Introduction
La forêt de Yakushima, couvrant le cœur montagneux de l'île du même nom dans la préfecture de Kagoshima, est un sanctuaire naturel d'une beauté mystique et d'une valeur écologique exceptionnelle. Elle représente l'un des écosystèmes forestiers les plus riches et les mieux préservés de la région tempérée chaude du monde. Son paysage, sculpté par une pluviométrie parmi les plus élevées du Japon, est un royaume de mousses, de rochers granitiques et d'arbres vénérables qui semblent défier le temps.
Description
La forêt s'étend sur environ 1 075 hectares, à des altitudes variant de 600 à 1 935 mètres (sommet du Mont Miyanoura). Elle est caractérisée par une végétation étagée : forêts de lauriers à basse altitude, forêts mixtes de conifères et de feuillus à moyenne altitude, et forêts de conifères subalpines près des crêtes. L'élément le plus emblématique est le 'yakusugi', un cèdre du Japon (Cryptomeria japonica) âgé de plus de 1 000 ans. Le plus célèbre, Jōmon-sugi, est estimé avoir entre 2 000 et 7 200 ans, avec un tronc monumental de 16,4 mètres de circonférence. L'humidité extrême (les précipitations annuelles peuvent dépasser 8 000 mm) crée un environnement luxuriant où les troncs et les rochers sont entièrement recouverts d'un épais tapis de mousses vert émeraude, donnant à la forêt une atmosphère surnaturelle et enveloppante.
Histoire
L'île de Yakushima a une longue histoire d'exploitation forestière, notamment pour le bois de cèdre, réputé pour sa durabilité et sa résistance à la pourriture. L'exploitation des yakusugi a commencé à l'époque d'Edo (1603-1868) pour la construction de temples et de maisons de thé. Cependant, la prise de conscience de la valeur inestimable de ces arbres anciens a conduit à une protection progressive. En 1924, la zone des yakusugi fut désignée comme forêt de protection, et en 1964, une partie importante devint parc national. Le point culminant de sa préservation fut son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1993, sous le critère naturel (vii) et (ix), reconnaissant sa beauté naturelle exceptionnelle et son importance en tant qu'exemple représentatif des processus écologiques et biologiques.
Caracteristiques
La forêt présente une biodiversité remarquable avec un haut taux d'endémisme. On y recense environ 1 900 espèces et sous-espèces de flore, dont 94 sont endémiques à l'île, et 16 espèces de mammifères, comme le cerf sika de Yakushima (Yakushika) et le macaque japonais de Yakushima (Yakuzaru). Le climat unique, avec des étés chauds et humides et des hivers où la neige recouvre les sommets, crée des conditions écologiques variées sur une courte distance. Le sol, principalement mince et acide sur un substrat granitique, a forcé les arbres à développer des systèmes racinaires superficiels mais étendus, et des formes tortueuses adaptées aux conditions difficiles. Les sentiers de randonnée, comme celui menant au Jōmon-sugi (une randonnée de 8 à 10 heures aller-retour), permettent de traverser cette forêt primitive et exigent une bonne préparation physique.
Importance
L'importance de la forêt de Yakushima est multiple. Écologiquement, c'est un laboratoire vivant pour l'étude de l'évolution et de l'adaptation des espèces insulaires. Culturellement, elle occupe une place sacrée dans l'imaginaire japonais, symbolisant la force, la longévité et l'harmonie avec la nature. Son influence sur les arts est manifeste, ayant servi de modèle direct pour la forêt profonde et animiste du film d'animation 'Princesse Mononoke' (1997) du Studio Ghibli. Économiquement, le tourisme écoresponsable (écotourisme) est devenu un pilier majeur pour l'île, attirant des randonneurs et des naturalistes du monde entier. Sa protection stricte sert de modèle pour la conservation des forêts anciennes à l'échelle mondiale, démontrant la coexistence possible entre préservation et fréquentation humaine régulée.
