Introduction
Thésée incarne l'idéal héroïque athénien, représentant la raison, le courage civique et la ruse intelligente, par opposition à la force brute d'un Héraclès. Son mythe est un récit de maturation, de quêtes périlleuses et de fondation politique, étroitement lié à la glorification d'Athènes comme cité civilisatrice. Considéré comme le premier roi à avoir établi une forme de démocratie primitive, son histoire a été constamment réinterprétée pour servir de modèle politique et moral à la cité.
Description
Thésée est le fils d'Éthra, princesse de Trézène, et a deux pères possibles : le roi Égée d'Athènes, qui a caché son épée et ses sandales sous un lourd rocher comme preuve de paternité, et le dieu Poséidon. Cette double paternité, humaine et divine, est typique des héros grecs. Physiquement, il est décrit comme fort et beau, mais c'est surtout son intelligence et son sens de la justice qui le caractérisent. Son parcours commence par le « voyage de Trézène à Athènes », où, au lieu de prendre la mer, il choisit la route terrestre périlleuse pour imiter les exploits de son cousin Héraclès. Sur ce chemin, il élimine plusieurs brigands et monstres qui terrorisaient la région (comme Périphétès, Sinis, Sciron, Cercyon et Procraste), appliquant à chacun le châtiment qu'ils infligeaient à leurs victimes – un thème de justice poétique.
Histoire
Arrivé à Athènes, reconnu par Égée grâce à l'épée, il doit neutraliser les prétentions au trône de Médée, alors compagne d'Égée, et des Pallantides. Son exploit le plus célèbre intervient lorsque Athènes, vaincue par la Crète du roi Minos, doit envoyer un tribut annuel de sept jeunes gens et sept jeunes filles pour être dévorés par le Minotaure. Thésée se porte volontaire. À Cnossos, Ariane, fille de Minos, tombe amoureuse de lui et lui donne une pelote de fil (le fameux « fil d'Ariane ») pour retrouver son chemin dans le Labyrinthe. Thésée tue le Minotaure, monstre mi-homme mi-taureau, et fuit avec Ariane et les otages athéniens. Cependant, il abandonne Ariane sur l'île de Naxos (où Dionysos la recueille). Sur le chemin du retour, par négligence ou joie, il oublie de changer les voiles noires de deuil pour des voiles blanches, signe de victoire. Égée, voyant les voiles noires, se jette dans la mer, qui prend son nom (mer Égée). Devenu roi, Thésée unifie les douze cités de l'Attique en un seul État centré sur Athènes (synœcisme), instituant des fêtes communes comme les Panathénées. Sa vie privée est tumultueuse : il enlève la reine des Amazones, Antiope (ou Hippolyte), dont il a un fils, Hippolyte ; puis il épouse Phèdre, sœur d'Ariane, ce qui mènera à la tragédie racontée par Euripide (l'amour de Phèdre pour Hippolyte). À la fin de sa vie, trompé et exilé, il trouve la mort traîtreusement poussé d'une falaise par le roi Lycomède à Skyros.
Caracteristiques
Thésée est le héros de l'intelligence pratique (mètis) et de la décision politique. Contrairement à Héraclès, qui agit souvent sous l'emprise de la folie ou par ordre, Thésée choisit délibérément ses exploits pour protéger les voyageurs et renforcer la justice. Il est l'architecte de l'unité attique et est crédité de l'institution de la première constitution athénienne, partageant le pouvoir avec le peuple. Ses attributs iconographiques principaux sont l'épée (celle de son père Égée), la massaire (la massue de Périphétès qu'il récupère), et parfois le fil d'Ariane ou la tête du Minotaure. Il est aussi associé au navire qui le ramena de Crète, devenu un symbole philosophique de l'identité changeante (le « navire de Thésée »).
Importance
Thésée est la figure mythique centrale d'Athènes. À l'époque classique (Ve siècle av. J.-C.), son culte est officiellement promu par des hommes d'État comme Cimon, qui prétendit avoir « retrouvé » ses ossailles à Skyros pour les ramener en grande pompe à Athènes. Son image sert à légitimer l'hégémonie athénienne et les réformes démocratiques. Il représente l'Athénien idéal : courageux, rusé, défenseur des faibles et fondateur d'institutions. Son mythe explore des thèmes universels comme la quête d'identité, l'abandon, l'ingratitude (envers Ariane), l'erreur tragique et la chute du héros. Il est omniprésent dans l'art (vases, sculptures du Parthénon), la littérature (tragédies de Sophocle et Euripide) et la philosophie (paradoxe du navire). Son héritage perdure comme archétype du héros fondateur et du roi bienfaiteur.
