Plotinos (Plotin)

Philosophe gréco-romain du IIIe siècle, fondateur du néoplatonisme. Il développa un système métaphysique complexe centré sur l'Un, l'Intellect et l'Âme, et enseigna la remontée de l'âme vers le principe divin par la contemplation et l'ascèse. Son œuvre, les 'Ennéades', fut compilée par son disciple Porphyre.

Introduction

Plotin (205-270 apr. J.-C.) est la figure centrale du néoplatonisme, le dernier grand système philosophique de l'Antiquité païenne. Né en Égypte, il étudia à Alexandrie avant de s'installer à Rome où il fonda une école influente. Son enseignement, profondément mystique et spéculatif, cherche à synthétiser la pensée de Platon avec des éléments aristotéliciens, stoïciens et orientaux pour répondre aux quêtes spirituelles de son époque. Il n'écrivit pas de livres systématiques ; ses traités, rédigés sur une vingtaine d'années, furent organisés après sa mort par Porphyre en six groupes de neuf traités, d'où le titre 'Ennéades'.

Description

La philosophie de Plotin est une métaphysique de l'émanation et du retour. Au sommet de la réalité se trouve l'Un (ou le Bien), principe absolument simple, ineffable et au-delà de l'être et de la pensée. De lui émane, par surabondance, l'Intellect (Noûs), qui contient en lui les Formes platoniciennes (les archétypes de toute réalité). De l'Intellect émane à son tour l'Âme universelle, principe du mouvement et de la vie, qui engendre le monde sensible et les âmes individuelles. Le monde matériel est le dernier degré de cette procession, non pas mauvais en soi mais éloigné de la perfection de l'Un. La chute de l'âme dans le corps est une conséquence de son audace et de son désir d'autonomie. Le but de la vie humaine est la 'remontée' (epistrophè) vers l'Un par la purification (catharsis), la pratique des vertus, la dialectique et surtout la contemplation. L'expérience ultime est l'union mystique avec l'Un, un état d'extase (ekstasis) où le moi individuel se fond dans l'absolu.

Histoire

Plotin naquit probablement à Lycopolis (Assiout) en Égypte. À 28 ans, il se rendit à Alexandrie pour étudier la philosophie et devint l'élève d'Ammonios Saccas, un penseur obscur considéré comme l'initiateur du néoplatonisme. Après onze ans d'études, il suivit l'empereur Gordien III dans une expédition en Perse pour s'initier à la philosophie orientale, mais l'expédition échoua. Il parvint à s'enfuir et s'installa à Rome vers 245. Il y fonda une école philosophique qui attira de nombreux disciples, dont des sénateurs et même l'empereur Gallien et son épouse Salonine. Il jouissait d'un grand prestige moral et intellectuel. Vers la fin de sa vie, atteint d'une maladie grave, il se retira en Campanie dans la propriété d'un disciple, où il mourut en 270. Son disciple Porphyre de Tyr, qu'il avait converti au végétarisme, hérita de ses écrits et les édita.

Caracteristiques

Les caractéristiques majeures de sa pensée sont : 1) Le monisme hiérarchique : une réalité unique (l'Un) se déploie en une cascade d'hypostases (Intellect, Âme) sans se diviser. 2) La théorie de l'émanation (procession) : la production des réalités inférieures n'est pas une création ex nihilo mais un écoulement nécessaire, comme la lumière du soleil ou la chaleur du feu. 3) La doctrine du retour (conversion) : tout être désire naturellement retourner à son principe. 4) Une cosmologie optimiste : le monde sensible est une image belle et nécessaire des réalités intelligibles. 5) Une mystique intellectuelle : la voie vers l'Un passe par le détachement des sens et la concentration sur l'intelligible, culminant dans une union ineffable. 6) Une réinterprétation de la mythologie : les dieux traditionnels sont identifiés aux diverses puissances de l'Âme et de l'Intellect.

Importance

L'importance de Plotin est immense. Il est le principal inspirateur du néoplatonisme tardif (Porphyre, Jamblique, Proclus) qui domina les écoles philosophiques païennes jusqu'à leur fermeture par Justinien en 529. Sa pensée influença profondément la théologie chrétienne naissante (Augustin, le Pseudo-Denys l'Aréopagite, Maître Eckhart) et la philosophie juive et arabe médiévale (Avicenne). Redécouvert à la Renaissance par Marsile Ficin, il nourrit l'humanisme florentin et la pensée de Nicolas de Cues. Les idéalistes allemands (Schelling, Hegel) le tinrent en haute estime. Au XXe siècle, des penseurs comme Henri Bergson et Pierre Hadot ont renouvelé l'intérêt pour sa conception de l'expérience spirituelle et des exercices philosophiques. Il reste une référence majeure pour quiconque s'intéresse à la métaphysique, à la mystique et à l'histoire des religions.

Anecdotes

Le refus de son portrait

Porphyre rapporte que Plotin refusait catégoriquement de se laisser portraiturer ou sculpter. Il déclarait : 'N'est-il pas assez de porter cette image (son corps) dans laquelle la nature nous a enveloppés, sans consentir encore à laisser après soi une image de cette image, comme si elle était une œuvre digne d'être regardée ?' Finalement, son disciple Amélius persuada un peintre d'assister secrètement à ses cours pour le portraiturer de mémoire.

L'ascèse et la vie pratique

Malgré sa philosophie centrée sur la fuite du monde sensible, Plotin était un gestionnaire avisé et un conseiller écouté. Il gérait les biens et les affaires de nombreux orphelins placés sous sa tutelle, voyageant peu et vivant sobrement. Il dormait peu et suivait un régime végétarien. Cette intégration entre vie contemplative intense et responsabilités pratiques frappa ses contemporains.

L'union avec l'Un

Porphyre écrit que durant tout le temps qu'il le connut, Plotin atteignit quatre fois l'union extatique avec l'Un (l' 'envol de l'âme seule vers l'Un'). Lui-même, Porphyre, n'y parvint qu'une seule fois en 68 ans. Cette expérience était décrite comme un contact direct, sans intermédiaire, avec le principe divin, un état de simplicité absolue et de parfaite unité au-delà de toute pensée discursive.

Plotin et l'empereur Gallien

Plotins jouissait de la faveur de l'empereur Gallien et de l'impératrice Salonine. Il leur soumit un projet ambitieux : fonder en Campanie une cité de philosophes, nommée 'Platonopolis', qui serait gouvernée selon les lois de Platon. L'empereur donna son accord, mais les courtisans, par jalousie, firent échouer le projet. Cette anecdote illustre l'audace politique de Plotin et sa volonté d'appliquer concrètement l'idéal platonicien.

Sources

  • Porphyre, 'Vie de Plotin' (préface aux Ennéades)
  • Plotin, 'Les Ennéades' (traduction et notes par Émile Bréhier, Les Belles Lettres)
  • Pierre Hadot, 'Plotin ou la simplicité du regard' (Gallimard)
  • Dominic O'Meara, 'Plotinus: An Introduction to the Enneads' (Oxford University Press)
  • Luc Brisson et Jean-François Pradeau, 'Plotin. Traités 1-6' (GF Flammarion)
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