Introduction
La méritocratie est un idéal d'organisation sociale et politique qui postule que les individus doivent atteindre des positions sociales en fonction de leurs mérites propres, et non de leur origine sociale, de leur richesse ou de leurs relations. Elle repose sur la croyance que la justice distributive est atteinte lorsque les plus talentueux et travailleurs sont récompensés, favorisant ainsi l'efficacité et l'équité. Ce concept, à la fois descriptif et normatif, influence profondément les démocraties modernes et leurs systèmes éducatifs et économiques.
Description
Dans une méritocratie pure, l'accès aux postes de responsabilité, aux formations prestigieuses et aux rémunérations élevées est déterminé par des critères objectifs de compétence et d'effort. Les mécanismes typiques incluent les concours, les évaluations standardisées, les revues par les pairs et les performances mesurables. L'idée sous-jacente est double : elle vise à maximiser l'efficacité collective en plaçant les personnes les plus compétentes aux postes clés, et à instaurer une forme de justice sociale en permettant à chacun de s'élever par son travail. Cependant, la définition du 'mérite' (est-ce l'intelligence, la persévérance, la créativité ?) et les conditions de son évaluation font l'objet de vifs débats.
Histoire
Le terme 'méritocratie' a été forgé de manière péjorative par le sociologue britannique Michael Young dans son essai satirique 'The Rise of the Meritocracy' (1958), qui dépeignait une dystopie où une élite, se croyant légitime par son mérite, devient arrogante et oppressante. Cependant, l'idée est bien plus ancienne. Elle trouve des racines dans la philosophie confucéenne, qui prônait la sélection des fonctionnaires par examens impériaux dès la dynastie Sui (VIe siècle). En Occident, les Lumières et la Révolution française ont promu l'idée de carrière ouverte aux talents, contre les privilèges de l'Ancien Régime. Au XXe siècle, la méritocratie devient un pilier des sociétés démocratiques et capitalistes, notamment avec le développement massif de l'enseignement supérieur et de la fonction publique fondée sur le concours.
Caracteristiques
1. **Sélection par la performance** : Accès aux positions via des épreuves ou évaluations supposées neutres et objectives. 2. **Mobilité sociale théorique** : L'ascenseur social doit fonctionner par le travail et le talent, indépendamment de l'origine. 3. **Légitimation par le mérite** : L'autorité et les inégalités sont justifiées par le fait que les mieux placés l'ont 'mérité'. 4. **Croyance en l'égalité des chances** : Prérequis essentiel, supposant que tous partent avec les mêmes chances de développer leur mérite. 5. **Focus sur l'individu** : La réussite ou l'échec est largement attribué à l'effort et aux capacités personnelles, minimisant le rôle des structures sociales. 6. **Ambivalence** : Elle peut être un moteur de progrès et de justice, mais aussi générer une pression intense, une tyrannie du résultat et une nouvelle forme d'inégalité légitimée.
Importance
La méritocratie est un mythe fondateur central des sociétés contemporaines. Elle structure les systèmes éducatifs (concours, diplômes), les marchés du travail et le discours politique. Son importance réside dans sa promesse de justice et d'efficacité, qui offre une narrative puissante pour accepter les inégalités. Cependant, elle fait l'objet de critiques majeures. Les sociologues (comme Pierre Bourdieu) montrent que le 'mérite' est souvent corrélé au capital culturel et économique hérité, reproduisant ainsi les inégalités sous une forme masquée. La 'méritocratie' peut alors devenir une idéologie qui justifie les privilèges d'une élite éduquée et délégitime les perdants du système. Le débat actuel porte sur la façon de créer une véritable égalité des chances et sur les limites d'un système qui, poussé à l'extrême, peut être socialement clivant et psychologiquement néfaste.
