Introduction
Le yazidisme est une religion ancienne, distincte et non prosélyte, dont les origines remontent à la Mésopotamie antique. Souvent qualifiée à tort de « culte du diable » par des observateurs extérieurs en raison de la vénération de Melek Taous, elle est en réalité une foi monothéiste stricte avec un système de croyances complexe centré sur un Dieu créateur qui a délégué la gestion du monde à sept Anges Saints. Sa nature endogame et la transmission orale de ses doctrines principales l'ont rendue très fermée et mystérieuse.
Histoire
Le yazidisme s'est structuré au XIIe siècle autour de la figure réformatrice de Cheikh Adi ibn Musafir, un soufi musulman dont les disciples ont fusionné ses enseignements avec des croyances religieuses locales pré-islamiques en Haute Mésopotamie. La communauté s'est consolidée sous la direction de ses successeurs, formant un système de castes religieuses strictes. Son histoire est marquée par des persécutions répétées, notamment 74 génocides selon leur tradition orale, en raison de leurs croyances incomprises. Les plus récents et brutaux ont été perpétrés par l'État islamique (Daech) en 2014 à Sinjar, visant à les exterminer. Leur lieu le plus sacré est le sanctuaire de Lalish, au nord de l'Irak, où se trouve le tombeau de Cheikh Adi.
Croyances
Les Yézidis croient en un Dieu unique et créateur (Xwedê), qui a créé le monde mais qui n'intervient plus directement dans sa gestion. Il a délégué ce rôle à sept Anges Saints (les Heft Sirr, ou « Sept Mystères »), dont le chef est Melek Taous (l'Ange-Paon). Ce dernier n'est pas une figure maléfique, mais l'ange préféré de Dieu, qui a refusé de se prosterner devant Adam par obéissance exclusive à Dieu, démontrant ainsi sa parfaite soumission. Cette histoire rappelle celle d'Iblis dans l'islam, mais avec une interprétation positive. Ils croient en la métempsycose (transmigration des âmes) et en une cosmogonie complexe. Leur système social et religieux est organisé en trois castes endogames : les Murid (laïcs), les Cheikh (guides religieux) et les Pîr (guides spirituels).
Pratiques
Les pratiques religieuses sont rythmées par des prières quotidiennes (face au soleil), le jeûne (notamment un jeûne de trois jours en décembre), et des pèlerinages. Le pèlerinage annuel (Jemaiyya) au temple de Lalish en automne est le plus important. Les rites incluent des baptêmes, des mariages et des cérémonies communautaires. La participation aux sacrements est réservée aux Yézidis de naissance. La loi religieuse interdit strictement la conversion, le mariage mixte, la consommation de certaines nourritures (comme la laitue et le chou), et le port de la couleur bleue. Leur calendrier est basé sur des fêtes saisonnières et des commémorations de saints.
Branches
Le yazidisme n'a pas de branches ou de dénominations formelles au sens classique. Les différences sont principalement liées à l'appartenance à l'une des deux grandes confédérations tribales, les Adani (dominante) et les Qatani, et aux lignées spécifiques au sein des castes des Cheikh et des Pîr. Toutes partagent les mêmes textes sacrés et le même noyau de croyances. La diaspora, notamment en Europe, a développé des formes d'organisation communautaire modernes, mais les pratiques religieuses fondamentales restent unifiées autour de l'autorité du Mir (prince temporel) et du Baba Cheikh (chef spirituel).
Influence
L'influence du yazidisme est principalement communautaire et locale, sans ambition missionnaire mondiale. Cependant, il a une importance significative en tant que religion autochtone pré-islamique du Kurdisme et comme témoin des anciennes traditions mésopotamiennes. Sa résilience face aux persécutions extrêmes, notamment au XXIe siècle, a attiré une attention internationale sur la situation des minorités religieuses au Moyen-Orient. La diaspora yézidie en Europe, particulièrement en Allemagne, joue un rôle crucial dans la préservation et la documentation de la culture et de la religion, tout en plaidant pour la reconnaissance des crimes commis contre leur peuple.
