Déluge grec (Deucalion)

Le mythe du déluge grec raconte comment Zeus, déçu par la méchanceté des hommes de l'âge de bronze, décida de les anéantir par un cataclysme aquatique. Seuls Deucalion, fils de Prométhée, et son épouse Pyrrha, fille d'Épiméthée et de Pandore, furent épargnés pour leur piété. Après neuf jours de dérive, ils repeuplèrent la terre en jetant les « os de la Grande Mère » par-dessus leur épaule, donnant naissance à une nouvelle humanité.

Introduction

Le mythe de Deucalion et du déluge constitue la version grecque archétypale du récit de catastrophe universelle et de renaissance de l'humanité, un thème présent dans de nombreuses cultures (comme le Déluge biblique ou l'épopée de Gilgamesh). Il marque la fin de l'âge mythique des héros et le début de l'humanité historique. Transmis principalement par le poète Hésiode (Les Travaux et les Jours) et le pseudo-Apollodore (Bibliothèque), il illustre les thèmes de la colère divine, de la piété récompensée et de la métamorphose fondatrice.

Description

Le mythe s'inscrit dans le cadre des âges de l'humanité décrits par Hésiode. Après l'âge d'or, d'argent et de bronze, Zeus, constatant la déchéance et l'impiété violente des hommes de l'âge de bronze (ou, selon une autre version, indigné par le sacrifice humain du roi Lycaon), décide d'effacer l'humanité par une inondation cataclysmique. Prométhée, le titan bienveillant, avertit son fils Deucalion et lui conseille de construire une arche ou un coffre (larnax). Deucalion et Pyrrha s'y réfugient avec des provisions. Zeus déclenche alors une pluie torrentielle, submergeant la Grèce et anéantissant toute vie. L'arche dérive pendant neuf jours et neuf nuits avant de s'échouer, selon la tradition la plus répandue, sur le mont Parnasse (ou l'Etna, ou l'Othrys).

Histoire

À leur descente de l'arche, Deucalion et Pyrrha, seuls survivants, se rendent à un autel dédié à Thémis (ou à Zeus). Là, ils implorent la déesse de leur indiquer comment repeupler la terre. Thémis leur répond par un oracle énigmatique : « Jetez derrière vous les os de votre grande mère. » Après une réflexion, Deucalion interprète que la « grande mère » est Gaïa, la Terre, et ses « os » sont les pierres. Obéissant, ils jettent des pierres par-dessus leur épaule. Celles lancées par Deucalion se transforment en hommes (laos, du mot laas, « pierre »), et celles lancées par Pyrrha en femmes. Ainsi naît une nouvelle race humaine, dure et résistante comme la pierre. Deucalion et Pyrrha deviennent les ancêtres de nombreuses lignées héroïques : ils engendrent notamment Hellen (éponyme des Hellènes), Amphictyon, Protogénie et parfois, selon les versions, Thèbes est fondée par l'un de leurs descendants.

Caracteristiques

Ce mythe présente plusieurs caractéristiques distinctives. Contrairement au Déluge biblique, il n'implique pas une arche peuplée d'animaux ; le salut est strictement humain. Le mécanisme de la recréation est unique : une génération spontanée par métamorphose lithique, soulignant un lien originel entre l'humanité et la terre. Le rôle de Prométhée est central, réitérant son soutien à l'humanité contre la volonté de Zeus. Le mythe sert aussi d'étiologie (explication des origines) pour des peuples (les Hellènes) et des rites de fondation. Enfin, il établit Deucalion comme une figure de « premier roi » et de fondateur culturel, à l'instar d'un Noé.

Importance

Le mythe de Deucalion est d'une importance capitale dans la mythologie grecque. Il opère une coupure nette entre le temps des dieux et des héros et le temps des hommes historiques, dont les Grecs se considéraient comme les descendants directs via Hellen. Il justifie la relation ambivalente entre Zeus et l'humanité : punition suivie d'un nouveau départ sous condition de piété. Il a été abondamment repris et commenté dans la littérature antique (Ovide dans les Métamorphoses en donne une version romaine célèbre) et a servi de référence pour expliquer des fossiles marins trouvés en montagne. Il fonde également l'idée d'une humanité régénérée, plus proche des dieux par sa lignée, préparant l'avènement de l'âge des héros puis du monde contemporain des narrateurs.

Anecdotes

Le sacrifice de Lycaon

Une version alternative de la cause du déluge, rapportée par Ovide, implique le roi arcadien Lycaon. Pour tester la clairvoyance de Zeus, déguisé en voyageur, Lycaon lui servit un ragoût fait avec les restes d'un otage. Outragé, Zeus détruisit son palais par la foudre et le transforma en loup. Cette impiété extrême fut la goutte d'eau qui déclencha sa décision d'anéantir l'humanité corrompue.

Le lieu d'échouage disputé

La localisation du mont où s'échoua l'arche de Deucalion variait selon les cités grecques, chacune souhaitant s'attribuer ce prestige. Le mont Parnasse en Phocide était le plus communément admis, notamment parce qu'il abritait le sanctuaire de Delphes, centre du monde. Mais d'autres traditions mentionnaient le mont Othrys en Thessalie (région d'origine de Deucalion), ou même l'Etna en Sicile, montrant la diffusion panhellénique du mythe.

Une humanité en pierre

Le motif des « os de la Grande Mère » (les pierres) et la création des hommes à partir de la roche est souvent interprété comme une allégorie de la dureté et de la résilience de la nouvelle race humaine. Il établit aussi un jeu de mots étymologique fondateur en grec entre « laas » (pierre) et « laos » (peuple), liant indissociablement l'identité du peuple à sa terre et à sa solidité.

Le déluge avant Deucalion

Il existe des traces d'un déluge antérieur dans la mythologie grecque, celui de l'époque d'Ogygès, roi légendaire de Thèbes ou d'Attique. Ce déluge, parfois confondu avec celui de Deucalion, était considéré comme si ancien qu'il marquait le début du temps historique pour les Athéniens. Cela suggère un amalgame de plusieurs traditions de catastrophes locales en un mythe panhellénique structurant.

Sources

  • Hésiode, Les Travaux et les Jours (v. 42-105) et le Catalogue des Femmes (fragments)
  • Pseudo-Apollodore, Bibliothèque (Livre I, 7.2)
  • Ovide, Métamorphoses (Livre I, v. 125-415)
  • Pindare, Odes Olympiques (IX)
  • Platon, Timée et Critias (où le mythe est évoqué par Critias)
EdTech AI Assistant