Hypophyse

L'hypophyse, ou glande pituitaire, est une petite glande endocrine de la taille d'un pois, située à la base du cerveau. Elle est souvent qualifiée de 'glande maîtresse' car elle régule et contrôle la sécrétion de nombreuses autres glandes endocrines. Son rôle est central dans la croissance, le métabolisme, la reproduction et la réponse au stress.

Introduction

L'hypophyse est une glande endocrine de forme ovoïde, pesant environ 0,5 gramme et mesurant 10 mm de diamètre. Nichée dans une cavité osseuse de l'os sphénoïde appelée selle turcique, elle est reliée à l'hypothalamus par la tige pituitaire. Cette connexion intime avec le cerveau en fait un point de jonction crucial entre le système nerveux et le système endocrinien. Son importance est telle qu'un dysfonctionnement peut avoir des répercussions sur l'ensemble de l'organisme.

Description

L'hypophyse est divisée en deux lobes distincts, d'origine embryologique et fonctionnelle différente. Le lobe antérieur (adénohypophyse) est glandulaire et constitue environ 75% de son volume. Il produit et sécrète directement six hormones majeures sous le contrôle de facteurs de libération ou d'inhibition hypothalamiques : l'hormone de croissance (GH), la thyréostimuline (TSH), l'adrénocorticotrophine (ACTH), la folliculostimuline (FSH), la lutéinisante (LH) et la prolactine (PRL). Le lobe postérieur (neurohypophyse) est une extension du système nerveux. Il ne produit pas d'hormones mais stocke et libère deux hormones synthétisées par l'hypothalamus : l'ocytocine (impliquée dans l'accouchement et l'allaitement) et la vasopressine ou hormone antidiurétique (ADH, régulant l'équilibre hydrique). Une petite partie intermédiaire, vestigiale chez l'adulte, sécrète l'hormone mélanotrope (MSH).

Histoire

La découverte de l'hypophyse remonte à l'Antiquité. Galien (IIe siècle) l'a décrite et lui a donné le nom de 'pituita' (mucosité), pensant qu'elle filtrait les déchets du cerveau. Son rôle endocrinien n'a été compris qu'à la fin du XIXe siècle. Les travaux pionniers du médecin français Pierre Marie en 1886 ont établi un lien entre une tumeur de l'hypophyse et l'acromégalie, une maladie de la croissance. Au début du XXe siècle, les expériences d'ablation et de greffe chez l'animal par Harvey Cushing et d'autres ont confirmé son statut de 'glande maîtresse'. L'isolement et la synthèse de ses hormones, comme l'ACTH dans les années 1950, ont marqué des étapes cruciales en endocrinologie.

Caracteristiques

L'hypophyse présente plusieurs caractéristiques uniques. Sa vascularisation est spécialisée avec un système porte hypothalamo-hypophysaire, un réseau de capillaires qui transporte les facteurs hypothalamiques directement vers l'adénohypophyse sans passer par la circulation générale, assurant un contrôle rapide et ciblé. Elle est protégée par la selle turcique et une membrane résistante, la dure-mère. Malgré sa petite taille, elle est extrêmement efficace : la libération de ses hormones est pulsatile (par pics) et circadienne (rythmée sur 24 heures), répondant finement aux besoins de l'organisme et aux signaux de l'environnement.

Importance

L'importance de l'hypophyse est systémique. Elle orchestre les grandes fonctions corporelles : la GH stimule la croissance et le métabolisme ; la TSH contrôle la thyroïde et le métabolisme de base ; l'ACTH régule les glandes surrénales et la réponse au stress ; la FSH et la LH gouvernent la fertilité et les fonctions sexuelles ; la prolactine initie la lactation. Un déficit ou un excès de ces hormones entraîne des pathologies graves : nanisme ou gigantisme (GH), maladie de Cushing (ACTH), troubles thyroïdiens (TSH), infertilité (FSH/LH), ou diabète insipide (ADH). Son exploration par IRM et le dosage des hormones permettent un diagnostic précis, et les traitements vont de la substitution hormonale à la chirurgie transsphénoïdale pour enlever les tumeurs, souvent avec succès.

Anecdotes

La glande des légendes

Avant la compréhension de sa fonction endocrine, l'hypophyse était entourée de mystère. Le philosophe René Descartes, au XVIIe siècle, pensait qu'elle était le siège de l'âme, le 'point de rencontre' entre le corps et l'esprit, en raison de sa position centrale dans le cerveau.

Un chef d'orchestre sous influence

Bien que 'maîtresse', l'hypophyse est elle-même sous le contrôle strict de l'hypothalamus. Cette relation illustre parfaitement l'interdépendance des systèmes : le système nerveux (hypothalamus) donne les ordres, et le système endocrinien (hypophyse) les exécute et les amplifie vers le reste du corps.

Une chirurgie par le nez

La majorité des chirurgies pour enlever une tumeur de l'hypophyse (adénome) se font aujourd'hui par voie transsphénoïdale. Le chirurgien passe par les narines et le sinus sphénoïdal pour atteindre la selle turcique, évitant ainsi toute incision crânienne et réduisant considérablement les risques et le temps de récupération.

L'hypophyse des géants

L'un des cas les plus célèbres de dysfonctionnement hypophysaire est celui de Robert Wadlow (1918-1940), l'homme le plus grand ayant existé (2,72 m). Son gigantisme était dû à un adénome à GH (hormone de croissance) non traité, démontrant l'impact spectaculaire de cette petite glande sur la croissance osseuse.

Sources

  • Endocrinologie et Diabétologie - Collège des Enseignants d'Endocrinologie, Diabète et Maladies Métaboliques
  • Netter's Atlas of Human Neuroscience - David L. Felten et al.
  • The Pituitary - Shlomo Melmed
  • Manuel de physiologie humaine - Lauralee Sherwood
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