Introduction
Dans l'hindouisme ancien, Varuna occupe une position prééminente en tant que roi des dieux (Asuras, au sens originel de 'seigneurs') et souverain cosmique durant la période védique (env. 1500-500 AEC). Il est le gardien omniprésent et omniscient de l'ordre universel, le Ṛta, qui régit le mouvement des astres, le cycle des saisons, la vérité morale et les serments. Sa nature est double : il est à la fois le dieu terrible qui lie les transgresseurs de son lasso (pāśa) et le dieu miséricordieux qui pardonne les péchés à ceux qui se repentent. Son déclin relatif dans le panthéon post-védique au profit d'Indra, puis de la trimūrti (Brahmā, Vishnou, Shiva), ne doit pas occulter son rôle fondateur dans la conception indienne de la loi, de la conscience et de la royauté divine.
Origines
Varuna trouve ses racines dans la religion proto-indo-iranienne, partageant une origine commune avec le dieu iranien Ahura Mazdā du zoroastrisme. Son nom est souvent rapproché du grec Ouranos (le Ciel), suggérant une divinité céleste archaïque. Dans les plus anciens textes, les Vedas (notamment le Rigveda), il est fréquemment invoqué en duo avec Mitra (le dieu des contrats et de l'amitié), formant la paire Mitra-Varuna. Mitra représente l'aspect diurne, contractuel et bienveillant de la souveraineté, tandis que Varuna en incarne l'aspect nocturne, mystérieux, terrible et magique. Cette dyarchie illustre les deux faces complémentaires de la royauté : la loi visible et la puissance secrète. Avec le temps, le rôle de souverain guerrier et de pourfendeur de démons (Indra) gagne en popularité, reléguant Varuna à un rôle plus spécifique de dieu des eaux.
Attributs
Varuna est le gardien par excellence du Ṛta, l'ordre cosmique, moral et rituel qui maintient l'univers en harmonie. Son pouvoir est absolu et sa connaissance est totale : il voit tout, même à travers les ténèbres, et connaît le vol des oiseaux, le chemin des vents et le secret des cœurs. Son attribut principal est le pāśa, un nœud coulant ou un lasso avec lequel il capture et punit les menteurs, les parjures et ceux qui violent l'ordre naturel. Il est le seigneur des eaux (Āpaḥ), tant des océans célestes que des rivières terrestres et des eaux souterraines. Il régit le cycle de l'eau et est invoqué pour la pluie. Dans l'iconographie post-védique, il est souvent représenté comme un roi majestueux, de couleur blanche ou bleuâtre, vêtu d'un drapé doré, portant une couronne, tenant le pāśa et parfois une conque. Sa monture (vāhana) est le Makara, une créature marine mythologique. Il est associé à la direction occidentale.
Mythes
Les mythes spécifiques centrés sur Varuna sont moins nombreux que ses hymnes d'invocation. Un récit célèbre le met en scène avec le sage Vasishtha. Varuna offrit une vache sacrée à Vasishtha, mais celle-ci fut volée. Furieux, Varuna accusa le sage de négligence. Pour expier cette faute involontaire contre le Ṛta, Vasishtha dut accomplir une pénitence, illustrant que même les sages sont soumis à la loi de Varuna. Un autre mythe, plus tardif dans les Puranas, raconte comment Varuna, après avoir été détrôné de sa souveraineté suprême, se retira dans les océans dont il devint le souverain exclusif. L'épisode du déluge (avatara de Matsya, le poisson) dans la tradition hindoue est parfois lié à lui, bien que Vishnou en soit le protagoniste principal. Le lien entre Varuna et la maladie, en particulier l'hydropisie (rétention d'eau), est récurrent : il inflige cette maladie aux parjures, mais peut aussi la guérir.
Culte
Durant l'époque védique, le culte de Varuna était central. Il recevait des offrandes de soma (boisson sacrée) lors de grands rituels royaux (rājasūya) où le souverain terrestre cherchait à s'identifier à lui pour renforcer sa légitimité et son pouvoir. Des hymnes entiers du Rigveda lui sont dédiés, le dépeignant comme un dieu à la fois redouté et vénéré pour sa clémence. Avec l'évolution de l'hindouisme, son culte direct déclina. Il n'est plus aujourd'hui l'objet d'une dévotion populaire importante, contrairement à Vishnou ou Shiva. Cependant, il conserve un rôle ritualistique : il est invoqué dans les cérémonies liées à l'eau (comme le Samudra Snana, le bain dans l'océan), dans les rites de purification et lors de la prise de serments solennels. Des temples mineurs lui sont dédiés, souvent près des plans d'eau.
Influence
L'influence de Varuna est profonde et durable. Conceptuellement, il a légué à la pensée indienne l'idée d'une loi cosmique (Ṛta) qui précède et dépasse les lois humaines, idée qui évoluera vers les concepts de Dharma et de Karma. Son omniscience et son rôle de juge intérieur ont influencé les développements de la conscience morale et de l'introspection dans la philosophie indienne. Dans la culture moderne, il apparaît dans des œuvres littéraires, des bandes dessinées (comme la série 'Asterix et le Chaudron' où un personnage se nomme Varuna, bien que ce soit un clin d'œil), et des jeux vidéo ou de rôle s'inspirant de la mythologie. Il reste une figure essentielle pour comprendre l'évolution théologique de l'Inde ancienne, marquant la transition d'une royauté cosmique magico-morale vers un panthéon plus spécialisé et dévotionnel.
