Introduction
Le bassin du Mékong, drainé par le douzième fleuve le plus long du monde, abrite l'une des forêts tropicales les plus vastes et les plus vitales d'Asie. S'étendant sur plus de 200 millions d'hectares, ce complexe de forêts humides, de forêts sèches, de mangroves et de zones inondables forme un corridor écologique irremplaçable. Cette région, chevauchant le Cambodge, le Laos, le Myanmar, la Thaïlande, le Vietnam et la province chinoise du Yunnan, est un véritable berceau de la biodiversité mondiale, souvent comparée à l'Amazonie pour son importance écologique et le rythme effréné des découvertes scientifiques qui y sont faites.
Description
La forêt du bassin du Mékong n'est pas un biome uniforme, mais une mosaïque complexe d'habitats. Elle comprend des forêts tropicales sempervirentes de plaine et de montagne, des forêts décidues sèches dominées par des dipterocarpacées, des forêts inondables de façon saisonnière (comme la forêt inondée du Tonlé Sap au Cambodge), et d'importantes étendues de mangroves littorales, notamment dans le delta du Mékong au Vietnam. Le climat est principalement tropical de mousson, avec une saison des pluies intense qui alimente le fleuve et ses affluents, créant un cycle hydrologique essentiel à la productivité de l'écosystème. La topographie varie des plaines alluviales fertiles aux chaînes montagneuses escarpées de l'Annamite, qui agissent comme des barrières et des refuges pour des espèces uniques.
Histoire
Historiquement, ces forêts ont évolué sur des millions d'années, survivant aux cycles glaciaires et formant un refuge pour d'anciennes lignées de faune et de flore. Elles ont soutenu de grandes civilisations, comme l'Empire khmer d'Angkor, dont l'économie et l'hydraulique sophistiquée dépendaient des ressources forestières et du cycle des crues du Mékong. La période coloniale et les conflits du XXe siècle (notamment la guerre du Vietnam) ont laissé des marques profondes, avec des défoliants comme l'Agent Orange et une exploitation accrue. Depuis les années 1990, la région a connu une croissance économique explosive, entraînant une pression sans précédent sur les forêts via l'expansion agricole, l'exploitation forestière, les barrages hydroélectriques et le développement des infrastructures.
Caracteristiques
La caractéristique la plus frappante de cette forêt est son incroyable biodiversité et son fort taux d'endémisme. Elle abrite des espèces emblématiques et menacées comme le tigre d'Indochine, l'éléphant d'Asie, le dauphin de l'Irrawaddy, le léopard, et plusieurs espèces de primates rares (le gibbon à joues jaunes, le langur de Delacour). La région des Annamites est particulièrement riche, avec la découverte récente de grands mammifères comme le saola ('licorne asiatique'), le muntjac géant et le lapin des Annamites. La flore est tout aussi remarquable, avec des milliers d'espèces d'arbres, d'orchidées et de plantes médicinales. Le fleuve Mékong lui-même est un écosystème aquatique hyper-productif, abritant la pêche continentale la plus importante au monde, avec des géants comme le poisson-chat géant du Mékong et la raie pastenague géante d'eau douce.
Importance
L'importance de la forêt du bassin du Mékong est multidimensionnelle. Écologiquement, elle est un réservoir de biodiversité global, un puits de carbone crucial pour la régulation du climat et un régulateur hydrologique pour tout le bassin. Économiquement, elle fournit des moyens de subsistance directs à plus de 300 millions de personnes, à travers la pêche, l'agriculture, la collecte de produits forestiers non ligneux (bois, plantes, gibier) et le tourisme. Culturellement, elle est inextricablement liée à l'identité et aux spiritualités des nombreuses ethnies qui y vivent. Sa dégradation rapide (le taux de déforestation reste alarmant) menace non seulement d'innombrables espèces d'extinction, mais aussi la sécurité alimentaire, la résilience climatique et la stabilité socio-économique de toute l'Asie du Sud-Est. Sa conservation est donc un enjeu régional et planétaire majeur.
