Toussaint

La Toussaint, célébrée le 1er novembre, est une fête catholique et anglicane honorant tous les saints, connus et inconnus. Elle précède la commémoration des fidèles défunts le 2 novembre. Bien que souvent associée dans la culture populaire à la visite des cimetières et au fleurissement des tombes, il s'agit d'une célébration joyeuse de la sainteté.

Introduction

La Toussaint, contraction de « Tous les Saints », est une solennité du calendrier liturgique chrétien. Fête d'obligation pour les catholiques, elle invite à célébrer la communion des saints, c'est-à-dire l'ensemble des personnes, canonisées ou non, qui sont entrées dans la gloire de Dieu. Elle se distingue clairement de la commémoration des défunts du 2 novembre, bien que les deux dates soient intimement liées dans les pratiques populaires.

Description

La Toussaint est une journée de joie et d'espérance, centrée sur la victoire de la vie éternelle. Dans la liturgie catholique, les lectures bibliques évoquent la vision de la Jérusalem céleste et les Béatitudes. Les messes sont souvent célébrées en blanc, couleur de la résurrection et de la pureté. Pour les familles, c'est un jour de recueillement et de mémoire, marqué par la tradition de se rendre au cimetière pour orner les tombes de chrysanthèmes, fleurs d'automne résistantes au froid, de bougies (appelées « lumières des morts ») et parfois de couronnes. Cette pratique, bien que plus spécifique au jour des défunts, s'est largement reportée sur le 1er novembre, jour férié en France et dans plusieurs pays.

Histoire

La célébration d'une fête pour tous les martyrs et saints trouve ses origines dans l'Antiquité chrétienne. Dès le IVe siècle, on trouve des traces de commémorations collectives. La date du 1er novembre fut fixée au VIIIe siècle par le pape Grégoire III, qui dédia une chapelle de la basilique Saint-Pierre à Rome à tous les saints. Son successeur, Grégoire IV, étendit la fête à toute l'Église latine vers 835. Cette date fut choisie, selon certains historiens, pour christianiser la fête celtique de Samain, célébrée la nuit du 31 octobre au 1er novembre, qui marquait la fin de l'été et une période d'ouverture entre le monde des vivants et celui des morts. La Toussaint précéda ainsi logiquement l'institution de la commémoration des défunts par l'abbé Odilon de Cluny en 998, fixée au 2 novembre.

Caracteristiques

Les caractéristiques principales de la Toussaint sont à la fois liturgiques et culturelles. Liturgiquement, c'est une solennité. Culturellement, elle est marquée par des rites familiaux : le pèlerinage au cimetière, le nettoyage et la décoration des tombes, et le rassemblement familial autour d'un repas. Le chrysanthème, importé du Japon à la fin du XIXe siècle, est devenu en France le symbole floral incontournable de cette période, au point de générer un important marché économique. Dans certains pays comme le Mexique, les célébrations du « Día de los Muertos » (1er et 2 novembre) sont beaucoup plus festives et colorées, mêlant traditions précolombiennes et catholicisme. En Pologne et dans d'autres pays d'Europe centrale, la coutume des « zaduszki » (veillées pour les morts) est très vivante.

Importance

La Toussaint a une importance religieuse majeure en rappelant aux croyants la vocation universelle à la sainteté et la communion entre l'Église terrestre et l'Église triomphante. Socialement, elle structure le calendrier automnal, offrant un moment de pause et de recueillement collectif. Elle joue un rôle crucial dans l'entretien de la mémoire familiale et communautaire. Son impact économique est significatif, notamment pour les horticulteurs et les fleuristes. Enfin, elle constitue un élément important du patrimoine culturel immatériel, témoignant de l'évolution des rapports à la mort et à la mémoire dans les sociétés occidentales.

Anecdotes

Samain et la christianisation

La fixation de la Toussaint au 1er novembre est souvent interprétée comme une stratégie de l'Église pour supplanter la fête païenne celtique de Samain. Cependant, les historiens débattent de l'ampleur de cette influence. Il est certain que l'Église a cherché à donner un sens chrétien à des périodes du calendrier déjà marquées par des rites ancestraux liés aux morts et aux cycles saisonniers.

Le chrysanthème, fleur du deuil

En France, le chrysanthème est indissociable de la Toussaint. Cette association date de la Première Guerre mondiale. Le président Raymond Poincaré avait appelé en 1919 à fleurir les tombes des soldats tombés pour la France. Le chrysanthème, en pleine floraison en novembre, fut massivement utilisé. Cette pratique s'est ensuite étendue à toutes les tombes, faisant de cette fleur un symbole national du souvenir, alors que dans d'autres cultures (comme au Japon), elle est un symbole de joie et de longévité.

La Toussaint et Halloween

Halloween (contraction de « All Hallows' Eve », la veille de la Toussaint) est célébrée le 31 octobre. Cette fête d'origine celtique, réimportée en Europe depuis les États-Unis à la fin du XXe siècle, se situe donc à la charnière entre la fête populaire des morts (déguisements, fantômes) et la solennité chrétienne des saints. Cela crée parfois une confusion ou une superposition des traditions, notamment chez les enfants.

Un jour férié issu de la laïcité

En France, le 1er novembre est un jour férié depuis 1801, inscrit dans le Concordat napoléonien. Il a été maintenu par la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, qui a abrogé le caractère légal des fêtes religieuses, mais a conservé le 1er novembre comme jour férié en raison de son ancrage dans les habitudes sociales et économiques, devenant ainsi un jour férié « laïcisé ».

Sources

  • Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, Pierre-Louis Roederer
  • Les Fêtes en France, Claude Gaignebet
  • Site de la Conférence des Évêques de France (liturgie.catholique.fr)
  • Encyclopædia Universalis, articles « Toussaint » et « Fête des morts »
  • Histoire des calendriers, Jean Lefort
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