Introduction
La théocratie, du grec 'theos' (dieu) et 'kratos' (pouvoir), désigne un régime où le pouvoir politique est exercé par les autorités religieuses ou au nom d'une divinité. Contrairement aux États laïcs qui séparent les sphères religieuse et politique, la théocratie les fusionne, faisant de la religion la source unique ou principale de la légitimité, de la loi et de la gouvernance. Ce système repose sur l'idée que la souveraineté ultime appartient à Dieu et que les dirigeants humains ne sont que ses délégués.
Description
Dans une théocratie pure, la classe dirigeante est composée du clergé ou de personnages considérés comme divinement inspirés. La loi en vigueur est directement tirée des textes sacrés (comme la Torah, la Charia, ou les écritures canoniques) et de leur interprétation officielle par les autorités religieuses. Il n'existe pas de distinction conceptuelle entre le délit et le péché. Les institutions judiciaires, éducatives et sociales sont généralement sous le contrôle direct ou l'influence prépondérante de l'institution religieuse. La légitimité du pouvoir ne vient pas du consentement des gouvernés (comme dans une démocratie) ou de la force (comme dans une dictature), mais de la conformité supposée à la volonté divine. Les citoyens sont avant tout des fidèles, et leurs droits et devoirs sont définis par leur appartenance religieuse.
Histoire
Les formes de théocratie sont anciennes et diverses. Dans l'Égypte pharaonique, le pharaon était un dieu incarné. Les cités-États de la Mésopotamie étaient souvent gouvernées par des prêtres-rois. L'État pontifical, gouverné par le Pape de 756 à 1870, en est un exemple chrétien majeur. Le califat, successeur du prophète Mahomet, a incarné une forme de théocratie dans le monde musulman. À l'époque moderne, la République islamique d'Iran, établie en 1979, est l'exemple contemporain le plus abouti, avec le système du 'Velayat-e Faqih' (la tutelle du juriste théologien) où le Guide suprême, un religieux, a l'autorité finale sur toutes les branches de l'État. Le Vatican, une monarchie absolue élective dirigée par le Pape, est aussi une théocratie, bien que de taille réduite. Des régimes à forte inspiration théocratique ont également existé, comme la Genève de Calvin au XVIe siècle ou le régime des Talibans en Afghanistan.
Caracteristiques
1. **Fusion des pouvoirs** : Le pouvoir religieux et le pouvoir politique sont détenus par les mêmes institutions ou personnes. 2. **Légitimité divine** : La source de l'autorité est transcendante, ce qui la rend difficilement contestable sur des bases purement politiques. 3. **Droit religieux** : Le système juridique est basé sur une loi sacrée (Charia, droit canon, loi juive halakhique). 4. **Clergé dirigeant** : La classe politique est recrutée parmi les dignitaires religieux ou ceux qui ont leur approbation. 5. **Mission sacrée** : L'État a souvent pour objectif explicite la réalisation d'un projet religieux sur Terre (création d'une société pieuse, application de la loi divine). 6. **Restriction des libertés** : Les libertés individuelles, notamment de conscience, d'expression et de religion, sont généralement sévèrement limitées au nom de la conformité doctrinale. 7. **Éducation et médias contrôlés** : Les systèmes d'information et d'éducation sont utilisés pour inculquer l'idéologie religieuse officielle.
Importance
La théocratie représente un modèle politique radicalement alternatif à l'État-nation laïc et démocratique qui domine le monde moderne. Son étude est cruciale pour comprendre les dynamiques du fondamentalisme religieux, les conflits entre modernité et tradition, et les relations internationales avec des États comme l'Iran. Elle pose des questions philosophiques fondamentales sur la souveraineté, la liberté et les sources de la loi. Bien que rare à l'état pur, l'influence d'idéaux ou d'institutions théocratiques reste une force politique significative dans de nombreuses régions du monde, affectant les débats sur les droits humains, le statut des femmes, et la place de la religion dans l'espace public.
