Introduction
Le narval (Monodon monoceros) est un cétacé à dents de taille moyenne, membre de la famille des Monodontidae qui comprend également le béluga. Il est l'un des mammifères marins les plus emblématiques et mystérieux de l'Arctique, principalement en raison de sa défense spectaculaire qui a alimenté mythes et légendes pendant des siècles. Adapté à la vie dans des conditions extrêmes, il joue un rôle culturel et écologique crucial dans les écosystèmes polaires.
Description
Le narval possède un corps robuste et trapu, typique des cétacés arctiques, avec une tête arrondie et un petit museau. Sa peau est tachetée de gris, brun et noir, un camouflage naturel contre les prédateurs comme les ours polaires et les orques. La caractéristique la plus frappante est la défense, présente chez environ 90% des mâles adultes et 15% des femelles. Il s'agit d'une dent gauche qui perce la lèvre supérieure et peut atteindre 3 mètres de long. Elle présente une spirale senestre (tournant vers la gauche) et est creuse, avec jusqu'à 10 millions de terminaisons nerveuses connectant sa surface externe au cerveau, ce qui en fait un organe sensoriel exceptionnel. Les femelles sont généralement plus petites et sans défense, ou avec une défense plus courte.
Habitat
Le narval est un habitant strict de l'Arctique. Il vit toute l'année dans les eaux côtières profondes et les fjords du nord du Canada (notamment la baie de Baffin et le détroit de Davis), du Groenland, du Svalbard (Norvège) et de l'ouest de la Russie. Sa survie est intimement liée à la banquise. En hiver, il réside dans des zones de glace dense, où il trouve des polynies (zones d'eau libre) pour respirer. En été, il migre vers les baies côtières et les fjords libres de glace. Sa distribution suit les mouvements de la glace de mer, ce qui le rend très vulnérable au changement climatique.
Alimentation
Le narval est un prédateur spécialisé, se nourrissant principalement en plongeant à des profondeurs pouvant atteindre 1500 mètres, avec des plongées typiques de 800 mètres durant environ 25 minutes. Son régime est composé à plus de 90% de poissons des grands fonds, en particulier la morue polaire (Boreogadus saida) et le flétan du Groenland. Il consomme également des calmars et des crevettes. Il se nourrit par succion, créant un courant d'eau pour aspirer ses proies. Sa capacité à chasser en eaux profondes et sous la glace est essentielle à sa survie.
Reproduction
La maturité sexuelle est atteinte vers 8-10 ans pour les femelles et 11-13 ans pour les mâles. La saison des amours a lieu au printemps (mars-mai). Les mâles utilisent probablement leur défense dans des comportements de parade et de dominance pour accéder aux femelles, bien que des combats directs soient rares. Après une gestation d'environ 14 mois, la femelle donne naissance à un seul petit, généralement en été, tous les trois ans. Le nouveau-né mesure environ 1,5 mètre et est allaité pendant plus d'un an. Le lien mère-petit est fort et durable.
Comportement
Les narvals sont des animaux sociaux, formant des groupes (pods) de 5 à 20 individus, parfois de plusieurs centaines en été. Ces groupes sont souvent ségrégués par sexe. Ils communiquent par une variété de clics, sifflements et cris utilisés pour l'écholocation et la socialisation. Leur comportement de plongée est remarquable. La fonction exacte de la défense a longtemps été débattue ; les recherches actuelles suggèrent qu'il s'agit principalement d'un organe sensoriel géant, capable de détecter les changements de température, de salinité et de pression, aidant ainsi l'animal à trouver de la nourriture et des partenaires, et à naviguer sous la glace. Elle peut également servir de signal social de statut.
Conservation
Classé "Préoccupation mineure" par l'UICN, le narval fait face à des menaces croissantes. La chasse de subsistance par les communautés inuites est réglementée et durable. Les principales menaces sont le changement climatique, qui réduit dramatiquement l'habitat de la banquise, et l'augmentation du trafic maritime (bruit, pollution, collisions). La pollution par les contaminants persistants et les plastiques est également préoccupante. Sa dépendance à des écosystèmes spécifiques et sa spécialisation alimentaire le rendent particulièrement sensible aux perturbations. La conservation repose sur la gestion des pêcheries, la régulation du trafic et la protection de son habitat, en collaboration avec les connaissances autochtones.
