Introduction
Sin (nom akkadien) ou Nanna (nom sumérien) est l'une des divinités les plus anciennes et les plus vénérées de Mésopotamie. En tant que personnification de la Lune, il n'est pas seulement une source de lumière dans l'obscurité, mais aussi le maître du temps, le gardien des savoirs et un juge bienveillant. Sa nature calme et réfléchie contrastait avec les aspects plus tumultueux d'autres dieux, en faisant une figure paternelle et stable. Son culte s'est étendu sur plus de trois millénaires, depuis les cités sumériennes d'Ur et de Harran jusqu'aux empires assyrien et babylonien.
Origines
Les premières attestations de Nanna remontent à la période d'Uruk (IVe millénaire av. J.-C.). Il est le fils premier-né d'Enlil, le roi des dieux, et de Ninlil, dans un mythe sumérien célèbre. Sa ville sainte principale était Ur, où se trouvait l'Egishnugal, son grand temple-ziggurat. Une autre ville majeure de son culte était Harran, dans le nord (actuelle Turquie), qui devint un centre religieux crucial, notamment sous le dernier roi néo-babylonien, Nabonide (VIe siècle av. J.-C.), qui en fit sa dévotion exclusive. Sin était considéré comme le chef du panthéon dans ces cités.
Attributs
Sin est le souverain du cycle lunaire. Son passage à travers ses phases (croissant, pleine lune, disque sombre) était perçu comme le rythme fondamental de l'univers, régissant les mois, les marées, et les cycles de fertilité des plantes, des animaux et des femmes. Il était donc un dieu de la fertilité agraire et humaine. Sa lumière nocturne était aussi associée à la sagesse, à la divination et à la prise de décisions justes, car elle révélait ce qui était caché dans l'obscurité. Il était souvent invoqué dans les serments et les jugements. Son attribut principal est le croissant lunaire, souvent représenté horizontalement, parfois sur un disque ou porté comme une couronne.
Mythes
Parmi les mythes principaux, 'Enlil et Ninlil' raconte sa conception et sa naissance dans le Monde Inférieur. Un autre récit, 'Le Voyage de Nanna à Nippur', décrit son périple en barge depuis Ur jusqu'à la ville sainte de son père, Enlil, pour lui offrir des présents et recevoir sa bénédiction, scellant ainsi son statut divin. Sin joue également un rôle crucial dans l'épopée de Gilgamesh : c'est à lui que le héros prie pour être protégé durant son voyage périlleux à travers la montagne de Mashu, domaine de ténèbres. Enfin, le dieu de la Lune est central dans la 'Lamentation sur la destruction d'Ur', où il est supplié de ne pas abandonner sa ville aux envahisseurs.
Culte
Le culte de Sin était profondément enraciné dans la vie quotidienne et l'État. Son temple principal, l'Egishnugal ('Maison de la Grande Lumière') à Ur, était un complexe religieux et économique majeur. Les prêtres observaient scrupuleusement les phases de la lune pour établir le calendrier lunaire, base de toutes les activités civiles et religieuses. Les fêtes du Nouveau Mois (nouvelle lune) et de la Pleine Lune étaient des moments sacrés. Le roi était considéré comme le représentant terrestre du dieu, et la prospérité du règne dépendait de la faveur de Sin. Des offrandes, des prières et des hymnes lui étaient adressés pour assurer l'ordre cosmique et la fertilité des terres.
Influence
L'influence de Sin est immense. Son symbole, le croissant lunaire, a traversé les âges, réapparaissant dans l'iconographie d'autres divinités lunaires comme le dieu grec Séléné, et a même été adopté bien plus tard par les civilisations islamiques, devenant un symbole politique et religieux majeur. Dans l'astronomie/astrologie babylonienne, il était l'astre le plus important après le Soleil. Son association avec la sagesse et le temps a influencé la pensée mésopotamienne sur la cyclicité de la vie. La dévotion du roi Nabonide pour Sin, au détriment du dieu national Marduk, est un épisode historique fascinant qui montre son importance persistante jusqu'à la fin de l'empire babylonien.
