Introduction
Le Ragnarök, dont le nom signifie littéralement « Destin des Puissances » ou « Crépuscule des Dieux », est le mythe eschatologique central de la mythologie nordique. Consigné principalement dans l'Edda poétique (notamment la Völuspá et la Vafþrúðnismál) et l'Edda de Snorri Sturluson, il décrit non pas une fin définitive, mais un cycle de destruction et de régénération. Ce rémet structure la cosmologie et l'éthique nordique, où même les dieux, conscients de leur destin, luttent avec honneur jusqu'au bout.
Description
Le Ragnarök est un processus complexe et inéluctable, annoncé par des signes précurseurs (le Fimbulvetr, trois hivers consécutifs sans été) et la corruption morale des hommes. Il culmine dans une gigantesque bataille sur la plaine de Vígríðr. Les forces en présence sont les dieux, menés par Odin, Thor et Freyr, et une coalition des ennemis du cosmos : les géants du feu (menés par Surt), les géants du givre, le loup Fenrir, le serpent-monde Jörmungandr, et les morts maléfiques du Naglfar, le navire fait d'ongles de morts. Les dieux combattent leurs adversaires attitrés dans des duels fatals.
Histoire
Le déroulement suit une séquence précise. Après le Fimbulvetr, le loup Sköll avale le soleil et son frère Hati la lune, plongeant le monde dans les ténèbres. Les étoiles tombent, la terre tremble, et Fenrir ainsi que Jörmungandr se libèrent de leurs entraves. Le Naglfar prend la mer et les géants, menés par Surt, marchent sur le Bifröst, qui s'effondre. La bataille s'engage : Odin est dévoré par Fenrir, qui est ensuite tué par le fils d'Odin, Víðarr. Thor tue Jörmungandr mais succombe à son venin. Freyr, privé de son épée, tombe face à Surt. Le dieu Tyr et le chien Garmr s'entretuent, tout comme Heimdall et Loki. Surt alors met le feu à l'univers entier avec son épée flamboyante, et les mondes sont engloutis par les flammes et les flots.
Caracteristiques
Le Ragnarök présente plusieurs caractéristiques distinctives. C'est un destin (örlög) connu à l'avance, ce qui confère une dimension tragique aux actions des dieux. Il n'est pas un jugement moral mais un reset cosmique. La destruction est totale (les neuf mondes sont détruits) mais suivie d'une renaissance : la terre émerge à nouveau des eaux, verte et fertile. Les fils des dieux (comme Magni, Modi, Vidarr, Vali) survivent, ainsi qu'un couple humain, Lif et Lifthrasir, qui repeuplent le monde. Le soleil, fille de l'ancienne, brille à nouveau. Le cycle recommence, suggérant une vision cyclique du temps.
Importance
Le Ragnarök est fondamental pour comprendre la mentalité nordique pré-chrétienne. Il forge une éthique du courage et de l'honneur face à un destin inéluctable. La bravoure des dieux, qui combattent en sachant qu'ils vont périr, est le modèle du héros idéal. Ce mythe influence profondément la culture populaire moderne, du nom des opéras de Wagner (« Götterdämmerung ») aux comics (Thor chez Marvel) et aux jeux vidéo, où il symbolise souvent une fin du monde épique. Il représente aussi une vision unique de l'apocalypse, où la destruction n'est pas une punition mais une phase nécessaire à la régénération.
