Introduction
Le thymus est un organe lymphoïde primaire, essentiel au système immunitaire adaptatif. Longtemps mystérieux et parfois considéré comme un simple vestige, il est aujourd'hui reconnu comme le "berceau" des lymphocytes T, les chefs d'orchestre de la réponse immunitaire spécifique. Son activité est maximale dans les premières années de la vie, façonnant notre capacité à lutter contre les infections et à éviter les maladies auto-immunes.
Description
Le thymus est une glande bilobée, située dans le médiastin antéro-supérieur, juste derrière le sternum et devant le cœur et les gros vaisseaux. Il est composé de deux lobes principaux, eux-mêmes subdivisés en lobules. Chaque lobule présente une zone externe, le cortex, et une zone interne, la médulla. Le cortex est dense en lymphocytes T immatures (thymocytes). La médulla contient des thymocytes plus matures et des structures caractéristiques appelées corpuscules de Hassall, formées par des cellules épithéliales thymiques. L'organe est irrigué par les artères thoraciques internes et thyroïdiennes inférieures. Il atteint son poids maximal (30 à 40 grammes) à la puberté, puis régresse progressivement (involution thymique) pour devenir principalement adipeux à l'âge adulte, bien qu'une activité résiduelle persiste.
Histoire
Le thymus est connu depuis l'Antiquité. Son nom vient du grec 'thymos', qui signifie 'âme' ou 'cœur' (au sens de siège des émotions), reflétant les incertitudes quant à sa fonction. Galien le considérait comme la "pierre de touche de l'âme". Pendant des siècles, son rôle est resté obscur, souvent associé à des pathologies comme la "mort subite du nourrisson" (status thymicolymphaticus), une théorie erronée et abandonnée. Au XVIIe siècle, le médecin anglais Thomas Wharton le distingue de la thyroïde. La percée majeure intervient au milieu du XXe siècle avec les travaux de Jacques Miller, qui démontre en 1961, par ablation du thymus chez des souris nouveau-nées, son rôle crucial dans le développement de l'immunité à médiation cellulaire. Cette découverte a fondé la distinction entre lymphocytes T (dépendants du Thymus) et lymphocytes B (dépendants de la Bourse de Fabricius chez les oiseaux, ou Bone marrow en anglais).
Caracteristiques
1. Structure : Organe lymphoépithélial, composé d'un épithélium dérivé du troisième et parfois du quatrième arc pharyngé, qui forme un stroma accueillant les précurseurs lymphoïdes. 2. Fonction principale : Éducation thymique. Les précurseurs des lymphocytes T (provenant de la moelle osseuse) migrent dans le thymus. Ils y subissent un processus de sélection positive (survie des cellules capables de reconnaître le CMH du soi) et de sélection négative (élimination des cellules réagissant trop fortement contre les antigènes du soi, prévenant ainsi l'auto-immunité). Seuls 1 à 2% des thymocytes survivent à cette éducation rigoureuse. 3. Hormones thymiques : Le thymus sécrète des hormones peptidiques (thymosine, thymopoïétine, thymuline) qui favorisent la maturation et la différenciation des lymphocytes T. 4. Involution : Processus physiologique de régression lié à l'âge, influencé par les hormones sexuelles (androgènes et œstrogènes) et le stress. Elle entraîne une diminution de la production de lymphocytes T naïfs, contribuant à l'immunosénescence (vieillissement du système immunitaire).
Importance
Le thymus est fondamental pour établir un système immunitaire compétent et tolérant. Sans lui, le corps est gravement immunodéprimé, vulnérable aux infections opportunistes, aux cancers et incapable de rejeter des greffes. Son rôle dans la sélection négative est crucial pour prévenir les maladies auto-immunes. En clinique, son dysfonctionnement est impliqué dans des pathologies comme le diabète de type 1, la myasthénie grave (souvent associée à un thymome, une tumeur du thymus) et le syndrome de DiGeorge (maladie congénitale avec absence ou hypoplasie du thymus). La recherche sur la régénération ou le rajeunissement du thymus (par hormonothérapie, greffe ou thérapie cellulaire) est un domaine actif pour lutter contre l'immunosénescence et améliorer les réponses vaccinales chez les personnes âgées.
