Introduction
L'insuline est une hormone peptidique produite par les cellules bêta des îlots de Langerhans dans le pancréas. Elle joue un rôle central dans le métabolisme des glucides, des lipides et des protéines, en permettant aux cellules de l'organisme d'absorber le glucose présent dans le sang pour le transformer en énergie ou le stocker. Sans insuline, le glucose s'accumule dans le sang, entraînant une hyperglycémie aux conséquences dévastatrices : c'est le diabète sucré. La découverte de l'insuline comme traitement est une pierre angulaire de l'histoire de la médecine.
Description
L'insuline agit comme une clé, se liant à des récepteurs spécifiques à la surface des cellules (principalement musculaires, adipeuses et hépatiques) pour permettre l'entrée du glucose. Elle inhibe également la production de glucose par le foie (glycogénolyse et néoglucogenèse) et favorise le stockage des graisses. Sa structure est celle d'une petite protéine composée de deux chaînes polypeptidiques (A et B) reliées par des ponts disulfure. La production d'insuline est régulée en temps réel par la glycémie : elle augmente après un repas et diminue à jeun. Les personnes atteintes de diabète de type 1 ne produisent plus d'insuline à cause d'une destruction auto-immune des cellules bêta, nécessitant des injections à vie. Le diabète de type 2 est caractérisé par une résistance à l'action de l'insuline et/ou une production insuffisante.
Histoire
Avant 1921, un diagnostic de diabète était une sentence de mort par famine et acidocétose. Les chercheurs savaient qu'un facteur pancréatique était impliqué. En 1889, les Allemands Joseph von Mering et Oskar Minkowski avaient démontré que l'ablation du pancréas provoquait un diabète chez le chien. Le défi était d'isoler la substance active sans qu'elle ne soit détruite par les enzymes digestives du pancréas. En 1921, le chirurgien canadien Frederick Banting, avec l'aide de l'étudiant en médecine Charles Best, eut l'idée de ligaturer les canaux pancréatiques de chiens pour dégénérer la partie exocrine (productrice d'enzymes) et récupérer l'extrait des îlots restants. Leurs expériences, menées dans le laboratoire du professeur John Macleod à l'Université de Toronto, furent couronnées de succès. Le biochimiste James Collip fut ensuite crucial pour purifier l'extrait, permettant la première injection sur un humain, Leonard Thompson, un adolescent diabétique de 14 ans, en janvier 1922. Son état s'améliora spectaculairement. Le prix Nobel de Physiologie ou Médecine fut décerné à Banting et Macleod en 1923, qui partagèrent leur prix avec Best et Collip respectivement.
Caracteristiques
L'insuline est une protéine de 51 acides aminés. Les premières insulines thérapeutiques étaient extraites de pancréas de bovins (bœuf) ou de porcs. Elles ont ensuite été purifiées pour réduire les réactions immunitaires. Une révolution survint dans les années 1980 avec l'avènement de l'insuline humaine produite par génie génétique : des bactéries (comme E. coli) ou des levures sont modifiées pour synthétiser l'hormone parfaitement identique à celle de l'humain. Les recherches ont ensuite développé des analogues de l'insuline, modifiés pour agir plus rapidement (analogues rapides) ou plus longtemps (analogues lents), offrant un meilleur contrôle glycémique et une plus grande flexibilité aux patients. Les modes d'administration ont aussi évolué, des seringues en verre aux stylos injecteurs, et maintenant aux pompes à insuline et aux systèmes en boucle fermée (pancréas artificiel).
Importance
L'importance de la découverte de l'insuline est incommensurable. Elle a sauvé et continue de sauver des dizaines de millions de vies. Elle a transformé le diabète d'une maladie fatale en une condition chronique avec laquelle on peut vivre longtemps et en bonne santé, sous réserve d'un traitement et d'une surveillance appropriés. Cette découverte a inauguré l'ère de l'endocrinologie moderne et démontré le pouvoir de la recherche translationnelle. Elle a également posé des questions éthiques et économiques majeures : Banting, Best et Collip ont cédé leurs droits de brevet pour un dollar symbolique à l'Université de Toronto pour assurer une production à large échelle et un coût abordable, un geste philanthropique historique. Aujourd'hui, l'accès à l'insuline reste un enjeu de santé publique mondial, le coût étant prohibitif dans certains pays. La recherche se poursuit vers des solutions plus définitives (thérapies cellulaires, greffes d'îlots, immunomodulation).
