Introduction
La lèpre est l'une des maladies les plus anciennes et les plus stigmatisantes de l'histoire humaine. Son nom évoque immédiatement l'image de l'exclusion sociale, des léproseries et des mutilations. Pourtant, derrière ce lourd passé, se cache une maladie bactérienne complexe, dont la compréhension scientifique a permis de la rendre curable et de briser le cycle de la peur. Elle reste un problème de santé publique dans certaines régions du monde, bien que les efforts d'éradication soient constants.
Description
La lèpre est causée par Mycobacterium leprae, un bacille acido-alcoolo-résistant à croissance extrêmement lente (temps de doublement d'environ 13 jours). La transmission se fait probablement par les gouttelettes nasales lors de contacts étroits et prolongés avec une personne infectée et non traitée. La maladie se manifeste selon un spectre clinique large, déterminé par la réponse immunitaire de l'hôte. À une extrémité se trouve la lèpre tuberculoïde (paucibacillaire), avec peu de lésions cutanées bien délimitées et une atteinte nerveuse asymétrique, reflétant une forte immunité cellulaire. À l'autre extrémité, la lèpre lépromateuse (multibacillaire) se caractérise par de nombreuses lésions cutanées symétriques (macules, papules, nodules), une infiltration diffuse de la peau et des muqueuses, et une charge bactérienne très élevée, due à une faible réponse immunitaire. L'atteinte nerveuse est centrale, entraînant une perte de sensibilité (anesthésie), une faiblesse musculaire et des mutilations secondaires aux blessures non ressenties. Des réactions immunitaires aiguës (réactions lépreuses) peuvent survenir, provoquant des douleurs nerveuses intenses et des aggravations soudaines.
Histoire
La lèpre accompagne l'humanité depuis des millénaires. Des descriptions probables apparaissent dans des textes anciens égyptiens, indiens et chinois datant de 600 avant J.-C. La Bible en fait fréquemment mention, associant la maladie à l'impureté rituelle. Au Moyen Âge en Europe, la lèpre atteint un pic, conduisant à la création de milliers de léproseries où les malades étaient isolés par des édits ecclésiastiques et civils. Le diagnostic était souvent erroné, englobant d'autres affections cutanées. Le déclin de la lèpre en Europe à partir du XVIe siècle reste mal expliqué (amélioration des conditions de vie, émergence de la tuberculose plus compétitive ?). La découverte majeure revient au médecin norvégien Gerhard Armauer Hansen, qui identifia le bacille en 1873, établissant pour la première fois qu'une maladie chronique était d'origine bactérienne. Le XXe siècle vit le développement des sulfones, premiers traitements efficaces, puis de la polychimiothérapie (PCT) recommandée par l'OMS depuis 1981, qui a révolutionné la prise en charge.
Caracteristiques
La bactérie M. leprae a la particularité de ne pouvoir être cultivée in vitro. Son réservoir naturel connu, en dehors de l'homme, est le tatou à neuf bandes. La période d'incubation est exceptionnellement longue, en moyenne de 5 ans, et peut aller jusqu'à 20 ans. Le diagnostic repose sur l'examen clinique (lésions cutanées insensibles, épaississement des nerfs) et la confirmation par biopsie cutanée ou examen bactérioscopique. La classification opérationnelle distingue les formes paucibacillaires (1 à 5 lésions) et multibacillaires (plus de 5 lésions) pour déterminer le schéma thérapeutique. Le traitement standard de l'OMS associe la rifampicine, la dapsone et la clofazimine pendant 6 ou 12 mois selon la forme. Il est gratuit dans tous les pays endémiques. La première dose rend le patient non contagieux.
Importance
L'importance de la lèpre est double : historique et sanitaire. Historiquement, elle a modelé les pratiques sociales, religieuses et médicales, incarnant la peur de la difformité et de la contagion. Son poids symbolique est immense. Sur le plan sanitaire, bien que son incidence ait chuté de plus de 95% depuis les années 1980 grâce à la PCT, elle n'est pas éradiquée. Environ 200 000 nouveaux cas sont encore détectés chaque année dans le monde, principalement en Inde, au Brésil et en Indonésie. Le défi actuel est de dépister précocement pour éviter les incapacités permanentes et de lutter contre la stigmatisation persistante qui décourage le recours aux soins. La lèpre reste un marqueur des inégalités d'accès à la santé.
