Introduction
Le genre Lynx regroupe quatre espèces de félins adaptés aux climats froids ou tempérés, répartis en Eurasie et en Amérique du Nord. Ces prédateurs discrets, souvent entourés de légendes pour leur vue perçante, jouent un rôle écologique crucial en régulant les populations d'ongulés. Leur histoire évolutive est marquée par des expansions et des régressions liées aux glaciations et aux pressions humaines.
Description
Le lynx possède une morphologie adaptée à la vie en forêt et à la neige. Son corps est robuste, avec des pattes longues et puissantes, les postérieures étant plus longues que les antérieures, ce qui lui confère une démarche bondissante. Ses larges pieds, recouverts de poils denses en hiver, agissent comme des raquettes pour se déplacer sur la neige molle. Ses traits les plus distinctifs sont les pinceaux de poils noirs (jusqu'à 4 cm) au sommet des oreilles, qui amplifieraient les sons, et les favoris (collerettes) de chaque côté du museau. Sa queue est courte, comme tronquée, et son pelage, du gris-jaune au roux, est tacheté ou rayé selon l'espèce. Le Lynx pardelle se distingue par des taches plus prononcées et une apparence plus gracile.
Habitat
Les lynx sont inféodés aux milieux offrant un couvert forestier ou broussailleux dense, essentiel pour l'affût et la reproduction. Le Lynx boréal occupe les vastes forêts de conifères et mixtes de la Scandinavie à la Sibérie et à l'Asie centrale. Le Lynx du Canada est spécialiste de la taïga et des forêts boréales d'Amérique du Nord, suivant les cycles de population de son proie principale, le lièvre d'Amérique. Le Lynx pardelle, le félin le plus menacé au monde, survit dans des maquis méditerranéens et des forêts de chênes-lièges en Espagne et au Portugal. Le Lynx roux, le plus adaptable, occupe des habitats variés, des marécages aux forêts, en passant par les déserts rocheux d'Amérique du Nord.
Alimentation
C'est un chasseur spécialisé dans les ongulés de petite et moyenne taille. En Eurasie, le chevreuil et le chamois constituent l'essentiel de son régime, complété par des lièvres, des rongeurs et des oiseaux. Le Lynx du Canada dépend à plus de 75% du lièvre d'Amérique, dont les cycles démographiques de 10 ans influencent directement sa survie et sa reproduction. Le Lynx pardelle chasse presque exclusivement le lapin de garenne. Le Lynx roux est le plus opportuniste, s'attaquant aux lapins, écureuils, dindons sauvages et même aux jeunes cerfs. Il chasse à l'affût, bondissant sur sa proie après une approche silencieuse.
Reproduction
Solitaire, les lynx ne se rencontrent que pendant la saison des amours, de janvier à mars. Après une gestation d'environ 70 jours, la femelle met bas dans une tanière abritée (rocher, arbre creux, fourré dense) une portée de 1 à 4 chatons, aveugles et couverts d'un duvet. Ils sont allaités pendant 2 mois et commencent à suivre leur mère vers 5 mois. Les jeunes deviennent indépendants vers 10 mois, mais ne se dispersent et n'atteignent la maturité sexuelle qu'entre 1 et 2 ans. La mère leur apprend à chasser tout au long de cette période.
Comportement
Animal territorial et essentiellement nocturne ou crépusculaire, le lynx marque son domaine (qui peut s'étendre de 20 à plus de 400 km² selon la disponibilité des proies) avec ses excréments, son urine et des griffades sur les arbres. Il est extrêmement discret et fuit généralement l'homme. Ses sens sont très développés, en particulier l'ouïe et la vue. Contrairement à une croyance populaire, sa vue n'est pas 'perçante' au point de traverser les obstacles, mais elle est excellente pour détecter les mouvements à faible luminosité.
Conservation
Le statut de conservation varie énormément. Le Lynx pardelle, victime de la destruction de son habitat, du braconnage et de maladies affectant le lapin, a frôlé l'extinction. Des programmes intensifs de reproduction en captivité et de réintroduction (notamment en Andalousie) ont permis une lente remontée de ses effectifs. Le Lynx boréal, exterminé d'une grande partie de l'Europe de l'Ouest au 19e siècle, a été réintroduit avec succès dans les Alpes, les Vosges et le Jura. Les principales menaces pour toutes les espèces sont la fragmentation des habitats par les routes, le braconnage et les collisions avec des véhicules. Sa présence est un excellent bio-indicateur d'un écosystème forestier intact et fonctionnel.
