Vietnamien

Le vietnamien (tiếng Việt) est la langue officielle du Vietnam, parlée par environ 90 millions de locuteurs natifs. C'est une langue isolante et tonale appartenant à la branche Việt-Mường de la famille des langues austroasiatiques. Son écriture utilise l'alphabet latin modifié, le Quốc ngữ, enrichi de signes diacritiques pour indiquer les tons et les voyelles.

Introduction

Le vietnamien est la langue nationale et l'identité culturelle du peuple vietnamien. Son évolution, marquée par plus d'un millénaire d'influence chinoise, suivie d'une période coloniale française et de l'adoption d'un alphabet romanisé, en fait un cas linguistique fascinant. Aujourd'hui, c'est une langue dynamique, vecteur d'une littérature riche et d'une présence croissante dans le monde, notamment grâce à la diaspora.

Description

Le vietnamien est une langue monosyllabique et isolante : le sens des mots ne change pas par flexion, mais par l'ajout de particules et l'ordre des mots. Sa caractéristique la plus distinctive est son système de six tons (ou huit dans certains dialectes du Nord), qui modifie radicalement la signification d'une syllabe. Par exemple, 'ma' peut signifier 'fantôme', 'maïs', 'tombe', 'mère', 'cheval' ou 'semis' selon le ton. La grammaire est relativement simple, sans conjugaison ni accord en genre ou en nombre. L'ordre des mots est Sujet-Verbe-Objet. Le vocabulaire est composé de mots d'origine austroasiatique natifs, d'un très grand nombre de mots empruntés au chinois (environ 60-70% du lexique, appelés Hán-Việt), et de termes plus récents venus du français et de l'anglais.

Histoire

L'histoire de la langue vietnamienne se divise en plusieurs périodes. À l'origine, les langues Việt-Mường étaient parlées dans le nord du Vietnam actuel. La domination chinoise pendant plus de mille ans (111 av. J.-C. - 938 ap. J.-C.) a profondément marqué la langue, lui apportant un immense vocabulaire savant et administratif. Jusqu'au XXe siècle, l'écriture officielle était le chữ Nôm, un système complexe adapté des caractères chinois pour noter le vietnamien. Aux XVIIe siècle, des missionnaires catholiques, notamment le jésuite Alexandre de Rhodes, ont développé le Quốc ngữ, un alphabet latin avec des signes diacritiques pour noter les tons et les voyelles. Promu par l'administration coloniale française, le Quốc ngữ a été adopté comme écriture officielle en 1910 et a été un outil majeur d'alphabétisation et de modernisation après l'indépendance en 1945.

Caracteristiques

1. **Système tonal** : Six tons principaux (plat, descendant, remontant, descendant-glottalisé, remontant-glottalisé, lourd) notés par des accents diacritiques (ex: à, á, ả, ã, ạ). 2. **Alphabet (Quốc ngữ)** : Utilise 29 lettres de l'alphabet latin, dont 12 voyelles simples et 3 digrammes (gi, kh, nh, ph, th, ch, tr, ngh, gh). Il est complété par 5 signes tonals et 9 signes pour modifier les voyelles. 3. **Structure syllabique** : Chaque syllabe est écrite séparément et a la structure (Consonne initiale) + (Médiane) + (Voyelle/Noyau) + (Consonne finale) + (Ton). 4. **Pronoms** : Le système de pronoms personnels est extrêmement riche et complexe, reflétant l'âge, le genre, le statut social et la relation entre les interlocuteurs (ex: 'tôi' (neutre), 'em', 'anh', 'chị', 'cô', 'bác'). 5. **Classificateurs** : Comme en chinois, les noms sont souvent précédés d'un classificateur spécifique lorsqu'ils sont comptés (ex: 'con' pour les animaux, 'cái' pour les objets inanimés).

Importance

Le vietnamien est la langue de communication d'une nation de près de 100 millions d'habitants et d'une diaspora de plusieurs millions de personnes, notamment aux États-Unis, en France, en Australie et au Canada. C'est une langue d'importance économique croissante, le Vietnam étant une économie émergente dynamique en Asie du Sud-Est. Sur le plan culturel, il permet d'accéder à une littérature ancienne (écrite en chữ Nôm) et moderne prolifique, à un cinéma en plein essor et à une scène musicale vibrante. L'apprentissage du vietnamien offre une clé pour comprendre l'histoire complexe et la résilience culturelle du Vietnam, ainsi qu'un pont vers les autres langues de la région.

Anecdotes

L'alphabet d'un missionnaire

Le Quốc ngữ, l'alphabet vietnamien actuel, a été systématisé au XVIIe siècle par le missionnaire jésuite français Alexandre de Rhodes, basé sur les travaux de prédécesseurs portugais. Son dictionnaire 'Dictionarium Annamiticum Lusitanum et Latinum' (1651) en a posé les fondations. Ironiquement, cet alphabet créé par des Européens est devenu plus tard un symbole d'identité nationale et un outil d'émancipation du joug colonial.

Un mot, six significations

Le mot 'ma' est l'exemple classique pour illustrer l'importance vitale des tons. Selon le ton, il peut signifier : ma (ton plat) = fantôme ; mà (ton descendant) = mais ; má (ton remontant) = mère/maman ; mả (ton descendant-glottalisé) = tombe ; mã (ton remontant-glottalisé) = cheval ; mạ (ton lourd) = semis de riz. Une mauvaise intonation peut donc conduire à des quiproquos spectaculaires.

L'influence française dans la cuisine

La période coloniale française a laissé des traces durables dans le vocabulaire vietnamien, notamment dans le domaine culinaire. Des mots comme 'bơ' (beurre, du français 'beurre'), 'phô mai' (fromage, de 'fromage'), 'xúc xích' (saucisse, de 'saucisse'), 'bánh sừng bò' (croissant, litt. 'gâteau corne de bœuf') ou 'cà phê' (café) sont entrés dans l'usage quotidien et sont désormais considérés comme des mots vietnamiens à part entière.

Sources

  • Nguyễn, Đình-Hoà. 'Vietnamese: Tiếng Việt không son phấn'. John Benjamins Publishing Company, 1997.
  • Alves, Mark. 'A Look At North-Central Vietnamese'. In Papers from the Thirteenth Annual Meeting of the Southeast Asian Linguistics Society, 2003.
  • De Rhodes, Alexandre. 'Dictionarium Annamiticum Lusitanum et Latinum'. 1651 (ouvrage historique).
  • Ethnologue: Languages of the World - Vietnamese (https://www.ethnologue.com/language/vie)
  • Vietnamese Language - Britannica Academic Edition
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