Introduction
Les antibiotiques représentent l'une des plus grandes avancées médicales de l'histoire humaine. Avant leur découverte, des infections banales comme une pneumonie, une angine ou une simple plaie infectée pouvaient facilement entraîner la mort. Leur introduction a radicalement changé le pronostic des maladies infectieuses, sauvé des centaines de millions de vies et permis le développement de la chirurgie moderne et des traitements immunosuppresseurs. Le terme 'antibiotique' signifie littéralement 'contre la vie', mais il s'applique spécifiquement aux micro-organismes pathogènes.
Contexte
Avant le XXe siècle, les traitements contre les infections bactériennes étaient limités, inefficaces et souvent dangereux. On utilisait des méthodes empiriques ou des substances comme le mercure. La théorie des germes de Pasteur et Koch au XIXe siècle a établi le rôle des bactéries dans les maladies, créant le besoin urgent d'agents antimicrobiens. Des observations antérieures, comme l'utilisation de moisissures par certaines cultures pour traiter les infections, n'avaient pas été scientifiquement exploitées. Le champ de la chimiothérapie, initié par Paul Ehrlich avec le Salvarsan contre la syphilis (un agent chimique synthétique, pas un antibiotique au sens strict), a ouvert la voie.
Inventeur
Sir Alexander Fleming (1881-1955), un bactériologiste écossais, est crédité de la découverte fortuite de la pénicilline en 1928. En travaillant sur des cultures de staphylocoques à l'hôpital St. Mary de Londres, il remarqua qu'une moisissure (Penicillium notatum) avait contaminé une boîte de Pétri et que les bactéries autour d'elle avaient été lysées. Il nomma la substance active 'pénicilline'. Cependant, Fleming ne parvint pas à l'isoler et à la produire en quantité. Ce sont les chercheurs Howard Florey (Australien) et Ernst Chain (Allemand exilé) qui, une décennie plus tard à Oxford, réussirent à purifier la pénicilline, à démontrer son efficacité in vivo et à lancer sa production industrielle, un effort colossal accéléré par la Seconde Guerre mondiale. Ils partagèrent le prix Nobel de médecine avec Fleming en 1945.
Fonctionnement
Les antibiotiques agissent selon différents mécanismes pour éliminer les bactéries (action bactéricide) ou stopper leur multiplication (action bactériostatique). Les principales cibles sont : 1) La synthèse de la paroi cellulaire (ex: pénicillines, céphalosporines) qui empêchent la construction de cette enveloppe protectrice, conduisant à la lyse de la bactérie. 2) La synthèse des protéines (ex: tétracyclines, macrolides) qui se lient aux ribosomes bactériens et bloquent la production de protéines essentielles. 3) La réplication de l'ADN (ex: quinolones) qui inhibent les enzymes responsables de la copie du matériel génétique. 4) Le métabolisme des folates (ex: sulfamides) qui perturbent la synthèse d'acides nucléiques. 5) La membrane cytoplasmique (ex: polymyxines) qui altèrent sa perméabilité. Chaque classe est spécifique à des structures ou processus bactériens, limitant en théorie leur toxicité pour les cellules humaines.
Evolution
Après l'ère d'or de la pénicilline (années 1940-1950), la recherche a explosé, notamment avec la découverte de la streptomycine (Selman Waksman, 1943) efficace contre la tuberculose. Des milliers de souches de micro-organismes du sol (notamment des actinomycètes) ont été criblées, menant à la découverte des tétracyclines, des aminoglycosides et de bien d'autres. Parallèlement, la chimie a permis de modifier les molécules naturelles pour créer des antibiotiques semi-synthétiques (comme l'amoxicilline) aux spectres d'action élargis et plus stables. L'apparition rapide de résistances bactériennes, dès les années 1940, a été un moteur constant pour la recherche de nouvelles classes. Cependant, le pipeline de découverte s'est considérablement tari depuis les années 1980, face à la difficulté de trouver de nouvelles cibles et au faible rendement économique.
Impact
L'impact des antibiotiques sur la société est colossal. Ils ont drastiquement réduit la mortalité infantile et augmenté l'espérance de vie. Ils ont rendu possibles les interventions chirurgicales majeures (chirurgie cardiaque, transplantations d'organes), les traitements contre le cancer (chimiothérapie immunosuppressive) et les soins intensifs, en prévenant les infections opportunistes. D'un point de vue socio-économique, ils ont réduit l'absentéisme et le fardeau des épidémies. Le revers de la médaille est l'émergence alarmante de l'antibiorésistance, due à une surprescription, un usage inapproprié et une utilisation massive en élevage. Les 'superbactéries' multirésistantes représentent aujourd'hui l'une des plus grandes menaces pour la santé publique mondiale, rappelant l'ère pré-antibiotique et soulignant la nécessité d'une utilisation rationnelle et de nouvelles recherches.
