Introduction
Énée incarne la figure du héros pieux et du fondateur, pivot entre le monde grec et le monde romain. Alors que les héros homériques sont mus par l'honneur et la colère, Énée est défini par sa piété (pietas) envers les dieux, son père et son destin. Son mythe, d'abord présent dans des fragments épiques grecs, a été systématisé et magnifié par le poète latin Virgile au Ier siècle av. J.-C., devenant le récit officiel des origines divines et héroïques de Rome et de la dynastie julio-claudienne.
Description
Énée est décrit comme un guerrier troyen d'une grande valeur, mais surtout comme un homme marqué par un destin supérieur. Fils d'Aphrodite/Vénus, il bénéficie de la protection divine, notamment de sa mère et d'Apollon. Sa caractéristique essentielle est sa pietas, une vertu romaine complexe englobant le respect scrupuleux des dieux, la loyauté envers la patrie et la dévotion familiale. Il est souvent représenté portant son père âgé Anchise sur ses épaules et tenant la main de son jeune fils Ascagne (Iule) lors de la fuite de Troie, image devenue emblématique de ses responsabilités. Contrairement à Achille ou à Ulysse, sa grandeur réside moins dans l'exploit individuel que dans l'acceptation résignée et courageuse de sa mission fondatrice.
Histoire
L'histoire d'Énée est principalement narrée dans l'Énéide. Lors du sac de Troie par les Grecs, il tente de défendre la ville mais, sur ordre des dieux et de l'ombre d'Hector, il fuit avec son père, son fils et les Pénates (les dieux protecteurs du foyer troyen). Son épouse Créüse meurt pendant la fuite. Il embarque alors avec des survivants pour un long voyage de sept ans à travers la Méditerranée. Ses errances le mènent en Thrace, en Crète, en Sicile et surtout à Carthage où la reine Didon, éprise de lui, le supplie de rester. Jupiter le rappelle à l'ordre via Mercure, et Énée, déchiré mais obéissant, repart, provoquant le suicide de Didon. En Sicile, il organise des jeux funèbres pour son père, mort durant le voyage. Après une tempête, il aborde enfin en Italie, à Cumes, où la Sibylle le guide aux Enfers. Là, Anchise lui montre les âmes de ses futurs descendants, les grands héros de Rome. En Latium, le roi Latinus l'accueille et lui promet la main de sa fille Lavinia, provoquant la colère de son autre prétendant, Turnus, roi des Rutules. Une guerre éclate, conclue par le duel victorieux d'Énée contre Turnus, qu'il tue après avoir vu ce dernier porter la ceinture de son protégé Pallas. Cette victoire permet l'union des Troyens et des Latins, fondation du peuple romain.
Caracteristiques
Les attributs principaux d'Énée sont liés à son statut de fondateur et de pieux héros. Il est souvent associé aux Pénates troyens qu'il sauve, symbolisant le transfert de la civilisation d'Orient en Occident. En tant que guerrier, il porte des armes divines forgées par Vulcain à la demande de Vénus, notamment un bouclier sur lequel sont gravées les futures grandes scènes de l'histoire romaine. Sa pietas est son trait de caractère cardinal, le poussant à sacrifier ses désirs personnels (comme son amour pour Didon) au nom du devoir envers les dieux et sa lignée. Il est aussi un chef capable de rassembler des exilés et de négocier des alliances. Son voyage est ponctué de présages et de prophéties qui le guident constamment.
Importance
L'importance d'Énée est immense dans la culture occidentale. Pour les Romains, il est le lien mythique direct entre Troie et Rome, légitimant leur ascendance héroïque et divine. Virgile en fait l'ancêtre de Romulus et Rémus, et surtout de la gens Iulia (la famille de Jules César et d'Auguste), via son fils Iule (Ascagne). L'Énéide, commandée par Auguste, sert de récit national, exaltant les valeurs de piété, de devoir et de mission civilisatrice de Rome. Au-delà de l'Antiquité, Énée devient un archétype du héros exilé et fondateur, de l'homme guidé par la providence. Son voyage aux Enfers influence profondément la littérature médiévale et la Divine Comédie de Dante, qui en fait son guide. Son histoire, et particulièrement son épisode avec Didon, a inspiré d'innombrables œuvres en peinture, opéra et littérature, faisant de lui une figure centrale de la transmission culturelle entre l'Antiquité et le monde moderne.
