Pythagore

Philosophe, mathématicien et réformateur religieux grec du VIe siècle av. J.-C., fondateur d'une école influente à Crotone. Il est célèbre pour le théorème de géométrie qui porte son nom, mais son influence s'étend bien au-delà des mathématiques, touchant à la métaphysique, à l'éthique et à la cosmologie. Sa pensée a marqué durablement la philosophie occidentale, de Platon à l'ésotérisme moderne.

Introduction

Pythagore est une figure à la fois historique et légendaire de la pensée antique, située à la charnière entre le mythe et la raison. Né vers 570 av. J.-C. sur l'île de Samos, il voyagea en Égypte et à Babylone avant de s'installer à Crotone, en Grande-Grèce (Italie du Sud), où il fonda une communauté philosophique, religieuse et politique : l'école pythagoricienne. Plus qu'un simple savant, il fut considéré par ses disciples comme un maître spirituel détenteur d'une sagesse secrète.

Description

L'enseignement de Pythagore était double : un enseignement exotérique pour le public et un enseignement ésotérique, réservé aux initiés de sa confrérie. Sa philosophie repose sur l'idée centrale que le principe de toute chose est le nombre. Pour les pythagoriciens, les nombres ne sont pas de simples abstractions mais des réalités physiques et métaphysiques, des archétypes structurant l'univers. Ils découvrirent les rapports numériques régissant les intervalles musicaux (l'octave, la quinte), extrapolant l'idée d'une 'harmonie des sphères' : les corps célestes, dans leur mouvement, produiraient une musique inaudible mais parfaite, fondée sur des proportions mathématiques. L'école développa également une cosmologie originale, avec un feu central (la 'Maison de Zeus') autour duquel tournaient la Terre, les planètes, le Soleil et la Lune.

Histoire

La vie de Pythagore est mal connue, entourée d'anecdotes miraculeuses forgées par ses adeptes. Fuyant la tyrannie de Polycrate à Samos, il s'installa vers 530 av. J.-C. à Crotone. Il y créa une société secrète très hiérarchisée, aux règles de vie strictes (comme le végétarisme, le silence initiatique, l'interdiction de manger des fèves). Cette communauté acquit un grand prestige et une influence politique considérable, suscitant des jalousies. Vers 500 av. J.-C., une révolte populaire menée par Cylon conduisit à l'incendie du siège de l'école. Pythagore s'enfuit à Métaponte, où il mourut peu après. Sa confrérie se dispersa mais poursuivit son œuvre, transmettant oralement ses doctrines pendant des générations.

Caracteristiques

La pensée pythagoricienne se caractérise par plusieurs aspects fondamentaux. 1) Le Mathématisme : la conviction que la réalité ultime est numérique et géométrique. 2) La Métempsycose : la croyance en la transmigration des âmes (réincarnation) après la mort, impliquant une parenté entre tous les êtres vivants. 3) Une Éthique de Purification : l'âme, prisonnière du corps, doit se purifier par l'ascèse, l'étude des sciences et la musique pour échapper au cycle des renaissances et s'unir au divin. 4) Le Symbolisme des Nombres : chaque nombre (de 1 à 10) possède une signification sacrée et qualitative (1=le principe, 2=la dualité, 3=l'harmonie, 4=la justice, 10=la perfection). 5) Une Organisation Communautaire : vie en commun, partage des biens, obéissance au maître.

Importance

L'impact de Pythagore est immense et multiforme. En mathématiques, le théorème qui porte son nom (connu des Babyloniens mais probablement démontré par son école) est un pilier de la géométrie. La découverte des nombres irrationnels (comme √2) par les pythagoriciens provoqua une crise philosophique majeure. En philosophie, son influence sur Platon est décisive : l'idée d'un monde intelligible régi par les Formes mathématiques est une transposition de la doctrine pythagoricienne. Son dualisme âme/corps et son idéal de vie contemplative marqueront aussi le néoplatonisme et le christianisme naissant. Enfin, à travers les siècles, il reste une figure tutélaire pour tous les courants qui voient dans les nombres la clé de l'univers, de l'astrologie médiévale à la physique moderne, pour laquelle les lois mathématiques sont le langage de la nature.

Anecdotes

L'Harmonie des sphères

Pythagore aurait été le premier à percevoir l'« harmonie des sphères ». Selon la légende, en passant devant une forge, il remarqua que les marteaux de poids différents produisaient des sons consonants. En expérimentant avec des cordes tendues, il établit les rapports mathématiques des intervalles musicaux. Il en déduisit que les planètes, dans leur mouvement circulaire et uniforme, devaient aussi émettre des sons selon leur distance, créant une symphonie cosmique parfaite, inaudible pour les oreilles humaines habituées depuis la naissance.

L'Interdiction des fèves

Une des règles alimentaires les plus célèbres et énigmatiques de l'école était l'interdiction de manger des fèves. Les interprétations sont multiples : symbolique (la forme de la fève évoquait les organes génitaux ou les portes de l'Hadès), diététique (elles causaient des flatulences, nuisant à la pureté), ou métaphysique (une croyance que les fèves contenaient les âmes des morts). La fin tragique de Pythagore est liée à cette règle : poursuivi par ses ennemis, il se serait arrêté devant un champ de fèves, refusant de le traverser, et fut ainsi rattrapé et tué.

L'Heureux découvreur

La découverte du théorème serait, selon la légende, un moment d'extase religieuse. Après avoir démontré la relation entre les carrés des côtés d'un triangle rectangle, Pythagore aurait été transporté de joie et sacrifié un bœuf, voire une hécatombe (cent bœufs), aux dieux pour les remercier. Cette anecdote, probablement fausse (les pythagoriciens étaient végétariens et pratiquaient des sacrifices non sanglants), illustre l'importance sacrée qu'ils accordaient à la découverte d'une vérité mathématique.

Le silence des acousmatiques

L'école était divisée en deux cercles : les « Mathématiciens », initiés avancés qui avaient accès au savoir scientifique et philosophique complet, et les « Acousmatiques » (les « auditeurs »), novices qui devaient observer une règle de silence strict pendant cinq ans. Ils écoutaient les enseignements du maître derrière un rideau, sans le voir, et devaient mémoriser et obéir sans poser de questions. Cette discipline visait à briser les préjugés et préparer l'esprit à recevoir les vérités supérieures.

Sources

  • Diogène Laërce, 'Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres', Livre VIII.
  • Jamblique, 'Vie de Pythagore'.
  • Aristote, 'Métaphysique', Livre I et 'Sur les Pythagoriciens' (fragments).
  • Kingsley, Peter, 'Dans les antres de la sagesse'.
  • Zhmud, Leonid, 'Pythagoras and the Early Pythagoreans'.
EdTech AI Assistant