Introduction
Le cancer n'est pas une maladie unique, mais un terme générique recouvrant un vaste groupe de pathologies caractérisées par un dérèglement fondamental du cycle cellulaire. Ces maladies résultent de l'accumulation d'altérations génétiques (mutations) dans des cellules somatiques, qui leur confèrent un avantage de croissance et de survie. Ce processus complexe, appelé carcinogenèse, transforme des cellules normales en cellules cancéreuses, échappant aux mécanismes de contrôle de l'organisme. La lutte contre le cancer est un enjeu majeur de santé publique, mobilisant la recherche fondamentale, clinique et épidémiologique.
Description
Au niveau biologique, le cancer est une maladie du génome. Les mutations responsables peuvent être héritées (prédisposition familiale) ou, plus fréquemment, acquises au cours de la vie sous l'influence de facteurs externes (carcinogènes) ou d'erreurs de réplication de l'ADN. Ces mutations affectent principalement trois grandes classes de gènes : les oncogènes (qui, activés, stimulent la croissance), les gènes suppresseurs de tumeurs (qui, inactivés, lèvent les freins à la prolifération) et les gènes de réparation de l'ADN (dont les défaillances accélèrent l'accumulation de mutations). La tumeur qui en résulte n'est pas une masse homogène mais un écosystème complexe (microenvironnement tumoral) comprenant des cellules cancéreuses, des vaisseaux sanguins, des cellules immunitaires et du tissu conjonctif. La capacité des cellules à se détacher de la tumeur primitive, à migrer via le sang ou la lymphe et à former des colonies à distance (métastases) est la caractéristique la plus redoutable de la malignité, responsable de la grande majorité des décès.
Histoire
La description du cancer remonte à l'Antiquité. Les écrits égyptiens (papyrus Edwin Smith, vers 1600 av. J.-C.) et les travaux d'Hippocrate (460-370 av. J.-C.), qui forgea les termes "carcinos" (crabe) et "carcinoma" pour décrire l'aspect invasif des tumeurs, en témoignent. Pendant des siècles, les théories humorales dominèrent. Les progrès décisifs intervinrent aux XIXe et XXe siècles avec l'avènement de la microscopie et de l'anatomopathologie, permettant de lier la maladie à des anomalies cellulaires. La découverte des rayons X (1895) ouvrit la voie à la radiothérapie. La seconde moitié du XXe siècle fut marquée par la révolution de la chimiothérapie, née des observations sur les gaz moutarde pendant les guerres mondiales, et par l'émergence de la biologie moléculaire. La découverte des premiers oncogènes (comme src) et gènes suppresseurs (comme p53) dans les années 1970-1980 a fondé notre compréhension moderne de la cancérogenèse. Le séquençage du génome humain a ensuite permis l'ère de la génomique des cancers, conduisant à des thérapies ciblées et à l'immunothérapie.
Caracteristiques
Les cancers se distinguent par plusieurs hallmarks (marqueurs) fondamentaux, conceptualisés par Hanahan et Weinberg : la capacité à générer leurs propres signaux de croissance, l'insensibilité aux signaux anti-croissance, l'évasion de l'apoptose (mort cellulaire programmée), le potentiel réplicatif illimité, l'angiogenèse (création de nouveaux vaisseaux), l'invasion tissulaire et les métastases, le dérèglement du métabolisme énergétique, l'évasion du système immunitaire, une instabilité génomique favorisant les mutations, et une inflammation pro-tumorale. Ils sont classés selon leur tissu d'origine : carcinomes (épithélium, 80-90% des cas), sarcomes (tissus conjonctifs : os, muscle), leucémies et lymphomes (cellules sanguines et lymphatiques), et tumeurs du système nerveux central. Les facteurs de risque sont multiples : tabac (cancer du poumon), alcool, alimentation, sédentarité, obésité, agents infectieux (HPV, Helicobacter pylori), rayonnements (UV, radiations ionisantes), et polluants environnementaux (amiante).
Importance
Le cancer est un défi sanitaire, social et économique planétaire. Selon l'OMS, il est la première ou deuxième cause de décès avant 70 ans dans la majorité des pays. On estime à environ 20 millions de nouveaux cas et 10 millions de décès par an dans le monde, un fardeau en augmentation, notamment du fait du vieillissement des populations et de l'adoption de modes de vie à risque. Son impact est multidimensionnel : souffrance physique et psychologique pour les patients et leurs proches, coûts médicaux exorbitants pour les systèmes de santé, et pertes de productivité. La recherche, extrêmement dynamique, vise à améliorer la prévention (vaccins anti-HPV), le dépistage précoce (mammographie, test sanguin), les traitements (thérapies ciblées, immunothérapie, médecine de précision) et les soins de support. La lutte contre le cancer symbolise aussi les inégalités d'accès aux soins entre pays riches et pauvres.
