Américium

L'américium est un élément chimique radioactif artificiel, de symbole Am et de numéro atomique 95. Il appartient à la série des actinides et a été découvert en 1944 à l'Université de Chicago. Il est surtout connu pour son utilisation dans les détecteurs de fumée domestiques.

Introduction

L'américium est un élément lourd, synthétique et hautement radioactif, produit pour la première fois par l'homme dans le contexte du projet Manhattan. Il s'agit d'un métal blanc argenté qui s'oxyde lentement à l'air. Son nom, dérivé du continent américain, suit la tradition de nommer les éléments transuraniens d'après des régions géographiques, à l'instar de l'europium. Bien que rare et dangereux en raison de sa radioactivité, il a trouvé une application pratique et omniprésente dans la vie quotidienne.

Description

L'américium (symbole Am) est un actinide, situé à droite du plutonium (94) et à gauche du curium (96) dans le tableau périodique. Tous ses isotopes sont radioactifs et instables. L'isotope le plus courant et le plus important est l'américium-241, avec une demi-vie d'environ 432,2 ans, qui se désintègre en émettant des particules alpha et des rayons gamma de faible énergie. C'est un métal dense, malléable et plus soluble dans les acides que ses voisins plutonium et neptunium. À l'état solide, il présente plusieurs phases allotropiques. Chimiquement, il est relativement réactif et existe principalement aux états d'oxydation +3 et +4 en solution, le +3 étant le plus stable. Ses propriétés chimiques sont similaires à celles des autres actinides et des lanthanides, ce qui rend sa séparation et son purification complexes.

Histoire

L'américium a été synthétisé, identifié et isolé pour la première fois à la fin de 1944 et au début de 1945 par une équipe de scientifiques dirigée par Glenn T. Seaborg à l'Université de Chicago, au sein du Metallurgical Laboratory (projet Manhattan). L'élément a été produit en bombardant du plutonium-239 avec des neutrons dans un réacteur nucléaire, créant d'abord du plutonium-240, puis du plutonium-241, qui se désintègre par émission bêta en américium-241. La découverte a été tenue secrète jusqu'en novembre 1945, en raison de la guerre. Son nom, officiellement adopté en 1946, rend hommage aux Amériques, de la même manière que l'europium honore l'Europe. C'est le quatrième élément transuranien synthétisé, après le neptunium, le plutonium et le curium.

Caracteristiques

Principales caractéristiques : Numéro atomique : 95. Masse atomique standard : [243] g/mol (pour l'isotope le plus stable, Am-243). Point de fusion : 1176 °C. Point d'ébullition : 2011 °C (estimé). Densité : environ 12 g/cm³. Configuration électronique : [Rn] 5f⁷ 7s². Radioactivité : Tous ses isotopes sont radioactifs. Les plus notables sont l'Am-241 (demi-vie 432,2 ans, émetteur alpha) et l'Am-243 (demi-vie 7370 ans). L'Am-241 est l'isotope le plus accessible, car il se forme par désintégration bêta du Pu-241, lui-même présent dans le combustible nucléaire usé. L'américium métallique est paramagnétique. Il est plus électropositif que le plutonium. Sa production se fait principalement par irradiation neutronique du plutonium dans des réacteurs nucléaires, suivie de processus de séparation chimique complexes comme le procédé PUREX.

Importance

L'importance de l'américium est double : scientifique et pratique. Scientifiquement, son étude a permis de mieux comprendre la chimie des actinides et la stabilité des noyaux lourds. Pratiquement, son application la plus célèbre est comme source de rayonnement alpha dans les détecteurs de fumée ioniques. Une infime quantité (environ 0,3 microgramme) d'Am-241, sous forme d'oxyde, ionise l'air dans une chambre de détection, permettant à un faible courant de circuler. La présence de fumée perturbe ce courant, déclenchant l'alarme. Des millions de foyers en contiennent. Il est également utilisé comme source portable de rayons gamma pour la radiographie industrielle, comme source neutronique (en mélange avec du béryllium, où les particules alpha du Am produisent des neutrons), et dans certains densimètres pour la mesure des fluides. C'est un composant mineur mais problématique des déchets nucléaires de haute activité, où sa longue demi-vie en fait un défi pour le stockage à long terme. Des recherches explorent son utilisation potentielle dans les batteries nucléaires (générateurs thermoélectriques à radioisotopes) pour l'espace lointain, où le plutonium-238 devient rare.

Anecdotes

Le détecteur de fumée qui a sauvé des vies

L'invention du détecteur de fumée domestique à l'américium-241 dans les années 1970 est considérée comme l'une des applications les plus réussies de la radioactivité au service du public. Bien que l'idée d'utiliser une source radioactive pour ioniser l'air remonte aux années 1930, c'est l'Am-241, avec sa longue demi-vie et son faible coût de production (en tant que sous-produit du plutonium), qui a rendu l'appareil fiable et abordable. On estime que ces détecteurs ont réduit de moitié le nombre de décès par incendie dans les habitations depuis leur introduction massive.

Un élément (presque) naturel sur Terre

Bien qu'artificiel, des traces infinitésimales d'américium (et d'autres transuraniens) peuvent se former naturellement dans des gisements de minerai d'uranium très riches, par capture neutronique multiple. Ces neutrons proviennent de la fission spontanée de l'uranium ou des réactions (α, n). Cependant, les quantités produites sont si faibles (de l'ordre de quelques atomes) qu'elles sont indétectables dans la pratique. Tout l'américium utilisé aujourd'hui est donc le produit de l'activité humaine dans les réacteurs nucléaires.

Le voyage interplanétaire de l'américium

L'américium-241 est étudié comme source de chaleur potentielle pour les générateurs thermoélectriques à radioisotopes (RTG) qui alimentent les sondes spatiales en électricité, notamment pour les missions au-delà de l'orbite de Mars où l'énergie solaire est trop faible. Alors que le plutonium-238 est le combustible de choix, sa production est limitée et coûteuse. L'Am-241, plus abondant en tant que déchet, bien que moins performant énergétiquement, est un candidat sérieux pour les futures missions de l'Agence spatiale européenne (ESA) et de la NASA.

Sources

  • Los Alamos National Laboratory - Periodic Table: Americium
  • Royal Society of Chemistry - Periodic Table: Americium
  • Glenn T. Seaborg - 'The Transuranium Elements' (1958)
  • International Atomic Energy Agency (IAEA) - 'Management of Alpha Contaminated Waste'
  • U.S. Nuclear Regulatory Commission - 'Fact Sheet on Americium-241'
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