Introduction
L'ébène évoque immédiatement l'image d'un bois noir, lourd et d'une élégance sombre. Ce nom ne désigne pas une seule espèce d'arbre, mais le cœur de bois (duramen) de plusieurs espèces appartenant principalement au genre Diospyros, de la famille des Ebenaceae. Ces arbres poussent dans les forêts tropicales d'Afrique, d'Asie du Sud-Est, de Madagascar et des Amériques. Leur bois, d'une valeur inestimable, a traversé les civilisations, des pharaons égyptiens aux ateliers des plus grands ébénistes, symbolisant le pouvoir, le luxe et l'artisanat d'exception.
Description
L'ébène véritable provient du duramen, la partie centrale et la plus ancienne de l'arbre, qui se distingue radicalement de l'aubier (la partie périphérique), généralement clair et non utilisé. La couleur noire intense, parfois veinée de brun ou de gris, est due à des infiltrations de résines et à une forte concentration en tanins. Le bois est extrêmement dense (il peut couler dans l'eau), avec une texture très fine et un grain serré, ce qui le rend difficile à travailler mais lui permet d'atteindre un poli parfait et lustré. Les espèces les plus prisées sont Diospyros ebenum (ébène de Ceylan), Diospyros crassiflora (ébène du Gabon, l'une des plus noires) et Diospyros celebica (ébène de Macassar, célèbre pour ses veinures brunes caractéristiques).
Histoire
L'histoire de l'ébène est millénaire. Les Égyptiens l'importaient de Nubie (actuel Soudan) dès 3000 av. J.-C. pour fabriquer des meubles, des statues divines, des coffrets et des éléments de parure funéraire, comme le célèbre trésor de Toutânkhamon. Les Grecs et les Romains l'appelaient 'ebenus' et l'utilisaient pour des objets de prestige. Au Moyen Âge et à la Renaissance, son usage se développe en Europe pour la marqueterie, les pièces d'échecs et les manches de couteaux. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'ébène devient l'un des bois phares de l'ébénisterie française, notamment sous l'impulsion d'André-Charles Boulle, qui l'associait à l'écaille et au bronze doré. Son commerce a été un moteur de l'exploration et de la colonisation, avec des conséquences écologiques et humaines dramatiques.
Caracteristiques
Les principales caractéristiques de l'ébène sont sa densité (de 1,0 à 1,3 g/cm³), sa dureté exceptionnelle (elle émousse rapidement les outils), et sa stabilité une fois séchée. Son séchage est long et délicat, sous peine de fentes. Le bois est naturellement huileux, ce qui contribue à sa durabilité et à sa résistance aux insectes. Botaniquement, les arbres producteurs d'ébène sont généralement dioïques (pieds mâles et femelles séparés), et seuls les pieds femelles portent les fruits, souvent des baies semblables à des kakis (le genre Diospyros signifie 'fruit de Zeus'). Leur croissance est extrêmement lente, ce qui explique la rareté du duramen noir de qualité.
Importance
L'importance de l'ébène est à la fois culturelle, économique et écologique. Culturellement, il reste un symbole de luxe et de maîtrise artisanale, indispensable pour les touches noires des pianos, les chevilles et les touches des instruments à cordes (violons, guitares), les pièces tournées et les sculptures d'art. Économiquement, son commerce a longtemps été très lucratif, mais il est aujourd'hui strictement réglementé. Écologiquement, la surexploitation historique a mené plusieurs espèces au bord de l'extinction. L'ébène du Gabon et l'ébène de Macassar sont inscrits à l'Annexe II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction), régulant strictement leur commerce pour assurer la survie des forêts tropicales et de la biodiversité qu'elles abritent.
