Introduction
Pierre Curie est une figure majeure de la physique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Bien que souvent éclipsé par la célébrité posthume de son épouse Marie, il fut un scientifique exceptionnel dont les travaux indépendants, en magnétisme et cristallographie, étaient déjà révolutionnaires avant leur rencontre. Son association avec Marie marqua le début d'une collaboration scientifique exceptionnelle qui aboutit à la découverte de nouveaux éléments et à la fondation de la physique nucléaire moderne. Sa mort prématurée, renversé par une voiture à cheval en 1906, priva la science d'un esprit brillant et méthodique.
Jeunesse
Issu d'une famille de médecins, Pierre Curie reçoit une éducation à domicile, révélant très tôt des aptitudes remarquables pour les sciences. Il obtient sa licence ès sciences à 16 ans et devient préparateur à la Sorbonne. En 1882, il est nommé chef de travaux à l'École municipale de physique et de chimie industrielles de Paris (ESPCI), où il effectuera l'essentiel de sa carrière. Il y mène des recherches fondamentales, d'abord seul puis avec son frère Jacques, sur la piézoélectricité (propriété de certains cristaux de générer de l'électricité sous pression mécanique). Il conçoit également des instruments de mesure de précision, comme le « quartz piézoélectrique Curie » et la « balance Curie », qui s'avéreront cruciaux pour les travaux futurs sur la radioactivité.
Decouvertes
Les découvertes de Pierre Curie sont doubles. Avant 1895, il établit avec son frère Jacques les lois de la piézoélectricité et invente le piézoélectromètre. Puis, seul, il découvre une loi fondamentale du magnétisme, la « loi de Curie », qui établit la relation entre la susceptibilité magnétique d'un matériau et la température. Après son mariage avec Marie Skłodowska en 1895, il s'intéresse aux rayons uraniques découverts par Becquerel. Abandonnant partiellement ses propres recherches, il s'associe pleinement aux travaux de son épouse. Ensemble, ils découvrent en 1898 deux nouveaux éléments radioactifs : le polonium (nommé ainsi en hommage à la Pologne natale de Marie) et le radium. Ils parviennent à isoler le radium à l'état de chlorure en 1902, après un travail titanesque de purification de tonnes de pechblende. Pierre étudie également les propriétés du rayonnement (effets physiologiques, chaleur dégagée) et pressent son potentiel médical.
Methode
Pierre Curie était un expérimentateur rigoureux et ingénieux, doué d'une intuition physique exceptionnelle. Sa méthode reposait sur une observation minutieuse, la conception d'appareils de mesure d'une sensibilité extrême (comme sa balance à quartz pour mesurer des courants infinitésimaux) et une patience à toute épreuve. Il appliqua cette rigueur aux travaux sur la radioactivité, permettant des mesures quantitatives précises. Il croyait fermement à la recherche fondamentale désintéressée et refusait de breveter le procédé d'extraction du radium, le considérant comme un bien de l'humanité. Sa collaboration avec Marie était un partenariat intellectuel égalitaire, fondé sur un partage des tâches et une confiance mutuelle totale.
Reconnaissance
La reconnaissance vint tardivement. En 1903, Pierre Curie partage avec Henri Becquerel et Marie Curie le prix Nobel de physique « en reconnaissance des services extraordinaires qu'ils ont rendus par leurs recherches communes sur les phénomènes radiatifs découverts par le professeur Henri Becquerel ». La même année, il est élu à l'Académie des sciences. Il refuse néanmoins la Légion d'honneur, par principe. Ce n'est qu'en 1904 qu'il obtient une chaire de physique à la Sorbonne et que l'État français consent à créer pour lui un laboratoire, dont il ne profitera que peu de temps.
Heritage
L'héritage de Pierre Curie est immense. Ses lois sur le magnétisme et la piézoélectricité sont des piliers de la physique du solide et ont des applications modernes cruciales (capteurs, montres à quartz, électronique). Avec Marie, il a ouvert la voie à la physique nucléaire et à la chimie des radio-éléments. Leur découverte du radium a initié la radiothérapie contre le cancer. L'ESPCI Paris, où il enseigna, perpétue son esprit d'innovation. Son fils, Irène Joliot-Curie, et son gendre, Frédéric Joliot-Curie, poursuivront son œuvre en obtenant à leur tour un prix Nobel. Sa vie et son œuvre incarnent l'idéal du scientifique pur, dévoué à la connaissance et au progrès de l'humanité.
