Introduction
Les vagues de froid représentent l'une des manifestations les plus spectaculaires et redoutées de la variabilité climatique. Contrairement à une simple journée froide, une vague de froid s'inscrit dans la durée et l'étendue spatiale, affectant de vastes territoires pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Ces événements, bien que moins médiatisés que les canicules dans le contexte du réchauffement climatique, demeurent des phénomènes météorologiques extrêmes aux conséquences potentiellement graves. Leur étude relève de la climatologie et de la météorologie synoptique, qui analysent les mécanismes de blocage atmosphérique et l'advection d'air glacial.
Description
Une vague de froid est définie de manière quantitative par Météo-France comme une période d'au moins trois jours consécutifs où les températures minimales et maximales sont inférieures aux seuils statistiques (généralement le 5ème ou le 10ème centile) pour la région et la période considérées. Elle résulte le plus souvent de la descente vers le sud d'une masse d'air polaire, originaire de l'Arctique ou de la Sibérie. Cette descente est facilitée par des configurations spécifiques de la circulation atmosphérique, notamment un fort creusement du courant-jet polaire créant un méandre (une ondulation amplifiée) qui permet à l'air froid de pénétrer profondément. Un autre scénario classique en Europe de l'Ouest est la mise en place d'un régime de blocage, avec un anticyclone scandinave ou russe qui dirige un flux d'est continental glacial et sec vers l'ouest. La persistance de ces conditions est la clé de la sévérité d'une vague de froid.
Histoire
L'histoire météorologique est marquée par des vagues de froid légendaires. En France, l'hiver 1709, dit 'Grand Hiver', reste l'archétype de l'événement extrême, avec des températures atteignant -20°C à Paris et gelant même le vin dans les verres à Versailles, provoquant une famine catastrophique. Le XXe siècle a connu plusieurs épisodes mémorables : février 1956, considéré comme le mois le plus froid du siècle, avec des températures minimales descendant jusqu'à -30°C dans le Massif Central et gelant la mer à Marseille ; janvier 1963, au cœur de l'hiver le plus long et rigoureux du siècle ; et février 1985, avec un froid sibérien intense. Plus récemment, février 2012 a apporté une vague de froid sévère sur une grande partie de l'Europe, et février 2018 a connu l'épisode 'Moscou-Paris' avec un flux d'est glacial. Ces événements historiques servent de référence pour l'étude de la variabilité climatique et la préparation aux risques.
Caracteristiques
Les principales caractéristiques d'une vague de froid sont sa durée, son intensité, son étendue géographique et son origine. L'intensité se mesure par l'écart aux normales (anomalie thermique négative) et par les valeurs absolues atteintes (températures minimales et maximales). La durée est cruciale, car un froid intense mais bref a moins d'impact qu'un froid modéré mais prolongé. L'étendue géographique détermine l'ampleur des perturbations. Les vagues de froid s'accompagnent souvent de phénomènes connexes : chutes de neige, parfois importantes (comme lors des épisodes de neige industrielle en bord de mer), gel persistant des sols (avec le phénomène de 'gel en profondeur' ou 'pergelisol temporaire'), formation de verglas, et brouillards givrants. Le vent, combiné aux basses températures, génère un refroidissement éolien (indice de refroidissement éolien) qui aggrave la sensation de froid et les risques pour la santé.
Importance
L'importance des vagues de froid réside dans leurs impacts multidimensionnels. Sur la santé humaine, elles entraînent une augmentation des syndromes d'hypothermie et de gelures, et aggravent les pathologies cardiovasculaires et respiratoires (pic de mortalité). Sur la société, elles testent la résilience des infrastructures : pics de consommation d'énergie (électricité, gaz) menaçant l'approvisionnement, perturbations des transports (neige, verglas, gel des aiguillages ferroviaires), risques de ruptures de canalisations d'eau. L'économie est touchée (bâtiment, agriculture, commerce). L'environnement subit aussi des effets : stress sur la faune et la flore non adaptées, modification des écosystèmes aquatiques. Dans le contexte du changement climatique, la question de l'évolution de la fréquence et de l'intensité des vagues de froid est complexe. Les modèles climatiques projettent une diminution globale de leur occurrence, mais certains mécanismes, comme l'affaiblissement du vortex polaire pouvant favoriser des descentes d'air froid, pourraient maintenir la possibilité d'épisodes sévères et localisés, même dans un monde qui se réchauffe. La préparation et l'adaptation restent donc essentielles.
