Légende du Roi Midas

Roi de Phrygie célèbre pour avoir reçu le pouvoir de transformer en or tout ce qu'il touchait, un don qui se révéla être une malédiction. Son mythe illustre les dangers de l'avidité et de l'ignorance. Une autre légende lui attribue des oreilles d'âne après avoir offensé le dieu Apollon.

Introduction

Le mythe du roi Midas est l'un des récits les plus célèbres de la mythologie grecque, symbolisant de manière frappante les conséquences désastreuses de l'avidité et du manque de jugement. Bien que souvent réduit à son pouvoir de transmutation, la légende de Midas est en réalité un diptyque, composé de deux épisodes distincts et tout aussi édifiants : le don fatal du toucher d'or et la punition des oreilles d'âne. Ces histoires, principalement rapportées par Ovide dans ses 'Métamorphoses' et par d'autres auteurs comme Hygin, mettent en scène un monarque dont les souhaits exaucés révèlent ses faiblesses profondes.

Description

Midas est présenté comme le roi de Phrygie, une région historique d'Asie Mineure (l'actuelle Turquie). Son mythe s'inscrit dans les interactions entre les mortels et les dieux de l'Olympe, mettant en lumière les thèmes de la punition divine, de l'hybris (démesure) et de la rédemption. Contrairement à de nombreux héros tragiques, Midas n'est pas mauvais par nature, mais plutôt naïf, impulsif et avide. Ses erreurs sont des leçons sur la valeur des choses simples et la nécessité de la sagesse. Le mythe a connu de nombreuses variations, mais deux épisodes principaux structurent son récit : l'épisode de Dionysos et le toucher d'or, suivi de l'épisode d'Apollon et des oreilles d'âne.

Histoire

Le premier épisode débute lorsque Midas, par bonté ou par intérêt, recueille Silène, le vieux précepteur et compagnon ivre du dieu Dionysos. Pour le remercier de lui avoir rendu son mentor, Dionysos offre à Midas d'exaucer un vœu. Sans réfléchir, le roi souhaite que tout ce qu'il touche se transforme en or. La joie initiale fait rapidement place à l'horreur : la nourriture, l'eau et même sa propre fille (nommée parfois Marigold ou Zoé dans certaines versions) se changent en statues d'or inanimées à son contact. Réalisant sa terrible erreur, Midas supplie Dionysos de reprendre son don. Le dieu, compatissant, lui ordonne de se laver dans les eaux du fleuve Pactole. Le pouvoir quitte Midas et, selon la légende, le sable du Pactole devint aurifère, expliquant ainsi la richesse de la Lydie voisine. Le second épisode survient lorsque Midas, ayant appris la prudence, se retrouve juge d'un concours musical entre le dieu Apollon et le satyre Marsyas (ou, dans une version plus courante, le dieu Pan). Midas préfère la mélodie rustique de la flûte de Pan à la lyre sublime d'Apollon. Outragé par ce jugement stupide, Apollon punit le roi en lui transformant les oreilles en celles d'un âne, symbole d'ignorance et de stupidité. Honteux, Midas dissimule sa difformité sous un bonnet phrygien. Seul son barbier est au secret. Ne pouvant garder un tel secret, l'homme creuse un trou dans la terre, y chuchote 'Le roi Midas a des oreilles d'âne', puis le rebouche. Mais des roseaux y poussent, qui, agités par le vent, répètent sans cesse la phrase, révélant ainsi la vérité à tout le royaume.

Caracteristiques

Le mythe présente plusieurs caractéristiques structurelles et symboliques fortes. C'est un récit de double punition pour double faute : l'avidité matérielle et l'incapacité à apprécier la vraie beauté (artistique ou divine). Le toucher d'or est une allégorie puissante sur la stérilité de la richesse absolue, qui prive l'homme des besoins vitaux (nourriture) et des liens affectifs (sa fille). Les oreilles d'âne symbolisent quant à elles la sottise et l'incapacité à discerner la qualité ; c'est une punition qui marque physiquement la déficience morale et intellectuelle. Le motif du secret impossible (les roseaux parlants) est un topos mythologique qui souligne l'impossibilité de cacher la vérité, surtout une vérité honteuse. Enfin, le mythe contient un élément étiologique : il explique l'origine mythique de la richesse aurifère du fleuve Pactole.

Importance

La légende de Midas a eu un impact culturel immense et durable. Elle est devenue une référence universelle pour dénoncer l'avidité et les désirs à courte vue. L'expression 'toucher de Midas' est encore utilisée aujourd'hui, souvent de manière positive pour décrire une capacité à générer de la richesse, bien que le mythe originel en montre le côté obscur. Le récit a inspiré d'innombrables œuvres d'art, de la peinture (comme les tableaux de Poussin ou Waterhouse) à la littérature (Chaucer, Shakespeare) et à la musique (opéras). Psychologiquement, il parle de l'insatiabilité humaine et de la découverte que la satisfaction ne réside pas dans l'accumulation. Philosophiquement, il rejoint les enseignements des stoïciens ou d'Épicure sur la modération et le mépris des richesses. C'est un mythe fondateur sur les limites du pouvoir humain face aux lois naturelles et divines.

Anecdotes

Le Pactole, fleuve d'or réel

Le fleuve Pactole, dont les sables sont devenus aurifères après le bain de Midas, est un cours d'eau réel en Turquie (actuel Sart Çayı). Dans l'Antiquité, il était effectivement réputé pour ses paillettes d'or et fut une source majeure de richesse pour le royaume de Lydie, qui inventa d'ailleurs les premières pièces de monnaie. Le mythe fournit ainsi une explication merveilleuse à une réalité économique et géologique.

Midas, un roi historique ?

Il existe des traces historiques d'un roi Midas en Phrygie au VIIIe siècle av. J.-C., connu des Assyriens sous le nom de Mita. Des découvertes archéologiques, comme le Tumulus de Midas à Gordion (une tombe gigantesque), suggèrent qu'un monarque puissant et riche a bien régné. Le mythe grec aurait donc pu s'inspirer d'une figure historique réelle, dont la légende se serait ensuite embellie et moralisée.

La version alternative de la fille

Dans certaines versions moins connues du mythe, notamment dans le folklore médiéval, la fille de Midas n'est pas simplement transformée en or. Après que le roi l'a accidentellement changée en statue, il parvient à la ramener à la vie en suivant les instructions de Dionysos : il se lave dans le Pactole, puis touche à nouveau sa fille avec ses mains désormais purgées du pouvoir. Cette fin plus heureuse accentue le thème de la rédemption et du retour à l'essentiel.

Les oreilles dans l'art et la culture populaire

Le motif des oreilles d'âne de Midas a transcendé le mythe pour devenir un symbole de ridicule et de bêtise. On le retrouve dans les représentations du 'Roi Âne' lors des fêtes carnavalesques du Moyen Âge, où l'ordre social était inversé. Il a également inspiré des expressions comme 'être coiffé d'un bonnet d'âne' (pour un cancre) et est un clin d'œil récurrent dans les dessins animés et la bande dessinée pour signifier qu'un personnage a été stupide.

Sources

  • Ovide, 'Métamorphoses', Livre XI (toucher d'or) et Livre XI (concours, bien que souvent associé à Pan dans d'autres sources).
  • Hygin, 'Fables', Fable 191 (Le vœu de Midas) et Fable 165 (Le concours).
  • Pausanias, 'Description de la Grèce', évoquant les traditions locales sur Midas et le Pactole.
  • Xénophon, 'Anabase', mentionne la tombe de Midas à Gordion.
  • Articles de référence : 'The Oxford Dictionary of Classical Myth & Religion', 'Dictionnaire des mythologies' (Yves Bonnefoy).
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