Introduction
Le flamant rose (Phoenicopterus roseus) est le plus grand et le plus répandu des six espèces de flamants. Symbole des paysages de Camargue et des lagunes méditerranéennes, cet oiseau grégaire et spectaculaire est célèbre pour sa coloration et ses imposantes colonies nicheuses. Son nom scientifique, dérivé du grec ancien, signifie 'aile de pourpre'.
Description
Le flamant rose adulte est un oiseau de grande taille, mesurant entre 1,20 et 1,45 mètre de haut, avec une envergure pouvant atteindre 1,70 m. Son plumage est d'un rose pâle à blanc, avec des couvertures alaires rose vif et des rémiges primaires et secondaires noires, visibles en vol. La couleur rose provient des caroténoïdes (principalement de la canthaxanthine) contenus dans son alimentation. Son cou est exceptionnellement long et flexible, formant un 'S' caractéristique. Son bec est massif, courbé à angle droit, de couleur rose avec l'extrémité noire. Il est adapté à la filtration : la mandibule supérieure est étroite et fonctionne comme un couvercle, tandis l'inférieure, plus large et en forme de gouttière, est équipée de lamelles filtrantes. Les longues pattes, roses avec des articulations renforcées, se terminent par des pieds palmés.
Habitat
Le flamant rose fréquente exclusivement les zones humides peu profondes, souvent de forte salinité ou alcalinité, où la concurrence et la prédation sont réduites. On le trouve dans les lagunes côtières, les marais salants, les grands lacs salés de l'intérieur des terres et les estuaires. Ses principaux bastions en Europe sont la Camargue (France), les marismas du Guadalquivir (Espagne) et les lagunes de Sardaigne et de Grèce. Il niche aussi en Afrique (Tunisie, Mauritanie, Kenya, Afrique du Sud) et en Asie du Sud-Ouest (Turquie, Iran, Kazakhstan, Inde). C'est une espèce partiellement migratrice, les populations européennes hivernant souvent en Afrique du Nord.
Alimentation
Le flamant rose est un filtreur spécialisé. Il se nourrit la tête à l'envers, immergeant son bec dans l'eau et la vase. Sa langue, puissante et piston-like, aspire et refoule l'eau. Les lamelles du bec retiennent les proies de taille microscopique à millimétrique : principalement des algues bleues (cyanobactéries comme *Spirulina*), des diatomées, de petits crustacés (artémias, daphnies), des mollusques et des vers. Ce régime riche en pigments caroténoïdes est responsable de la couleur rose de son plumage. Les jeunes oiseaux nourris artificiellement sans ces pigments restent blancs.
Reproduction
La reproduction est coloniale et souvent erratique, dépendante des conditions hydrologiques favorables. Des milliers d'individus se rassemblent sur des îlots vaseux pour construire des nids en forme de cône tronqué, faits de boue, de cailloux et de débris végétaux. La femelle y pond un seul œuf (rarement deux) que les deux parents couvent pendant 27 à 31 jours. Le poussin, gris et duveteux, quitte le nid au bout d'une semaine et rejoint une 'crèche' pouvant regrouper des milliers de jeunes, surveillés par quelques adultes. Il est nourri par ses parents avec une sécrétion lactée rougeâtre produite par le jabot, riche en graisses et en caroténoïdes. Il acquiert son bec filtrant vers l'âge de deux mois et son plumage définitif vers 3-4 ans.
Comportement
Le flamant rose est extrêmement grégaire, vivant en groupes de plusieurs centaines à plusieurs dizaines de milliers d'individus. Cette sociabilité offre une protection contre les prédateurs (renards, goélands, rapaces). Il est célèbre pour ses parades nuptiales synchronisées : des centaines d'oiseaux exécutent des 'marches' en groupe, tournant la tête d'un côté à l'autre et déployant leurs ailes, le tout accompagné de vocalisations semblables à des cacardements. C'est un excellent voilier, volant le cou et les pattes tendus, souvent en formation en V. Il passe une grande partie de la journée à se nourrir, à lisser son plumage et à se reposer sur une patte, une posture qui permettrait une économie d'énergie thermique.
Conservation
Classé 'Préoccupation mineure' par l'UICN, le flamant rose bénéficie d'une population mondiale estimée à 550 000 à 680 000 individus, globalement stable. Ses principales menaces sont la dégradation et la perte de son habitat (drainage, pollution, perturbation humaine, modification du niveau d'eau), ainsi que la chasse dans certaines régions. La gestion active de sites de nidification (création d'îlots, régulation des niveaux d'eau) et le baguage (démarré en Camargue en 1947) ont été cruciaux pour sa conservation en Europe. C'est une espèce protégée par la Convention de Bonn (CMS) et la Directive Oiseaux de l'UE.
