Introduction
Le mythe de Thésée et du Minotaure est l'un des récits fondateurs les plus célèbres de la mythologie grecque, central dans la construction de l'identité athénienne. Il met en scène un héros civilisateur affrontant une monstruosité née d'une transgression divine, dans le cadre d'une relation conflictuelle entre Athènes et la Crète. Plus qu'une simple histoire d'exploit, il aborde des thèmes universels comme le sacrifice, la ruse, la trahison et la fondation d'un ordre nouveau.
Description
Le Minotaure, nommé Astérion, est une créature hybride, mi-homme mi-taureau, enfermée au cœur d'un labyrinthe conçu par l'architecte Dédale. Sa naissance est la conséquence d'une offense du roi Minos à Poséidon : le dieu avait fait sortir des flots un magnifique taureau blanc que Minos devait lui sacrifier. Minos, ébloui, le garda pour lui. Pour le punir, Poséidon inspira à Pasiphaé, l'épouse de Minos, une passion contre-nature pour l'animal. De leur union naquit le Minotaure. Honteux mais ne pouvant tuer la créature, Minos fit construire par Dédale le Labyrinthe, un édifice inextricable, pour l'y enfermer à jamais.
Histoire
Après la mort de son fils Androgée, tué par les Athéniens, le roi Minos imposa à Athènes un lourd tribut : tous les neuf ans (ou chaque année selon les versions), la cité devait envoyer sept jeunes garçons et sept jeunes filles en Crète pour être livrés au Minotaure. Lors du troisième tribut, Thésée, fils du roi Égée d'Athènes (ou de Poséidon selon certaines traditions), se porta volontaire pour faire partie des victimes, avec la ferme intention de tuer le monstre. À son arrivée en Crète, la princesse Ariane, fille de Minos, tomba amoureuse de lui. Sur les conseils de Dédale, elle lui offrit une pelote de fil (le « fil d'Ariane ») qu'il devait dérouler à l'entrée du Labyrinthe pour retrouver son chemin. Thésée pénétra dans le dédale, affronta le Minotaure et le tua, probablement à mains nues ou avec une épée. Il ressortit grâce au fil, libéra les autres Athéniens et s'enfuit de Crète avec Ariane. Cependant, il abandonna celle-ci sur l'île de Naxos, sur ordre de Dionysos (ou par trahison). Sur le chemin du retour, dans la joie de la victoire, Thésée oublia de changer les voiles noires de deuil de son navire pour des voiles blanches, signe convenu de succès. Son père Égée, voyant de loin la voile noire, crut son fils mort et se jeta dans la mer, qui prit dès lors son nom : la mer Égée. Thésée devint alors roi d'Athènes.
Caracteristiques
Ce mythe présente plusieurs caractéristiques structurantes. C'est d'abord un mythe étiologique qui explique l'origine du nom de la mer Égée et affirme la suprématie maritime future d'Athènes. C'est aussi un récit initiatique : Thésée, jeune prince, accomplit son exploit fondateur qui le légitime comme roi et héros civilisateur. Le Labyrinthe symbolise les épreuves complexes de la vie, la confusion et l'inconscient, que seule la ruse (le fil) permet de traverser. Le Minotaure incarne la part monstrueuse et bestiale, le chaos primordial qu'il faut dompter pour fonder la cité. Le fil d'Ariane est devenu une expression proverbiale désignant le moyen de se sortir d'une situation complexe. Enfin, le récit est marqué par une série d'oublis et d'abandons tragiques (Ariane, les voiles) qui assombrissent le triomphe du héros.
Importance
L'importance de ce mythe est considérable. Pour les Athéniens de l'époque classique, il servait de propagande politique, illustrant la victoire de la jeune démocratie athénienne (représentée par Thésée, le héros du peuple) sur la puissance monarchique et archaïque de la Crète de Minos. Il a inspiré une abondante production artistique, depuis les vases attiques jusqu'aux fresques de Pompéi, en passant par les sculptures. À l'époque moderne, il continue de fasciner les psychanalystes (le labyrinthe comme psyché, le Minotaure comme pulsion), les écrivains (de Borges à Yourcenar) et les artistes (comme Picasso avec sa série du Minotaure). Il reste un archétype puissant de la quête héroïque et de la lutte contre les monstres intérieurs.
