Introduction
La schizophrénie est l'une des pathologies psychiatriques les plus complexes et invalidantes, touchant environ 0,7% à 1% de la population mondiale. Elle débute le plus souvent à la fin de l'adolescence ou au début de l'âge adulte, période cruciale du développement personnel et professionnel, ce qui en amplifie l'impact. Longtemps entourée de stigmatisation et d'incompréhension, elle fait l'objet de recherches scientifiques intensives visant à en élucider les mécanismes et à améliorer la prise en charge des personnes concernées.
Description
La schizophrénie se définit par un ensemble de symptômes regroupés en plusieurs catégories. Les symptômes 'positifs' (ou productifs) correspondent à une exagération ou une distorsion des fonctions normales : il s'agit principalement des délires (croyances fermes et erronées, comme la persécution ou la grandeur) et des hallucinations (perceptions sans objet, le plus souvent auditives sous forme de voix commentatrices ou impératives). Les symptômes 'négatifs' reflètent une diminution ou une perte des fonctions normales : émoussement affectif (visage inexpressif, voix monocorde), alogie (pauvreté du discours), anhédonie (incapacité à ressentir du plaisir), asocialité et apathie. Les symptômes 'désorganisés' incluent un discours incohérent, un comportement imprévisible ou bizarre et une pensée désorganisée. Enfin, les symptômes 'cognitifs' (troubles de l'attention, de la mémoire de travail, des fonctions exécutives) sont fréquents et contribuent fortement aux difficultés d'insertion sociale et professionnelle. L'étiologie est multifactorielle, combinant une vulnérabilité génétique (risque accru dans les familles, sans qu'un gène unique ne soit responsable), des anomalies neurodéveloppementales (migrations neuronales, connexions synaptiques) et des facteurs environnementaux déclenchants (consommation de cannabis à l'adolescence, complications obstétricales, traumatismes, stress intense).
Histoire
Le concept de schizophrénie a évolué considérablement. Au 19ème siècle, des psychiatres comme Benedict Morel décrivent une 'démence précoce'. C'est le psychiatre allemand Emil Kraepelin qui, en 1893, isole et nomme la 'démence précoce' (Dementia praecox), la distinguant des troubles de l'humeur, en insistant sur son évolution chronique et détériorante. Le terme 'schizophrénie' (du grec 'schizein', diviser, et 'phrèn', esprit) est introduit en 1908 par le psychiatre suisse Eugen Bleuler. Pour Bleuler, le trouble fondamental n'est pas la détérioration intellectuelle mais une dissociation ('Spaltung') des fonctions psychiques (pensée, émotion, volonté), conduisant à une perte de l'unité de la personnalité. Au 20ème siècle, les théories psychanalytiques (notamment l'hypothèse de la 'mère schizophrénogène') ont été largement invalidées et remplacées par le modèle bio-psycho-social. L'avènement des neuroleptiques (chlorpromazine) dans les années 1950 a révolutionné le traitement, permettant de contrôler les symptômes positifs et de réduire les hospitalisations de longue durée, marquant le début de la désinstitutionalisation.
Caracteristiques
La schizophrénie présente plusieurs caractéristiques clés. Son évolution est généralement chronique, avec des phases aiguës (poussées psychotiques) et des phases de stabilisation. Le pronostic est variable : environ un tiers des patients connaissent une amélioration significative, un tiers présentent des symptômes résiduels avec des rechutes, et un tiers ont une évolution plus défavorable avec un handicap persistant. Le diagnostic est clinique, basé sur les critères du DSM-5 ou de la CIM-11, nécessitant la présence de symptômes caractéristiques pendant une durée minimale (un mois de symptômes actifs, avec des signes persistants pendant au moins six mois). Le traitement est multimodal : il associe des antipsychotiques (médicaments bloquant principalement les récepteurs dopaminergiques D2) pour réduire les symptômes aigus et prévenir les rechutes, des psychothérapies (thérapie cognitivo-comportementale pour les psychoses, remédiation cognitive, psychoéducation) et un soutien psychosocial (réhabilitation, aide à l'insertion, soutien familial). La prise en charge précoce, dès le premier épisode psychotique, est cruciale pour améliorer le pronostic à long terme.
Importance
L'importance de la schizophrénie réside dans son impact humain, social et économique considérable. C'est une cause majeure de handicap chez les jeunes adultes, entraînant une souffrance profonde pour les personnes touchées et leurs proches. La stigmatisation associée à la maladie, alimentée par des représentations médiatiques erronées la liant à la violence, aggrave l'exclusion sociale. Sur le plan économique, les coûts directs (soins, hospitalisations) et indirects (perte de productivité, soutien social) sont très élevés. La recherche sur la schizophrénie a été un moteur majeur pour les neurosciences et la psychiatrie biologique, contribuant à la compréhension des bases neurochimiques (rôle de la dopamine, du glutamate) et cérébrales (anomalies structurelles dans le cortex préfrontal, l'hippocampe) des troubles psychotiques. Elle pose également des questions éthiques et sociétales fondamentales sur le consentement aux soins, la réinsertion et la lutte contre la discrimination.
