Introduction
La fièvre jaune est une arbovirose (maladie virale transmise par des arthropodes) causée par un virus à ARN du genre Flavivirus, famille des Flaviviridae. C'est une maladie potentiellement mortelle, avec un taux de létalité pouvant atteindre 50% pour les formes sévères. Elle constitue un problème majeur de santé publique dans les zones endémiques, mais un vaccin sûr et efficace, disponible depuis les années 1930, permet de la prévenir.
Description
Le virus de la fièvre jaune se transmet à l'homme par la piqûre de moustiques femelles infectés. Le cycle de transmission peut être sylvatique (en forêt, entre les moustiques et les primates non humains, avec l'homme comme hôte accidentel), intermédiaire (dans les zones humides semi-urbaines) ou urbain (cycle épidémique homme-moustique Aedes aegypti). Après une période d'incubation de 3 à 6 jours, l'infection peut évoluer en deux phases. La phase aiguë, avec fièvre, douleurs musculaires, céphalées, frissons, perte d'appétit, nausées et vomissements, dure 3 à 4 jours. La majorité des patients guérissent alors. Cependant, environ 15% des malades entrent dans une phase toxique dans les 24 heures suivant la rémission initiale. La fièvre réapparaît, des systèmes organiques multiples sont touchés. Le patient développe une jaunisse (d'où le nom de la maladie), des douleurs abdominales, des vomissements et des saignements (buccal, nasal, oculaire, gastrique). La fonction rénale se détériore. La moitié des patients en phase toxique meurent dans les 10 à 14 jours. Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique ; la prise en charge est symptomatique et consiste à lutter contre la déshydratation, la fièvre et les infections associées.
Histoire
L'origine de la fièvre jaune est probablement africaine, d'où elle a été importée en Amérique avec la traite négrière et les navires transportant des moustiques Aedes aegypti dans leurs réserves d'eau. Les premières grandes épidémies sont décrites au Yucatán (Mexique) en 1648. Elle a profondément marqué l'histoire des Amériques et des Caraïbes, décimant populations et armées. L'échec de l'expédition française au Panama au 19e siècle, avec la mort de 22 000 ouvriers, en est un exemple tragique. La découverte de son mode de transmission est un tournant majeur de l'histoire de la médecine. En 1881, le médecin cubain Carlos Finlay émet l'hypothèse de la transmission par les moustiques. Cette théorie est prouvée en 1900 par la commission américaine dirigée par Walter Reed à Cuba, ouvrant la voie à des campagnes de lutte antivectorielle efficaces. Le vaccin vivant atténué 17D, mis au point par Max Theiler en 1937 (Prix Nobel 1951), reste la pierre angulaire de la prévention.
Caracteristiques
Le virus de la fièvre jaune est le prototype du genre Flavivirus. Il existe sept génotypes distincts : cinq en Afrique et deux en Amérique du Sud. Le réservoir naturel du virus est constitué par les primates non humains en forêt. La maladie présente un modèle épidémiologique complexe avec trois cycles distincts. Le cycle sylvatique (ou jungle) est le cycle primaire en forêt tropicale humide. Le cycle intermédiaire (ou de savane) provoque des épidémies limitées dans les villages d'Afrique. Le cycle urbain, impliquant Aedes aegypti, peut provoquer de vastes épidémies explosives. Une fois vacciné, on est protégé à vie dans plus de 99% des cas. Le vaccin est contre-indiqué chez les nourrissons de moins de 6 mois, les personnes immunodéprimées et celles allergiques à l'œuf.
Importance
La fièvre jaune est une maladie à potentiel épidémique élevé, représentant une menace grave pour la santé publique dans 34 pays d'Afrique et 13 pays d'Amérique latine, où vit près d'un milliard de personnes. Elle est classée maladie à déclaration obligatoire par le Règlement Sanitaire International. Les épidémies urbaines peuvent avoir des conséquences sanitaires et socio-économiques dévastatrices. La vaccination de masse est la stratégie clé de contrôle. L'Initiative contre la Fièvre Jaune, lancée en 2006 par l'OMS et l'UNICEF avec le soutien de Gavi, a permis de vacciner des centaines de millions de personnes en Afrique, réduisant considérablement le fardeau de la maladie. Cependant, la recrudescence d'Aedes aegypti en milieu urbain, vecteur également de la dengue, du chikungunya et de Zika, augmente le risque de réémergence de grandes épidémies urbaines de fièvre jaune.
