unique des ressources) et le HTTP (protocole de transfert hypertexte). En 1990, il crée le premier serveur web (info.cern.ch) et le premier navigateur-éditeur, « WorldWideWeb ». Le 6 août 1991, il annonce publiquement le projet sur un groupe de discussion Usenet, marquant la naissance du web public. En 1994, il fonde au MIT le World Wide Web Consortium (W3C), organisme de normalisation chargé de garantir l'interopérabilité et l'évolution du web. Il a également créé la World Wide Web Foundation en 2009 pour défendre un web libre et ouvert.
Innovations
Son innovation centrale est l'intégration de concepts existants (Internet, hypertexte) en un système universel et simple d'utilisation. Le web n'est pas un réseau physique, mais une couche d'abstraction accessible via un navigateur. Ses inventions majeures sont : 1) Le HyperText Markup Language (HTML), pour structurer les documents. 2) Le Hypertext Transfer Protocol (HTTP), pour la communication client-serveur. 3) Les Uniform Resource Identifiers (URL/URI), pour localiser toute ressource sur le web. 4) Le premier navigateur web intégrant un éditeur. Plus tard, il a plaidé pour l'évolution vers un « Web sémantique » (ou Web de données liées), où les informations sont structurées de manière à être facilement interprétables par les machines, permettant une intégration et une réutilisation plus intelligentes des données.
Style
Tim Berners-Lee incarne un style de leadership basé sur le consensus, la collaboration et l'idéalisme. À la tête du W3C, il ne dicte pas les standards, mais facilite les discussions entre centaines d'organisations (entreprises, universités, gouvernements) pour aboutir à des recommandations techniques robustes et acceptées par tous. Son management est tourné vers la mission, non vers le profit. Il est décrit comme humble, visionnaire et profondément attaché aux valeurs humanistes et décentralisatrices qui ont présidé à la création du web.
Influence
Son influence est sans équivalent dans la société de l'information. Le web a révolutionné la communication, le commerce, l'éducation, la politique et la culture. Berners-Lee est considéré comme l'une des figures les plus importantes du XXe et XXIe siècles. Il a été anobli par la reine Élisabeth II en 2004 et a reçu le prix Turing (équivalent du Nobel en informatique) en 2016. Aujourd'hui, il utilise son influence pour combattre les dérives qu'il perçoit : centralisation du pouvoir par quelques plateformes, surveillance de masse, désinformation et fracture numérique. Il milite activement pour la neutralité du net, la protection de la vie privée et les droits des utilisateurs, défendant sa vision originelle d'un web pour le bien de l'humanité.
