Introduction
La zone pélagique, communément appelée haute mer, constitue la colonne d'eau libre des océans, s'étendant de la surface jusqu'aux abysses, au-delà de la juridiction nationale des États côtiers (au-delà de 200 milles nautiques). C'est un royaume de vastes horizons liquides, de profondeurs vertigineuses et d'une biodiversité souvent méconnue. Cet écosystème, qui fonctionne comme un désert océanique par endroits et comme une oasis de vie dans d'autres, est fondamental pour la régulation du climat mondial et le cycle de la vie sur Terre.
Description
La haute mer est structurée en zones verticales définies par la pénétration de la lumière et la pression. La zone épipélagique (0-200m) est la zone photique, où la photosynthèse est possible, abritant le phytoplancton, base de la chaîne alimentaire, et de nombreux poissons pélagiques comme les thons et les requins. En dessous, la zone mésopélagique (200-1000m), ou zone crépusculaire, voit la lumière disparaître et abrite des organismes bioluminescents comme les poissons-lanternes. Suivent la zone bathypélagique (1000-4000m), la zone abyssopélagique (4000-6000m) et la zone hadopélagique (fosses océaniques), des environnements de froid extrême, d'obscurité totale et de pressions écrasantes, peuplés d'espèces adaptées comme les calmars géants et les poissons abyssaux. La vie y dépend largement de la 'neige marine', une pluie constante de détritus organiques provenant des couches supérieures.
Histoire
La haute mer est, dans l'histoire humaine, le dernier grand espace de frontière et d'exploration. Pendant des siècles, elle fut principalement une voie de navigation et de commerce. La compréhension scientifique de sa complexité est récente. L'expédition du HMS Challenger (1872-1876) a marqué un tournant en découvrant une vie abondante dans les profondeurs, réfutant la théorie de l'« azote » sans vie. Au XXe siècle, des explorations comme celles de la bathyscaphe Trieste (descendu à -10916m dans la fosse des Mariannes en 1960) et les campagnes océanographiques modernes ont révélé une biodiversité stupéfiante et des processus écosystémiques uniques. Le statut juridique de la haute mer, res communis (chose commune à tous), est défini par le droit international de la mer, mais sa gouvernance environnementale reste un défi majeur du XXIe siècle.
Caracteristiques
Les caractéristiques principales de la haute mer incluent : 1) L'immensité et la connectivité : c'est un espace continu sans barrières physiques, permettant de vastes migrations. 2) La stratification physique : gradients marqués de lumière, température, salinité, oxygène et pression avec la profondeur. 3) La faible productivité primaire globale : les nutriments sont limitants loin des côtes, sauf dans les zones de remontée d'eau (upwellings) qui sont extrêmement productives. 4) L'adaptation des organismes : transparence, bioluminescence, yeux démesurés, bouches extensibles et métabolismes ralentis pour survivre dans les profondeurs. 5) L'absence de frontières et de souveraineté nationale, la plaçant sous le régime de la liberté de la haute mer (navigation, survol, pêche, recherche).
Importance
L'importance de la haute mer est planétaire. Elle produit environ 50% de l'oxygène atmosphérique via le phytoplancton. C'est un gigantesque puits de carbone, absorbant environ 30% du CO2 anthropique et régulant le climat. Elle abrite une biodiversité cruciale, servant de corridor de migration pour les mammifères marins, les tortues, les thons et les oiseaux. Elle est aussi une source de ressources génétiques marines (bioprospection) et de sécurité alimentaire (pêcheries). Cependant, elle est gravement menacée par la surpêche, la pollution (plastiques, produits chimiques), le changement climatique (acidification, réchauffement, désoxygénation) et les activités émergentes (exploitation minière des fonds marins). Sa protection est un enjeu critique, menant aux négociations actuelles sur un traité international pour la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales (BBNJ).
