Introduction
L'estomac est un organe clé du tube digestif, servant de chambre de mélange et de prédigestion entre l'œsophage et l'intestin grêle. Plus qu'un simple réservoir, c'est un environnement biochimique unique et agressif, capable de décomposer des structures complexes tout en se protégeant lui-même. Son fonctionnement est régulé par un système nerveux entérique sophistiqué et des hormones, en coordination avec le cerveau.
Description
L'estomac est un organe en forme de sac situé dans l'hypochondre gauche et l'épigastre. Il est divisé en plusieurs régions anatomiques : le cardia (jonction avec l'œsophage), le fundus (partie supérieure arrondie), le corps (partie principale), l'antre (partie inférieure) et le pylore (sphincter contrôlant la vidange vers le duodénum). Ses parois sont constituées de quatre couches : la muqueuse interne (avec ses plis, les rugosités gastriques, et ses glandes), la sous-muqueuse, la musculeuse (avec trois couches de muscles lisses pour le péristaltisme) et la séreuse externe. Les glandes gastriques, situées dans la muqueuse, sécrètent le suc gastrique, un mélange d'acide chlorhydrique (HCl), d'enzymes (comme la pepsine, activée par l'acide pour digérer les protéines), de facteur intrinsèque (essentiel à l'absorption de la vitamine B12) et de mucus protecteur. La paroi de l'estomac est renouvelée tous les 3 à 7 jours pour résister à l'acidité.
Histoire
La compréhension de l'estomac a évolué considérablement. Dans l'Antiquité, les médecins grecs comme Galien le considéraient comme un « chaudron » où la « coction » des aliments avait lieu. Au XVIIe siècle, le médecin français Jean-Baptiste van Helmont et d'autres commencèrent à voir la digestion comme un processus chimique. Une avancée majeure eut lieu au début du XIXe siècle avec le chirurgien américain William Beaumont, qui étudia pendant des années la physiologie gastrique grâce à un patient, Alexis St. Martin, qui avait une fistule gastrique (une ouverture permanente dans la paroi de l'estomac). Beaumont put observer directement la sécrétion gastrique et ses variations. Au XXe siècle, la découverte de l'ulcère gastroduodénal par la bactérie *Helicobacter pylori* par Barry Marshall et Robin Warren (prix Nobel 2005) révolutionna la gastro-entérologie, prouvant qu'un organe aussi acide pouvait être colonisé et que de nombreuses pathologies n'étaient pas uniquement liées au stress ou à l'acide.
Caracteristiques
La capacité de l'estomac au repos est d'environ 50 ml, mais elle peut se distendre jusqu'à contenir 1 à 1,5 litre (voire plus) lors d'un repas copieux grâce à la plasticité de ses parois musculaires. Le pH à l'intérieur de l'estomac est extrêmement acide, généralement compris entre 1,5 et 3,5, ce qui est nécessaire à l'activation de la pepsine et à la destruction de nombreux pathogènes ingérés. La vidange gastrique est un processus régulé : les liquides quittent rapidement l'estomac, tandis que les solides sont d'abord réduits en une bouillie appelée chyme. Les glucides sont évacués plus vite que les protéines, et les lipides ralentissent le plus la vidange via des signaux hormonaux (comme la cholécystokinine). L'estomac possède son propre « cerveau », le système nerveux entérique, qui peut coordonner des réflexes locaux indépendamment du système nerveux central.
Importance
L'estomac est vital pour la nutrition et la santé globale. Sa fonction de digestion mécanique et chimique prépare les nutriments, en particulier les protéines, à une absorption efficace dans l'intestin grêle. Son acidité constitue une première ligne de défense immunitaire non spécifique. Il joue également un rôle dans l'absorption de certaines substances comme l'alcool, la caféine et de faibles quantités de nutriments. Les pathologies gastriques sont fréquentes et impactantes : gastrites, ulcères, reflux gastro-œsophagien (RGO) et cancers (comme l'adénocarcinome gastrique). La découverte d'*Helicobacter pylori* a transformé le traitement des ulcères, passant de la chirurgie à une thérapie antibiotique. L'estomac est aussi le siège de sensations subjectives fortes liées à l'appétit, à la satiété, aux nausées et aux « papillons » liés aux émotions, illustrant la connexion intestin-cerveau.
