Déluge biblique (Noé)

Le Déluge est un récit mythique majeur de la Bible (Livre de la Genèse) où Dieu, consterné par la méchanceté des hommes, décide d'anéantir la création par une inondation universelle. Il épargne le juste Noé, sa famille et un couple de chaque espèce animale, sauvés dans une arche gigantesque. Ce mythe fondateur explore les thèmes du châtiment divin, de l'alliance et de la renaissance de l'humanité.

Introduction

Le mythe du Déluge, centré sur la figure de Noé, est l'un des récits les plus célèbres et universels de l'humanité. Présent dans le Livre de la Genèse (chapitres 6 à 9), il constitue un point de rupture et de renouveau dans l'histoire biblique, marquant la fin de l'humanité primitive et le début d'une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes. Sa portée symbolique et son écho dans de nombreuses cultures en font un pilier de la mythologie judéo-chrétienne et un sujet d'étude anthropologique et théologique majeur.

Description

Le récit biblique décrit une humanité devenue profondément corrompue et violente, à l'exception de Noé, un homme « juste et intègre ». Yahvé, regrettant d'avoir créé l'homme, décide d'effacer toute vie terrestre par un déluge d'eau qui durera 40 jours et 40 nuits. Il ordonne à Noé de construire une arche en bois de gopher (ou cypprès), aux dimensions précises (environ 135 mètres de long, 22,5 mètres de large et 13,5 mètres de haut), comprenant trois étages. Noé doit y faire entrer sa femme, ses trois fils (Sem, Cham et Japhet) et leurs épouses, ainsi qu'un couple de chaque espèce animale impure et sept couples des espèces pures. Une fois l'arche close, les « écluses des cieux » s'ouvrent et les « sources du grand abîme » jaillissent, recouvrant toute la terre et les plus hautes montagnes. Toute vie hors de l'arche périt. Après 150 jours, les eaux commencent à baisser, l'arche se pose sur le mont Ararat. Noé envoie successivement un corbeau et une colombe pour tester la baisse des eaux ; la colombe revenant avec un rameau d'olivier frais devient le symbole universel de la paix retrouvée. Une fois la terre asséchée, Dieu établit une alliance avec Noé et ses descendants, promettant de ne plus jamais détruire la vie par un déluge, et place l'arc-en-ciel dans le ciel comme signe perpétuel de ce pacte.

Histoire

Le récit biblique du Déluge (rédigé entre le VIIIe et le Ve siècle avant notre ère) s'inscrit dans une tradition littéraire mésopotamienne bien plus ancienne. La plus célèbre version antérieure est l'Épopée de Gilgamesh (version standard du VIIe siècle av. J.-C.), où le héros Uta-Napishtim est averti par le dieu Ea de construire un navire pour échapper au déluge décrété par l'assemblée des dieux. Des récits similaires existent dans les mythologies sumérienne (Ziusudra), grecque (Deucalion), hindoue (Manu) et amérindiennes. La version biblique se distingue par sa dimension théologique monothéiste et éthique : le Déluge est une punition morale pour le péché, et le salut de Noé récompense sa justice. La tradition juive, chrétienne et islamique (où Noé, Nûh, est un prophète important) a abondamment commenté et enrichi ce récit.

Caracteristiques

Le mythe présente plusieurs caractéristiques structurantes. L'Arche est un microcosme préservé, un sanctuaire de la biodiversité et de la grâce divine. La durée symbolique (40 jours de pluie, 150 jours de crue) évoque une période d'épreuve et de purification. Le schéma narratif suit un cycle : corruption divine > décision de destruction > salut d'un élu > catastrophe > renouveau > alliance. Le Déluge opère une séparation radicale entre l'ancien monde et le nouveau, donnant à l'humanité un « second départ ». L'Alliance noachique, scellée après le sacrifice de Noé, est universelle et inclut toute la création, établissant des lois fondamentales pour l'humanité (interdiction du meurtre, permission de manger de la viande).

Importance

L'importance du Déluge est immense. Théologiquement, il fonde le concept d'un Dieu juste qui punit le mal mais préserve un reste fidèle, préfigurant des thèmes de rédemption. Il légitime l'alliance entre Dieu et toute l'humanité, pas seulement Israël. Culturellement, il est une référence constante dans l'art (fresques de Michel-Ange, peintures de Poussin), la littérature et le cinéma. Scientifiquement, la quête de l'arche sur le mont Ararat et les débats sur un événement géologique réel (inondation de la mer Noire vers 5600 av. J.-C. est une hypothèse) ont passionné les explorateurs. Le récit pose aussi des questions philosophiques profondes sur la justice divine, la survie et la responsabilité humaine envers la création.

Anecdotes

Les dimensions précises de l'Arche

La Genèse donne des dimensions en coudées : 300 de long, 50 de large et 30 de haut. La coudée hébraïque valant environ 45 cm, cela donne une arche d'environ 135 m sur 22,5 m sur 13,5 m. Ces proportions (longueur/largeur = 6/1) sont remarquablement proches de celles des cargos modernes pour la stabilité en mer, une coïncidence souvent relevée.

La colombe et l'olivier, un symbole mondial

Le rameau d'olivier rapporté par la colombe est devenu l'un des symboles de paix les plus universels, utilisé par l'ONU et de nombreuses organisations. L'olivier, arbre à la croissance lente, indiquait que les eaux s'étaient retirées depuis un certain temps, permettant la repousse, signe d'espoir et de renouveau durable.

La malédiction de Cham

Un épisode souvent méconnu suit la sortie de l'arche : Noé, ayant planté une vigne, s'enivre et se retrouve nu dans sa tente. Son fils Cham le voit et en rit, tandis que ses frères Sem et Japhet le couvrent sans le regarder. Noé, à son réveil, maudit Canaan, le fils de Cham, le condamnant à être l'esclave de ses oncles. Ce passage a été tragiquement utilisé, à tort, pour justifier l'esclavage des peuples africains.

Les fenêtres de l'Arche

Le texte biblique est énigmatique concernant les ouvertures. Dieu ordonne de faire à l'arche une « fenêtre » (tsôhar), que les traductions interprètent parfois comme une lucarne ou un toit surélevé. Cette ouverture, fermée jusqu'à la fin du déluge, est cruciale pour la ventilation et la lumière, détail technique dans un récit mythique.

Sources

  • La Bible, Ancien Testament, Livre de la Genèse, chapitres 6 à 9.
  • L'Épopée de Gilgamesh, tablette XI (version standard assyrienne).
  • Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique, sous la dir. de Yves Bonnefoy.
  • The Biblical Flood: A Case Study of the Church's Response to Extrabiblical Evidence, Davis A. Young.
  • Noah's Ark and the Ziusudra Epic: Sumerian Origins of the Flood Myth, Robert M. Best.
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