Amharique

L'amharique est la langue officielle de l'Éthiopie et la deuxième langue sémitique la plus parlée au monde après l'arabe. Elle utilise un alphasyllabaire unique, le fidäl, et est la langue de travail du gouvernement fédéral. Elle joue un rôle central dans l'identité culturelle et politique du pays.

Introduction

L'amharique (አማርኛ, Amarəñña) est une langue afro-asiatique appartenant à la branche sémitique méridionale. Langue de l'administration, de l'éducation et des médias nationaux, elle est parlée par environ 32 millions de locuteurs natifs et sert de lingua franca pour des millions d'autres Éthiopiens, ce qui en fait la langue véhiculaire principale de ce pays plurilingue, abritant plus de 80 langues.

Description

L'amharique est une langue flexionnelle, caractérisée par un système complexe de racines consonantiques trilitères ou quadrilatères, commune aux langues sémitiques. Sa phonologie comprend des consonnes éjectives (comme p', t', k', č', s') qui lui donnent son timbre distinct. La syntaxe suit généralement l'ordre Sujet-Objet-Verbe (SOV), une caractéristique partagée avec de nombreuses langues de la Corne de l'Afrique. Elle possède un riche système de formes verbales exprimant le temps, l'aspect, le mode et la voix, ainsi qu'un système de politesse et de registres formels. Son vocabulaire est principalement d'origine sémitique, mais il intègre des emprunts significatifs au guèze (la langue liturgique), aux langues couchitiques (comme l'oromo), ainsi qu'à l'italien, l'anglais et l'arabe.

Histoire

L'amharique descend du guèze (ou éthiopien classique), la langue ancienne du royaume d'Aksoum et toujours utilisée par l'Église orthodoxe éthiopienne tewahedo. Son émergence en tant que langue vernaculaire distincte remonte approximativement au XIIIe siècle. Elle s'est développée dans les provinces d'Amhara et du Shewa, devenant la langue de la cour royale et de l'administration sous la dynastie salomonide. Son statut a été consolidé au XIXe siècle sous l'empereur Téwodros II et ses successeurs. L'amharique a été déclaré langue officielle de l'empire par Haïlé Sélassié Ier dans la constitution de 1955, un statut qu'elle a conservé (à l'exception de la période du Derg, 1974-1991) jusqu'à la constitution fédérale de 1995, qui a reconnu l'autonomie linguistique des régions tout en maintenant l'amharique comme langue de travail du gouvernement fédéral.

Caracteristiques

La caractéristique la plus frappante de l'amharique est son écriture, le fidäl (ፊደል), un alphasyllabaire dérivé du guèze. Chaque caractère de base représente une combinaison consonne + voyelle inhérente (généralement /ə/ ou /a/). Les autres voyelles sont indiquées par des modifications systématiques de ce caractère de base, créant des « ordres » de voyelles. Le système compte 33 caractères de base, donnant plus de 200 formes syllabiques possibles. Autre particularité, l'amharique utilise un système de numération décimal propre, avec des symboles spécifiques pour les dizaines, centaines, etc., bien que les chiffres arabes soient également courants. La langue possède également un système de pronoms personnels et de conjugaisons très riche, marquant le genre (masculin/féminin) et le nombre (singulier/pluriel) de manière explicite.

Importance

L'amharique est le ciment linguistique de l'État-nation éthiopien moderne. Son importance dépasse les frontières : c'est une langue de diffusion pour la diaspora éthiopienne et érythréenne à travers le monde. Elle est cruciale pour accéder à la riche littérature, musique et cinéma éthiopiens contemporains. Sur le plan religieux, elle est la langue dans laquelle sont traduits et commentés les textes sacrés guèzes pour les fidèles. Son étude est essentielle pour comprendre l'histoire politique et sociale de la Corne de l'Afrique. Bien que l'émergence de langues régionales comme l'oromo soit significative, l'amharique reste une compétence indispensable pour la mobilité sociale et l'accès aux institutions nationales en Éthiopie.

Anecdotes

Le « Fidäl », une écriture unique

L'alphasyllabaire amharique, le fidäl, est l'un des rares systèmes d'écriture originaux encore activement utilisés en Afrique. Il est si distinctif que pendant la guerre italo-éthiopienne (1935-1936), les forces de résistance éthiopiennes l'utilisaient pour créer des codes de communication que les Italiens ne pouvaient déchiffrer, contribuant à l'effort de guérilla.

Un mot pour « ordinateur » très littéral

Le néologisme amharique pour « ordinateur » est ኮምፒዩተር (kompīyutär), un emprunt direct. Cependant, on trouve aussi des créations plus descriptives comme ማስያ (masya), qui signifie littéralement « celui qui fait calculer » ou « calculateur », dérivé de la racine verbale ሰረ (srr, calculer).

La langue du premier train éthiopien

Lorsque la première ligne de chemin de fer, reliant Djibouti à Addis-Abeba, fut inaugurée en 1917, toutes les indications et annonces à bord étaient en français (langue de la compagnie) et en amharique. Les panneaux de gare en amharique, écrits en fidäl, sont devenus des icônes du progrès et de la modernisation sous le règne de Menelik II et Haïlé Sélassié.

Un système de numération non-positionnel

Le système numérique traditionnel amharique est non-positionnel et utilise des symboles spécifiques pour 10, 20, 30... 100, 200, etc. Pour écrire 123, on combine les symboles pour 100, 20 et 3. Bien que les chiffres arabes (1, 2, 3) soient omniprésents aujourd'hui, ce système traditionnel est encore enseigné et utilisé dans les contextes formels, religieux ou ornementaux.

Sources

  • Ethnologue: Languages of the World - Amharic
  • Ullendorff, Edward. 'The Ethiopians: An Introduction to Country and People.' Oxford University Press.
  • Leslau, Wolf. 'Reference Grammar of Amharic.' Harrassowitz Verlag.
  • Meyer, Ronny. 'Amharic' in 'The Oxford Handbook of Ethiopian Languages.' Oxford University Press.
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