Cancer

Le cancer est une maladie caractérisée par la prolifération incontrôlée de cellules anormales, formant des tumeurs malignes pouvant envahir les tissus voisins et se disséminer dans l'organisme (métastases). Il représente l'une des principales causes de mortalité dans le monde, avec des centaines de types distincts affectant pratiquement tous les organes. Sa prise en charge repose sur la prévention, le dépistage, et des traitements comme la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie.

Introduction

Le cancer n'est pas une maladie unique, mais un terme générique recouvrant un vaste groupe de pathologies caractérisées par un dérèglement fondamental du cycle cellulaire. Ces maladies résultent de l'accumulation d'altérations génétiques (mutations) dans des cellules somatiques, qui leur confèrent un avantage de croissance et de survie. Ce processus complexe, appelé carcinogenèse, transforme des cellules normales en cellules cancéreuses, échappant aux mécanismes de contrôle de l'organisme. La lutte contre le cancer est un enjeu majeur de santé publique, mobilisant la recherche fondamentale, clinique et épidémiologique.

Description

Au niveau biologique, le cancer est une maladie du génome. Les mutations responsables peuvent être héritées (prédisposition familiale) ou, plus fréquemment, acquises au cours de la vie sous l'influence de facteurs externes (carcinogènes) ou d'erreurs de réplication de l'ADN. Ces mutations affectent principalement trois grandes classes de gènes : les oncogènes (qui, activés, stimulent la croissance), les gènes suppresseurs de tumeurs (qui, inactivés, lèvent les freins à la prolifération) et les gènes de réparation de l'ADN (dont les défaillances accélèrent l'accumulation de mutations). La tumeur qui en résulte n'est pas une masse homogène mais un écosystème complexe (microenvironnement tumoral) comprenant des cellules cancéreuses, des vaisseaux sanguins, des cellules immunitaires et du tissu conjonctif. La capacité des cellules à se détacher de la tumeur primitive, à migrer via le sang ou la lymphe et à former des colonies à distance (métastases) est la caractéristique la plus redoutable de la malignité, responsable de la grande majorité des décès.

Histoire

La description du cancer remonte à l'Antiquité. Les écrits égyptiens (papyrus Edwin Smith, vers 1600 av. J.-C.) et les travaux d'Hippocrate (460-370 av. J.-C.), qui forgea les termes "carcinos" (crabe) et "carcinoma" pour décrire l'aspect invasif des tumeurs, en témoignent. Pendant des siècles, les théories humorales dominèrent. Les progrès décisifs intervinrent aux XIXe et XXe siècles avec l'avènement de la microscopie et de l'anatomopathologie, permettant de lier la maladie à des anomalies cellulaires. La découverte des rayons X (1895) ouvrit la voie à la radiothérapie. La seconde moitié du XXe siècle fut marquée par la révolution de la chimiothérapie, née des observations sur les gaz moutarde pendant les guerres mondiales, et par l'émergence de la biologie moléculaire. La découverte des premiers oncogènes (comme src) et gènes suppresseurs (comme p53) dans les années 1970-1980 a fondé notre compréhension moderne de la cancérogenèse. Le séquençage du génome humain a ensuite permis l'ère de la génomique des cancers, conduisant à des thérapies ciblées et à l'immunothérapie.

Caracteristiques

Les cancers se distinguent par plusieurs hallmarks (marqueurs) fondamentaux, conceptualisés par Hanahan et Weinberg : la capacité à générer leurs propres signaux de croissance, l'insensibilité aux signaux anti-croissance, l'évasion de l'apoptose (mort cellulaire programmée), le potentiel réplicatif illimité, l'angiogenèse (création de nouveaux vaisseaux), l'invasion tissulaire et les métastases, le dérèglement du métabolisme énergétique, l'évasion du système immunitaire, une instabilité génomique favorisant les mutations, et une inflammation pro-tumorale. Ils sont classés selon leur tissu d'origine : carcinomes (épithélium, 80-90% des cas), sarcomes (tissus conjonctifs : os, muscle), leucémies et lymphomes (cellules sanguines et lymphatiques), et tumeurs du système nerveux central. Les facteurs de risque sont multiples : tabac (cancer du poumon), alcool, alimentation, sédentarité, obésité, agents infectieux (HPV, Helicobacter pylori), rayonnements (UV, radiations ionisantes), et polluants environnementaux (amiante).

Importance

Le cancer est un défi sanitaire, social et économique planétaire. Selon l'OMS, il est la première ou deuxième cause de décès avant 70 ans dans la majorité des pays. On estime à environ 20 millions de nouveaux cas et 10 millions de décès par an dans le monde, un fardeau en augmentation, notamment du fait du vieillissement des populations et de l'adoption de modes de vie à risque. Son impact est multidimensionnel : souffrance physique et psychologique pour les patients et leurs proches, coûts médicaux exorbitants pour les systèmes de santé, et pertes de productivité. La recherche, extrêmement dynamique, vise à améliorer la prévention (vaccins anti-HPV), le dépistage précoce (mammographie, test sanguin), les traitements (thérapies ciblées, immunothérapie, médecine de précision) et les soins de support. La lutte contre le cancer symbolise aussi les inégalités d'accès aux soins entre pays riches et pauvres.

Anecdotes

Le crabe d'Hippocrate

Le terme "cancer" vient du grec "karkinos" (crabe), utilisé par Hippocrate. Il aurait choisi cette analogie pour décrire l'aspect d'une tumeur du sein avec ses veines dilatées, ressemblant aux pattes d'un crabe s'agrippant aux tissus. Le terme latin "cancer" a ensuite été repris par le médecin romain Celse, tandis que Galien utilisait le mot "oncosis" (du grec "onkos", masse), à l'origine du terme "oncologie".

La première chimiothérapie

La chimiothérapie moderne trouve son origine tragique dans la Seconde Guerre mondiale. Après l'explosion d'un navire transportant du gaz moutarde (ypérite), on observa que les survivants avaient une dépression sévère de leur moelle osseuse et de leurs lymphocytes. Des chercheurs, dont Goodman et Gilman, eurent l'idée d'utiliser un dérivé chimique, la moutarde à l'azote, pour traiter un lymphome. En 1942, une rémission temporaire fut obtenue chez un patient, marquant la naissance de la chimiothérapie anticancéreuse.

La "guerre contre le cancer" de Nixon

En 1971, le président américain Richard Nixon signa le National Cancer Act, déclarant une "guerre contre le cancer" et engageant des fonds fédéraux massifs pour la recherche. Cette initiative a considérablement structuré et financé la cancérologie moderne aux États-Unis, menant à la création de centres anticancéreux de référence. Si l'objectif initial d'une victoire rapide fut trop ambitieux, cette mobilisation a accéléré de nombreuses découvertes fondamentales et l'amélioration des traitements.

La patiente immortelle, Henrietta Lacks

En 1951, des cellules cancéreuses prélevées sur Henrietta Lacks, une jeune femme afro-américaine décédée d'un cancer du col de l'utérus, se révélèrent capables de se diviser indéfiniment en culture. Nommées cellules HeLa, elles devinrent la première lignée cellulaire immortelle, révolutionnant la recherche biomédicalale (développement du vaccin contre la polio, études sur le cancer, le sida, etc.). Cette histoire soulève d'importantes questions éthiques sur le consentement et la propriété des tissus biologiques.

Sources

  • Organisation Mondiale de la Santé (OMS) - Fiches d'information sur le cancer
  • National Cancer Institute (NCI) - What Is Cancer?
  • Hanahan, D. & Weinberg, R.A. - The Hallmarks of Cancer (Cell, 2000 & 2011)
  • Institut National du Cancer (INCa) - Les chiffres du cancer en France
  • Siddhartha Mukherjee - L'Empereur de toutes les maladies : Une biographie du cancer (Prix Pulitzer 2011)
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