Introduction
Emmanuel Kant est considéré comme l'un des penseurs les plus influents de l'histoire de la philosophie occidentale. Son projet philosophique, qu'il nomme 'critique', vise à examiner les capacités et les limites de la raison humaine elle-même. Vivant toute sa vie à Königsberg, en Prusse orientale, il a mené une existence réglée et austère, entièrement dédiée à la pensée. Son œuvre marque un tournant décisif, synthétisant les courants rationaliste (Leibniz, Wolff) et empiriste (Hume, Locke) tout en les dépassant, et jetant les bases de l'idéalisme allemand.
Description
La philosophie kantienne est structurée autour de trois grandes 'Critiques'. La 'Critique de la raison pure' (1781/1787) traite de la théorie de la connaissance. Kant y distingue les jugements analytiques (où le prédicat est contenu dans le sujet) des jugements synthétiques (qui ajoutent une information). Il cherche à fonder la possibilité des jugements synthétiques a priori, c'est-à-dire des vérités universelles et nécessaires qui ne dépendent pas de l'expérience (comme les mathématiques et la physique). Pour cela, il propose que l'esprit humain impose ses propres structures à l'expérience : les formes a priori de la sensibilité (l'espace et le temps) et les catégories de l'entendement (comme la causalité, la substance). Les choses en elles-mêmes (noumènes) sont inconnaissables ; nous ne connaissons que les phénomènes, tels qu'ils nous apparaissent. La 'Critique de la raison pratique' (1788) établit les fondements de la morale. La loi morale est un impératif catégorique, universel et inconditionnel, formulé ainsi : 'Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle.' La moralité repose sur l'autonomie de la volonté et le respect de la personne comme fin en soi, jamais simplement comme moyen. La 'Critique de la faculté de juger' (1790) traite de l'esthétique (jugement de goût sur le beau et le sublime) et de la téléologie (finalité dans la nature), cherchant à unifier les domaines de la nature et de la liberté.
Histoire
Né le 22 avril 1724 à Königsberg dans un milieu pieux et modeste, Kant étudie la théologie, les sciences et la philosophie à l'université. Il travaille comme précepteur avant d'obtenir un poste de professeur à l'université de Königsberg en 1770. Sa carrière est traditionnellement divisée en deux périodes : la période 'pré-critique' (avant 1770), où il s'intéresse surtout aux sciences naturelles (théorie sur la formation du système solaire), et la période 'critique' inaugurée par la publication de la 'Critique de la raison pure'. Cette œuvre, d'abord peu comprise, finit par lui apporter une renommée immense. Malgré des idées progressistes (défense des Lumières, projet de paix perpétuelle), sa vie fut d'une régularité proverbiale, rythmée par ses promenades et son travail d'enseignement et d'écriture. Il meurt à Königsberg le 12 février 1804.
Caracteristiques
La pensée de Kant se caractérise par son systématisme, son rigorisme et son souci des fondements. Concepts clés : la distinction phénomène/noumène ; le transcendantal (étude des conditions de possibilité de l'expérience) ; l'impératif catégorique ; l'autonomie ; la 'raison' comme faculté suprême unificatrice. Son style est technique, précis, parfois aride, mais d'une grande profondeur. Il insiste sur la dignité inconditionnelle de la personne humaine et sur la nécessité de penser par soi-même ('Sapere aude !' - 'Ose savoir !', devise des Lumières).
Importance
L'impact de Kant est colossal et durable. Il est le point de départ obligé de toute la philosophie postérieure. L'idéalisme allemand (Fichte, Schelling, Hegel) naît directement de ses travaux, tout en cherchant à les dépasser. Sa morale influence profondément la philosophie politique et le droit (notions de droit cosmopolitique, de paix). Au XXe siècle, son œuvre est revisitée par des courants aussi divers que le néo-kantisme, la phénoménologie (Husserl) et la philosophie critique (l'École de Francfort). Sa distinction entre savoir et croyance, sa défense de la liberté et des Lumières en font une référence centrale pour la pensée moderne et contemporaine. Il a redéfini les problèmes fondamentaux de la métaphysique, de l'éthique et de l'esthétique.
