Introduction
John Locke est une figure centrale de la philosophie politique et de la théorie de la connaissance. Issu d'un milieu puritain et formé à Oxford, il développe une pensée qui rompt avec les dogmatismes de son époque, qu'ils soient politiques, religieux ou philosophiques. Son œuvre, marquée par la prudence et le pragmatisme, cherche à fonder la légitimité du pouvoir, les limites de la connaissance humaine et les principes d'une société libre et tolérante sur des bases rationnelles et expérimentales.
Description
La philosophie de Locke s'articule autour de deux grands axes : la théorie politique et la théorie de la connaissance (épistémologie). En politique, exposée principalement dans ses 'Deux Traités du gouvernement civil' (1689), il rejette la monarchie de droit divin. Il postule un 'état de nature' où les hommes, libres et égaux, sont régis par la loi naturelle (la raison) qui leur commande de ne pas nuire à autrui dans sa vie, sa liberté et ses biens. Pour garantir ces droits naturels, notamment le droit de propriété fruit du travail, les individus concluent un 'contrat social' avec un gouvernement. Ce dernier a pour seule mission de protéger ces droits ; s'il y manque, le peuple a le droit de se révolter (droit à la résistance). En épistémologie, dans son 'Essai sur l'entendement humain' (1689), Locke défend l'empirisme contre l'innéisme cartésien. Il compare l'esprit à une 'table rase' (tabula rasa) à la naissance, qui se remplit uniquement par l'expérience. Cette expérience est double : la 'sensation' (données des sens) et la 'réflexion' (activité interne de l'esprit sur ces données). Il distingue les idées simples (indécomposables, comme le chaud) et les idées complexes (composées par l'esprit). Sa philosophie religieuse, exposée dans la 'Lettre sur la tolérance' (1689), prône la séparation de l'Église et de l'État et la liberté de conscience, arguant que la foi ne peut être contrainte.
Histoire
Né en 1632 dans le Somerset, Locke étudie la médecine et les sciences naturelles à Oxford, où il est influencé par les travaux de Descartes et de la Royal Society. Sa rencontre avec Lord Ashley, futur comte de Shaftesbury, homme politique influent, est décisive. Il devient son médecin, conseiller et secrétaire, s'impliquant dans les intrigues politiques du règne de Charles II. Impliqué dans des complots anti-catholiques, il doit s'exiler en Hollande de 1683 à 1689, après la disgrâce et la mort de Shaftesbury. C'est pendant cet exil qu'il rédige ses œuvres majeures. La 'Glorieuse Révolution' de 1688, qui instaure une monarchie parlementaire, lui permet de rentrer en Angleterre. Ses 'Deux Traités' et son 'Essai' sont publiés anonymement en 1689, justifiant a posteriori la révolution. Il occupe ensuite des fonctions administratives et continue à écrire sur l'économie, l'éducation ('Quelques pensées sur l'éducation', 1693) et la religion jusqu'à sa mort en 1704.
Caracteristiques
Les caractéristiques majeures de la pensée lockienne sont : 1) L'empirisme : refus des idées innées, toute connaissance provient de l'expérience. 2) Le libéralisme politique : primauté des droits individuels (vie, liberté, propriété), gouvernement limité par la loi et fondé sur le consentement, droit à la résistance. 3) La tolérance religieuse : distinction nette entre la sphère civile (qui protège les droits) et la sphère religieuse (affaire de conscience privée). 4) Le contractualisme : la société politique est le produit d'un accord volontaire pour protéger des droits préexistants. 5) Le pragmatisme et la modération : Locke est méfiant envers les systèmes métaphysiques trop ambitieux ; sa philosophie est ancrée dans l'observation et vise l'utilité pratique pour la vie humaine.
Importance
L'importance de Locke est immense et durable. Il est le théoricien philosophique de la démocratie libérale moderne. Sa conception des droits naturels et du gouvernement limité influence directement les rédacteurs de la Déclaration d'indépendance américaine (Thomas Jefferson) et de la Constitution des États-Unis. Ses idées sur la séparation des pouvoirs (bien que développées différemment par Montesquieu) et la tolérance sont fondamentales pour les Lumières européennes. En épistémologie, il fonde la tradition empiriste britannique qui sera poursuivie par George Berkeley et David Hume, et influence profondément les sciences humaines. Son 'Essai' est un tournant dans l'histoire de la philosophie, déplaçant la réflexion de la métaphysique vers une analyse des capacités et des limites de l'entendement humain. Enfin, ses écrits sur l'éducation, prônant l'expérience et le raisonnement plutôt que le bourrage de crâne, marquent la pédagogie moderne.
