Introduction
Aristote (384-322 av. J.-C.) est l'une des figures intellectuelles les plus colossales de l'histoire de l'humanité. Originaire de Stagire, il fut pendant vingt ans l'élève de Platon à l'Académie d'Athènes avant de fonder sa propre école, le Lycée. Contrairement à son maître qui privilégiait les Idées abstraites, Aristote plaça l'observation du monde sensible au cœur de sa méthode, cherchant à comprendre la réalité à travers ses causes et ses principes. Sa production intellectuelle, d'une ampleur et d'une diversité stupéfiantes, a systématisé et souvent fondé des disciplines entières, de la métaphysique à la politique, en passant par la physique, la biologie, la poétique et l'éthique.
Description
La pensée d'Aristote est structurée autour de plusieurs piliers fondamentaux. En métaphysique, il développe la théorie de la substance, distinguant la matière (ce dont une chose est faite) et la forme (ce qui la définit). Il introduit également la célèbre théorie des quatre causes : matérielle, formelle, efficiente et finale. En logique, il est le père du syllogisme, un raisonnement déductif qui a dominé la pensée occidentale jusqu'au XIXe siècle, et il a formalisé les principes de la démonstration. En physique, il conçoit un univers géocentrique fini, où chaque élément (terre, eau, air, feu) tend vers son lieu naturel. En biologie, il réalise des observations méticuleuses et classifie des centaines d'espèces animales, posant les bases de la taxonomie. En éthique, exposée dans l'« Éthique à Nicomaque », il définit le bonheur (eudaimonia) comme la fin ultime de l'homme, atteinte par l'exercice de la vertu, conçue comme un juste milieu entre deux excès.
Histoire
Né en Macédoine, Aristote arrive à Athènes à 17 ans pour étudier à l'Académie de Platon. À la mort de ce dernier, il quitte la cité et voyage en Asie Mineure. En 343 av. J.-C., le roi Philippe II de Macédoine l'appelle à la cour pour devenir le précepteur de son fils, le futur Alexandre le Grand. Cette expérience influencera sa vision politique, bien que l'étendue de l'influence réciproque reste débattue. De retour à Athènes en 335 av. J.-C., il fonde le Lycée, une école rivale de l'Académie, où il enseigne en marchant (d'où le nom de philosophie « péripatéticienne »). À la mort d'Alexandre en 323 av. J.-C., un sentiment anti-macédonien se répand à Athènes. Accusé d'impiété, Aristote s'exile à Chalcis, où il meurt l'année suivante. La majeure partie de ses œuvres qui nous sont parvenues sont des notes de cours ou des traités, et non des dialogues destinés au public, ce qui explique leur style dense et technique.
Caracteristiques
La méthode aristotélicienne est empirique et inductive, partant de l'observation des phénomènes particuliers pour remonter aux principes généraux. Sa pensée est téléologique : il postule que tout dans la nature tend vers une fin (telos) qui réalise sa forme parfaite. Il est aussi un penseur systématique, cherchant à organiser le savoir en disciplines distinctes mais reliées. Contrairement au dualisme platonicien, il défend l'unité du corps et de l'âme, cette dernière étant la « forme » du corps. En politique, il analyse et compare les constitutions de plus de 150 cités pour définir les régimes idéaux, considérant l'homme comme un « animal politique » (zoon politikon) qui ne peut s'épanouir qu'au sein de la cité (polis).
Importance
L'influence d'Aristote est sans égale. Après une période d'oubli relatif, ses œuvres furent redécouvertes et commentées par les philosophes arabes (comme Avicenne et Averroès) au Moyen Âge, puis réintroduites en Occident. Intégrées à la théologie chrétienne par Thomas d'Aquin, elles devinrent le fondement de la scolastique et de l'enseignement universitaire pendant des siècles. Sa logique, sa physique et sa cosmologie furent des dogmes jusqu'à la révolution scientifique des XVIe et XVIIe siècles (Galilée, Newton), qui les renversa. Néanmoins, ses concepts en métaphysique, éthique, rhétorique et biologie continuent d'irriguer la pensée contemporaine. Il reste le philosophe par excellence, celui qui a donné à l'Occident son vocabulaire et ses cadres de pensée fondamentaux.
