Introduction
Gregor Mendel est une figure emblématique de la science, dont les travaux pionniers ont jeté les bases de la génétique. Vivant dans l'ombre de son monastère à Brünn, il a mené, entre 1856 et 1863, une série d'expériences systématiques sur l'hybridation des plantes de pois (Pisum sativum). Les résultats de ces recherches, publiés en 1866 sous le titre 'Recherches sur des hybrides végétaux', contenaient les principes de la transmission des caractères héréditaires. Son œuvre, révolutionnaire, fut largement ignorée par la communauté scientifique de l'époque et ne fut redécouverte et pleinement appréciée qu'au début du XXe siècle, confirmant son statut de précurseur génial.
Jeunesse
Né dans une famille paysanne modeste, Johann Mendel montre très tôt des aptitudes intellectuelles. Pour poursuivre ses études, il intègre en 1843 le monastère augustin de Saint-Thomas à Brünn, prenant le nom de Gregor. L'abbaye était un centre culturel et scientifique actif, ce qui lui permit d'étudier. Il fut ordonné prêtre en 1847. Insatisfait de ses devoirs pastoraux, il devint professeur suppléant. Pour obtenir sa certification officielle d'enseignant, il suivit des cours à l'Université de Vienne de 1851 à 1853, où il étudia la physique, les mathématiques, la chimie, la botanique et la paléontologie. Cette formation pluridisciplinaire, notamment l'influence de son professeur de physique, Christian Doppler, qui prônait une approche mathématique des phénomènes naturels, fut déterminante pour la rigueur de sa future méthodologie expérimentale.
Decouvertes
Les découvertes majeures de Mendel, déduites de ses croisements de pois, sont résumées par deux lois fondamentales. La première, la Loi de la ségrégation des caractères (ou pureté des gamètes), stipule que les facteurs héréditaires (aujourd'hui appelés allèles) se séparent lors de la formation des gamètes, chaque gamète ne portant qu'un seul facteur pour chaque caractère. La seconde, la Loi de l'assortiment indépendant des caractères, énonce que les facteurs contrôlant des caractères différents se transmettent indépendamment les uns des autres lors de la formation des gamètes. Mendel introduisit également les concepts clés de caractère dominant et récessif, et utilisa des ratios mathématiques (comme le fameux 3:1 pour les hybrides de première génération) pour décrire les résultats de ses croisements.
Methode
La méthode de Mendel fut remarquable par sa rigueur et son innovation pour l'époque. Il choisit délibérément le pois, une plante à reproduction facilement contrôlable (autogame mais pouvant être croisée manuellement), à cycle de vie court et présentant des caractères contrastés bien définis (couleur de la graine, forme de la graine, couleur de la fleur, etc.). Il commença par créer des lignées pures pour chaque caractère étudié. Il réalisa ensuite des croisements contrôlés en transférant manuellement le pollen, et suivit scrupuleusement la descendance sur plusieurs générations (F1, F2, F3), comptant et classant des milliers de plants (plus de 28 000 au total). Enfin, et c'est sa grande innovation, il appliqua une analyse statistique et probabiliste aux résultats biologiques, traitant les données en grand nombre pour en déduire des lois quantitatives.
Reconnaissance
De son vivant, Mendel ne reçut aucune reconnaissance scientifique majeure pour ses travaux sur l'hérédité. Il présenta ses résultats en 1865 à la Société des sciences naturelles de Brünn, et ils furent publiés dans les comptes-rendus de cette société en 1866. L'article fut peu diffusé et largement incompris par les biologistes contemporains, plus intéressés par les théories de l'évolution de Darwin (dont Mendel possédait un exemplaire annoté) ou par l'hérédité par mélange. Élu abbé de son monastère en 1868, ses responsabilités administratives mirent fin à ses recherches scientifiques. Son œuvre sombra dans l'oubli jusqu'à sa redécouverte simultanée et indépendante en 1900 par trois botanistes : Hugo de Vries (Pays-Bas), Carl Correns (Allemagne) et Erich von Tschermak (Autriche).
Heritage
L'héritage de Mendel est colossal. Sa redécouverte en 1900 marque la naissance officielle de la génétique. Ses 'facteurs' furent rapidement rebaptisés 'gènes'. Ses lois, reformulées et intégrées à la théorie chromosomique de l'hérédité (Sutton et Boveri, 1902-1903), devinrent le pilier de la biologie moderne. La synthèse entre les lois de Mendel et la théorie de l'évolution de Darwin (synthèse moderne des années 1930-1940) a fourni le mécanisme de la variation héréditaire nécessaire à la sélection naturelle. Aujourd'hui, la génétique mendélienne reste la base de l'étude des maladies héréditaires, de l'amélioration des plantes et des animaux, et de toutes les biotechnologies. Mendel est universellement reconnu comme le fondateur de la génétique, et son abbaye de Brno abrite désormais un musée à sa mémoire.
