Karl Popper

Philosophe des sciences et politique autrichien-britannique du XXe siècle. Il est célèbre pour sa théorie de la falsifiabilité comme critère de démarcation entre science et non-science, et pour sa défense vigoureuse de la 'société ouverte' contre les totalitarismes.

Introduction

Sir Karl Raimund Popper (1902-1994) est l'une des figures intellectuelles les plus influentes du XXe siècle. Son œuvre, traversant l'épistémologie, la philosophie des sciences et la philosophie politique, a profondément remodelé la compréhension de la méthode scientifique et des fondements des sociétés démocratiques. Né à Vienne dans une famille juive convertie au protestantisme, il fut témoin des bouleversements politiques de son temps, ce qui influença durablement sa pensée.

Description

La contribution majeure de Popper se situe en philosophie des sciences. Dans son ouvrage fondateur 'Logik der Forschung' (1934, 'La Logique de la découverte scientifique'), il rejette l'inductivisme et le vérificationnisme. Pour lui, une théorie n'est scientifique que si elle est 'falsifiable', c'est-à-dire si elle peut être soumise à des tests expérimentaux susceptibles de la réfuter. La science progresse non par l'accumulation de preuves confirmant une hypothèse, mais par la tentative audacieuse de conjectures et la recherche rigoureuse de réfutations ('conjectures et réfutations'). Cette approche, dite 'critique rationaliste', s'oppose aux systèmes qu'il juge non falsifiables, comme le marxisme, la psychanalyse ou l'astrologie, qu'il qualifie de 'pseudo-sciences'. En philosophie politique, exposée dans 'The Open Society and Its Enemies' (1945), Popper défend la 'société ouverte', une société pluraliste et démocratique où les institutions peuvent être changées sans violence. Il critique ce qu'il appelle 'l'historicisme', la croyance en des lois historiques inéluctables (qu'il attribue à Platon, Hegel et Marx), qu'il considère comme la matrice intellectuelle des totalitarismes.

Histoire

Popper naît à Vienne en 1902. Jeune homme, il est brièvement attiré par le marxisme, mais s'en détourne après la répression violente d'une manifestation en 1919. Il obtient un doctorat en psychologie en 1928. La montée du nazisme le pousse à l'exil en 1937. Il enseigne à Canterbury University College en Nouvelle-Zélande, où il écrit ses deux œuvres majeures. Après la guerre, en 1946, il s'installe au Royaume-Uni et devient professeur à la London School of Economics, où son influence sera considérable. Il est anobli par la reine Élisabeth II en 1965 et est membre de la Royal Society, honneur rare pour un philosophe. Il meurt à Londres en 1994.

Caracteristiques

Les concepts clés de la pensée poppérienne sont : 1) **Falsifiabilité** : Critère de démarcation entre science et non-science. 2) **Rationalisme critique** : La raison doit être utilisée non pour justifier, mais pour critiquer sans relâche. 3) **Société ouverte** : Modèle politique fondé sur le pluralisme, la liberté individuelle et la réforme institutionnelle pacifique. 4) **Rejet de l'historicisme** : Opposition à l'idée que l'histoire suit des lois prédéterminées. 5) **Le 'monde 3'** : Dans son ouvrage 'Objective Knowledge' (1972), il distingue trois mondes : le monde physique (Monde 1), le monde des états de conscience (Monde 2) et le monde des contenus objectifs de la pensée, comme les théories scientifiques, les œuvres d'art (Monde 3), qui ont une existence autonome et influencent le Monde 1.

Importance

L'impact de Popper est immense. En épistémologie, sa critique du vérificationnisme a contribué à l'effondrement du positivisme logique et a influencé des scientifiques éminents comme le biologiste Peter Medawar et le cosmologiste Hermann Bondi. Sa philosophie politique a fourni une défense intellectuelle robuste de la démocratie libérale pendant la Guerre froide et a inspiré des figures comme George Soros. Bien que ses idées aient été débattues et critiquées (notamment par Thomas Kuhn sur les révolutions scientifiques ou par les défenseurs d'une démarcation plus souple), elles restent un point de référence incontournable dans les débats sur la scientificité, le progrès des connaissances et les fondements de la liberté.

Anecdotes

La leçon de la révolution manquée

En 1919, Popper, alors adolescent marxiste, participa à une manifestation de jeunes socialistes à Vienne. La police ouvrit le feu, tuant plusieurs manifestants. Choqué, Popper réalisa que les dirigeants du parti, qu'il admirait, avaient envoyé des jeunes dans une situation périlleuse sans préparation ni issue. Cet événement fut déterminant dans son rejet du marxisme et de toute idéologie prête à sacrifier des vies humaines pour une cause historique supposée.

Le duel intellectuel avec Wittgenstein

Une célèbre légende universitaire rapporte qu'en 1946, à Cambridge, Popper et Ludwig Wittgenstein se seraient affrontés verbalement lors d'une réunion du club de philosophie. Popper aurait soutenu qu'il existait de vrais problèmes philosophiques (comme la démarcation de la science), ce à quoi Wittgenstein, brandissant un tisonnier, aurait rétorqué qu'il n'y avait que des énigmes de langage. La scène, rapportée de manière divergente par les témoins, est devenue emblématique du clivage entre leurs philosophies.

L'influence sur la science réelle

L'astronome et cosmologiste Fred Hoyle, bien qu'en désaccord avec la théorie du Big Bang, la considérait comme une bonne théorie scientifique précisément parce qu'elle était falsifiable. Il déclara s'être inspiré de Popper pour concevoir des tests observationnels afin de la réfuter. Cela illustre comment la méthodologie poppérienne a été internalisée par les scientifiques dans leur pratique.

Sources

  • Popper, Karl. 'La Logique de la découverte scientifique'. Payot, 1973.
  • Popper, Karl. 'La Société ouverte et ses ennemis'. Seuil, 1979.
  • Bouvier, Alban. 'Karl Popper'. Presses Universitaires de France, 1998.
  • Munz, Peter. 'Philosophie de Karl Popper'. L'Âge d'Homme, 2004.
  • Stanford Encyclopedia of Philosophy, 'Karl Popper'.
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