Introduction
El Niño, dont le nom complet est El Niño-Oscillation australe (ENSO), est l'une des principales fluctuations du système climatique terrestre. Il s'agit d'un phénomène de couplage entre l'océan et l'atmosphère dans le Pacifique tropical, avec des répercussions à l'échelle planétaire. Son occurrence, typiquement tous les deux à sept ans, peut durer de neuf mois à deux ans et modifier profondément la circulation atmosphérique, affectant les précipitations, les températures et les écosystèmes marins sur une grande partie du globe.
Description
Le phénomène El Niño se définit par un affaiblissement significatif des alizés (vents d'est) dominants dans le Pacifique équatorial. Normalement, ces vents poussent les eaux chaudes de surface vers l'ouest, accumulant une masse d'eau chaude près de l'Indonésie et des Philippines, tandis que des eaux froides et riches en nutriments remontent (upwelling) le long des côtes de l'Amérique du Sud. Lors d'un épisode El Niño, les alizés faiblissent ou s'inversent, permettant à la masse d'eau chaude de refluer vers l'est. Ce réchauffement anormal (supérieur à 0,5°C par rapport à la moyenne sur plusieurs mois) dans le centre et l'est du Pacifique équatorial modifie la convection atmosphérique. La zone de fortes précipitations, habituellement située sur l'ouest du Pacifique, se déplace vers le centre et l'est. Cette perturbation de la cellule de Walker, une circulation atmosphérique majeure, déclenche une cascade d'effets en chaîne à travers le monde via des 'téléconnexions' atmosphériques.
Histoire
Le nom 'El Niño' (l'Enfant Jésus en espagnol) a été donné par des pêcheurs péruviens au XIXe siècle, qui observaient un réchauffement des eaux côtières autour de Noël, perturbant leurs prises d'anchois. Pendant longtemps, il fut considéré comme un événement local. Ce n'est qu'à la fin du XXe siècle que le météorologue britannique Gilbert Walker et, plus tard, le climatologue américain Jacob Bjerknes, ont établi le lien entre le réchauffement océanique au large du Pérou et les anomalies de pression atmosphérique entre Tahiti et Darwin (l'Oscillation australe, d'où le nom ENSO). Les épisodes majeurs de 1982-83 et 1997-98, particulièrement intenses, ont permis une avancée majeure dans la compréhension et la modélisation du phénomène grâce à des programmes internationaux de surveillance par satellites et bouées océaniques (réseau TAO/TRITON).
Caracteristiques
Les caractéristiques principales d'El Niño sont : 1) Une anomalie positive de température de surface de la mer (SST) dans les régions Niño 3 et Niño 3.4 du Pacifique central et oriental. 2) Un affaiblissement ou un renversement des alizés d'est. 3) Un déplacement vers l'est de la zone de convection et de précipitations intenses. 4) Une suppression de l'upwelling froid le long des côtes de l'Amérique du Sud, appauvrissant les écosystèmes marins. 5) Une modification profonde du courant-jet subtropical, influençant la trajectoire des tempêtes. L'intensité d'un épisode est classée en faible, modéré ou fort, basée sur l'amplitude et la durée de l'anomalie de température. Un épisode fort peut élever la température moyenne mondiale de plusieurs dixièmes de degré.
Importance
L'importance d'El Niño est mondiale. Ses impacts sont variés et souvent destructeurs : sécheresses sévères et feux de forêt en Indonésie, en Australie, en Afrique australe et dans le nord du Brésil ; pluies diluviennes et inondations sur les côtes ouest de l'Amérique du Sud (Pérou, Équateur), dans le sud des États-Unis et dans la Corne de l'Afrique ; cyclones tropicaux plus intenses dans le Pacifique central ; hivers plus doux et plus humides dans le nord des États-Unis et au Canada. Sur le plan économique, il perturbe l'agriculture (café, cacao, sucre), la pêche (effondrement des stocks d'anchois au Pérou), et peut déclencher des crises alimentaires. Il influence également les marchés des matières premières et les primes d'assurance. Comprendre et prévoir El Niño plusieurs mois à l'avance est donc crucial pour la gestion des risques, la sécurité alimentaire et l'adaptation aux catastrophes, faisant de sa surveillance une priorité scientifique internationale.
