Introduction
Le pancréas est un organe abdominal méconnu mais fondamental, souvent décrit comme un "héros discret" de la physiologie humaine. Son fonctionnement bipolaire, à la fois comme glande digestive et comme régulateur hormonal du métabolisme du sucre, en fait un acteur central de l'homéostasie corporelle. Son dysfonctionnement est à l'origine de pathologies graves et répandues, telles que le diabète sucré et la pancréatite.
Description
Le pancréas est un organe allongé, de consistance molle, mesurant environ 15 à 20 cm de long pour un poids de 80 à 100 grammes. Il est situé transversalement dans la partie supérieure et postérieure de l'abdomen (rétropéritonéal), en arrière de l'estomac, et s'étend de la courbe du duodénum (où il déverse ses sucs digestifs) jusqu'à la rate. Anatomiquement, on distingue la tête (la partie la plus large, logée dans la courbe du duodénum), le corps et la queue (qui pointe vers la rate). Sa structure histologique reflète sa double fonction. Il est composé à 98% de tissu exocrine, organisé en acini qui produisent et sécrètent un suc pancréatique riche en enzymes (amylase, lipase, trypsinogène, chymotrypsinogène) dans le duodénum via le canal pancréatique principal (canal de Wirsung). Les 2% restants constituent le tissu endocrine, dispersé sous forme d'îlots cellulaires appelés îlots de Langerhans. Ces îlots abritent principalement les cellules bêta (sécrétant l'insuline), les cellules alpha (sécrétant le glucagon) et les cellules delta (sécrétant la somatostatine).
Histoire
La connaissance du pancréas a évolué lentement. Les anciens Grecs, dont Hérophile au IVe siècle av. J.-C., l'ont observé et nommé "pankreas" ("tout en chair"), mais lui attribuaient un rôle de coussin pour les vaisseaux sanguins. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le médecin allemand Johann Georg Wirsung découvrit et décrit le canal pancréatique principal qui porte son nom. La fonction exocrine (digestive) fut élucidée au XIXe siècle par Claude Bernard, qui démontra le rôle du suc pancréatique dans la digestion des graisses. La découverte la plus marquante survint en 1921-1922, lorsque Frederick Banting, Charles Best, John Macleod et James Collip isolèrent l'insuline à partir d'extraits pancréatiques de chien, sauvant ainsi la vie de millions de patients diabétiques et valant un prix Nobel à Banting et Macleod en 1923. Cette découverte a révolutionné la médecine et placé le pancréas endocrine au premier plan de la recherche métabolique.
Caracteristiques
1. Double fonction : C'est la caractéristique la plus distinctive. Fonction exocrine (vers l'extérieur) : production d'environ 1,5 litre de suc pancréatique par jour, neutralisant l'acidité du chyme gastrique et dégradant les macromolécules (glucides, lipides, protéines). Fonction endocrine (vers l'intérieur) : sécrétion d'hormones directement dans le sang. L'insuline abaisse la glycémie en facilitant l'entrée du glucose dans les cellules, tandis que le glucagon l'augmente en stimulant la libération de glucose par le foie. 2. Autodigestion potentielle : Les enzymes protéolytiques (comme la trypsine) sont sécrétées sous forme inactive (zymogènes) pour éviter qu'elles ne digèrent le pancréas lui-même. Leur activation n'a lieu que dans le duodénum. Une activation prématurée dans la glande est la cause de la pancréatite aiguë. 3. Réserve fonctionnelle importante : Une personne peut survivre avec seulement 10% de tissu pancréatique fonctionnel, ce qui permet des interventions chirurgicales partielles. 4. Régulation fine : La sécrétion du suc pancréatique est stimulée par les hormones sécrétine et cholécystokinine (CCK), libérées par la muqueuse duodénale en réponse à l'arrivée du chyme acide et gras.
Importance
L'importance du pancréas est capitale. Son rôle endocrine est indispensable à la régulation de la glycémie. La défaillance des cellules bêta, entraînant un déficit en insuline, est la cause du diabète de type 1, une maladie auto-immune. L'insulinorésistance, souvent associée à une sécrétion d'insuline défaillante, caractérise le diabète de type 2, une pandémie mondiale. Son rôle exocrine est tout aussi crucial pour la nutrition : sans enzymes pancréatiques, la maldigestion et la malabsorption (notamment des graisses et des vitamines liposolubles) conduisent à la dénutrition et à la stéatorrhée (selles grasses). Les pathologies pancréatiques, comme les pancréatites aiguës ou chroniques (souvent liées à l'alcool ou aux calculs biliaires) et les adénocarcinomes pancréatiques (cancer au pronostic souvent sombre), sont sévères. La transplantation pancréatique ou d'îlots de Langerhans représente un espoir thérapeutique pour les diabétiques graves.
