Popol Vuh

Le Popol Vuh, ou 'Livre du Conseil', est le texte sacré fondateur de la civilisation maya-quiché. Il relate la création du monde, les aventures des dieux-jumeaux héroïques et l'origine de l'humanité. C'est un pilier essentiel pour comprendre la cosmogonie, la religion et l'histoire précolombienne des Mayas des Hautes-Terres du Guatemala.

Introduction

Le Popol Vuh est un manuscrit mytho-historique rédigé en langue quiché (une branche maya) avec des caractères latins au milieu du XVIe siècle, peu après la conquête espagnole. Il transcrit une tradition orale ancestrale, préservant le savoir d'un peuple dont les codex originels avaient été détruits. Considéré comme l'équivalent mésoaméricain de la Genèse ou de l'Iliade, il mêle cosmogonie, épopée héroïque et généalogie royale pour légitimer la souveraineté du peuple quiché.

Description

L'œuvre est structurée en cinq parties principales. La première décrit la création de l'univers par les dieux primordiaux, Tepeu et Gucumatz (le 'Faiseur' et le 'Plume de Serpent'), qui, par leur parole et leur pensée, font émerger la terre, les animaux et les premiers êtres humains. Les deux premières tentatives de création de l'humanité (en boue puis en bois) sont des échecs. La deuxième et troisième parties constituent le cœur narratif : les aventures des dieux-jumeaux Hunahpú et Ixbalanqué. Ces héros, fils d'un des jumeaux d'une génération précédente, triomphent des seigneurs de l'inframonde, Xibalbá, au cours d'épreuves mythiques (comme le célèbre jeu de balle), vengeant ainsi leur père et leurs oncles. Leur victoire permet la préparation du monde pour la vraie humanité. La quatrième partie relate la création réussie des humains à partir de maïs, la 'nourriture de la chair'. La cinquième partie, plus historique, retrace les migrations, les conquêtes et la généalogie des lignées dirigeantes quichés jusqu'à l'arrivée des Espagnols.

Histoire

Le texte original préhispanique, probablement un codex en glyphes mayas, a disparu. Vers 1550-1555, des nobles quichés anonymes de l'actuelle région de Chichicastenango (Guatemala) le transcrivirent en quiché mais avec l'alphabet latin, sauvant ainsi la tradition. Ce manuscrit resta caché jusqu'au début du XVIIIe siècle, lorsqu'un frère dominicain, Francisco Ximénez, en prit connaissance, le copia et en réalisa la première traduction en espagnol (vers 1701-1703). Le manuscrit de Ximénez fut redécouvert au XIXe siècle, devenant la source de toutes les études modernes. Il est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Newberry de Chicago.

Caracteristiques

Le Popol Vuh présente plusieurs traits distinctifs. C'est une synthèse unique de mythe, d'épopée et de chronique dynastique. Son récit est cyclique, articulé autour de la mort et de la renaissance, symbolisée par le cycle du maïs et le voyage dans l'inframonde. La figure des Jumeaux Héroïques est un archétype central de la mythologie mésoaméricaine (présent aussi chez les Aztèques). Le texte accorde une importance fondamentale au jeu de balle rituel, métaphore du mouvement des astres et du combat entre les forces de la vie et de la mort. Enfin, la nature même de l'être humain y est définie par sa substance (le maïs) et sa capacité à honorer les dieux.

Importance

Le Popol Vuh est d'une importance capitale. C'est la source la plus complète sur la mythologie maya et l'une des rares œuvres indigènes américaines à avoir survécu à la conquête. Il offre une fenêtre incomparable sur la pensée cosmologique, religieuse et politique des Mayas des Hautes-Terres. Au-delà de son intérêt anthropologique et historique, il possède une valeur littéraire universelle, avec ses récits d'aventures, de ruse et de sacrifice. Pour les peuples mayas contemporains, il reste un pilier identitaire et spirituel, un lien vivant avec leur passé et leur vision du monde. Son influence s'étend à la littérature, à l'art et à la culture populaire en Amérique latine et au-delà.

Anecdotes

Le nom énigmatique

'Popol Vuh' est une traduction du quiché 'Popol Wuj'. 'Popol' se réfère à la communauté, au conseil ou à la maison communautaire, et 'Wuj' signifie livre. Ainsi, le titre peut être interprété comme 'Livre de la Communauté', 'Livre du Conseil' ou 'Livre de la Natte' (la natte symbolisant le lieu de réunion et de pouvoir). Cette polysémie reflète la nature à la fois sacrée et politique de l'œuvre.

La création par la parole

La création dans le Popol Vuh est avant tout un acte de parole et de pensée. Les dieux déclarent : 'Que cela soit fait ! Que la terre soit !'. Cette conception d'un univers appelé à l'existence par le langage sacré présente des parallèles frappants avec d'autres traditions, comme le 'Fiat lux' de la Genèse biblique ou le concept de 'Logos' dans la philosophie grecque.

Le héros transformé en singe

Lors de la seconde création, les dieux façonnent des humains en bois. Ces êtres imparfaits, sans cœur ni mémoire, finissent par déplaire aux dieux qui envoient un grand déluge pour les anéantir. Les survivants de cette race sont transformés en singes. Les Mayas interprétaient ainsi l'origine des primates, qu'ils considéraient comme des descendants dégénérés d'une humanité primitive ratée.

Un manuscrit voyageur

Le précieux manuscrit de Ximénez a connu un long voyage. Conservé au couvent de Santo Domingo à Guatemala Ciudad, il fut transféré à l'Université de San Carlos après l'indépendance. En 1830, il fut 'emprunté' par un voyageur autrichien, puis passa entre les mains d'un collectionneur français avant d'être finalement acquis par la Bibliothèque Newberry de Chicago en 1911, où il réside toujours sous la cote 'Ayer MS 1515'.

Sources

  • Popol Vuh: The Sacred Book of the Maya (traduction et notes de Allen J. Christenson)
  • Popol Vuh: The Definitive Edition of The Mayan Book of The Dawn of Life and The Glories of Gods and Kings (traduction de Dennis Tedlock)
  • Histoire de la littérature maya (Georges Baudot)
  • Mythologies: La Mésoamérique (sous la direction de Yves Bonnefoy)
  • The Maya (Michael D. Coe)
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