Pourim

Pourim est une fête juive joyeuse commémorant la délivrance du peuple juif de l'extermination planifiée dans l'Empire perse au Ve siècle avant notre ère, telle que relatée dans le Livre d'Esther (Meguilat Esther). Elle est marquée par des déguisements, des festins, la lecture publique du rouleau d'Esther et l'envoi de cadeaux alimentaires.

Introduction

Pourim (du mot perse "pur", signifiant "sort") est l'une des fêtes les plus animées et populaires du calendrier juif. Contrairement aux fêtes d'origine biblique prescrites par la Torah, Pourim trouve son origine dans un événement historique ultérieur, consigné dans le Livre d'Esther. Elle célèbre le renversement miraculeux du destin du peuple juif, sauvé in extremis d'un décret d'extermination par la reine Esther et son cousin Mardochée. La fête est caractérisée par une atmosphère de carnaval, de réjouissance et de solidarité communautaire.

Description

La célébration de Pourim s'articule autour de quatre commandements principaux (Mitsvot) prescrits dans le Livre d'Esther (9:22). Premièrement, la lecture publique du Livre d'Esther (Meguilat Esther) à la synagogue, le soir et le matin de la fête. À chaque mention du nom du méchant vizir Haman, l'assemblée fait du bruit avec des crécelles (graggers) pour "effacer" son nom. Deuxièmement, l'envoi de cadeaux alimentaires (Mishloa'h Manot) contenant au moins deux types de mets prêts à consommer, à des amis et connaissances. Troisièmement, des dons aux pauvres (Matanot La'Evyonim), au moins à deux nécessiteux. Enfin, un festin de Pourim (Seoudat Pourim) est organisé en journée, souvent arrosé de vin, au point que la tradition talmudique encourage à boire jusqu'à ne plus distinguer "Maudit soit Haman" de "Béni soit Mardochée". Le déguisement, surtout pour les enfants, est une coutume très répandue, probablement influencée par les carnavals européens.

Histoire

L'histoire de Pourim se déroule dans l'Empire perse achéménide, sous le règne du roi Assuérus (identifié par beaucoup à Xerxès Ier, 486-465 avant notre ère). Haman, le premier ministre, vexé que le Juif Mardochée refuse de s'incliner devant lui, obtient du roi un décret autorisant l'extermination de tous les Juifs de l'empire à une date tirée au sort ("pour") : le 13 du mois d'Adar. Mardochée convainc sa cousine, la reine Esther (qui avait caché ses origines), d'intervenir. Au péril de sa vie, Esther organise deux banquets pour le roi et Haman, et révèle alors son identité juive ainsi que le complot génocidaire. Furieux, Assuérus fait pendre Haman à la potence préparée pour Mardochée. Un nouveau décret permet aux Juifs de se défendre, ce qu'ils font avec succès le 13 Adar. Le 14 Adar (et le 15 dans les villes fortifiées comme Suse) est alors institué comme jour de fête et de réjouissance.

Caracteristiques

Pourim possède plusieurs traits distinctifs. C'est une fête "historique" et non "biblique" au sens strict, son livre ne mentionnant pas explicitement Dieu. Elle a lieu les 14 et 15 du mois hébraïque d'Adar (généralement en février-mars). La veille de Pourim est un jour de jeûne (Taanit Esther) commémorant le jeûne d'Esther. Les pâtisseries traditionnelles sont les "Oreilles d'Haman" (Hamantaschen en yiddish, Oznei Haman en hébreu), des triangles fourrés de pâte de pruneaux, de pavot (mohn) ou d'autres garnitures. Dans certaines communautés, des pièces de théâtre satiriques (Pourimshpil) sont jouées. La fête précède d'exactement un mois la Pâque juive (Pessah), créant un lien symbolique entre la délivrance de Perse et celle d'Égypte.

Importance

Pourim revêt une importance théologique et communautaire majeure. Elle célèbre le thème de la Providence cachée (Hester Panim, un jeu de mots avec le nom Esther) : Dieu agit dans l'histoire de manière déguisée, à travers des coïncidences et des actions humaines. Elle est un puissant symbole de la survie juive face aux persécutions et de la capacité à renverser le destin. Socialement, elle renforce la cohésion par l'échange de cadeaux et la charité, effaçant temporairement les barrières sociales. Son caractère carnavalesque, où les normes sont inversées (on boit, on se déguise), permet une libération joyeuse tout en rappelant la fragilité des situations établies. Pourim reste l'une des fêtes les plus attendues et universellement observées dans le monde juif.

Anecdotes

La ville de Suse et le "Pourim de Suse" (Shushan Pourim)

Dans le Livre d'Esther, les Juifs de la capitale Suse (Shushan) combattent leurs ennemis un jour de plus, le 14 Adar, et ne célèbrent leur victoire que le 15. En conséquence, les villes considérées comme fortifiées depuis l'époque de Josué (comme Jérusalem) célèbrent Pourim le 15 Adar, appelé "Shushan Pourim". Cela crée la particularité d'une fête sur deux jours selon le lieu de résidence.

Les "Pourim spéciaux"

De nombreuses communautés juives à travers l'histoire ont institué des "Pourim locaux" (Pourim Katan) pour commémorer leur propre délivrance d'un danger spécifique (pogrom, accusation de sang, décret d'expulsion). Ces fêtes locales suivaient le modèle de Pourim avec une lecture d'un rouleau narrant l'événement, des réjouissances et des actions de grâce. Le plus célèbre est le "Pourim de Saragosse" en Espagne.

Le bruit contre Haman et une interprétation linguistique

La coutume de faire du bruit à la mention d'Haman est ancienne. Une interprétation rabbinique suggère que le nom "Haman" (המן) a une valeur numérique (guematria) de 95, identique à celle du mot "le Roi" (המלך), faisant écho au thème de renversement et d'ambiguïté : sous ses apparences de puissant ministre, Haman était en réalité voué à la chute.

Esther, un livre sans mention de Dieu

Le Livre d'Esther est unique dans le canon biblique hébraïque : le nom de Dieu n'y apparaît pas une seule fois. Les rabbins y ont vu une leçon profonde : la présence divine peut être active même lorsqu'elle est cachée, opérant à travers les choix et le courage des individus au sein du cours naturel de l'histoire.

Sources

  • Tanakh (Bible hébraïque) : Livre d'Esther (Meguilat Esther)
  • Talmud de Babylone, Traité Meguilah
  • Choulhan Aroukh, Orah Hayim, chapitres 685-697
  • Encyclopaedia Judaica, 2nd Edition, "Purim"
  • Telushkin, Joseph. "Jewish Literacy". William Morrow, 1991.
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