Introduction
Shiva est une divinité centrale et complexe du panthéon hindou, transcendant les oppositions. Il incarne le principe de destruction nécessaire à la régénération du cycle cosmique. Plus qu'un simple destructeur, il est le yogi suprême, le maître des forces occultes, le protecteur et le seigneur de la danse (Nataraja) qui rythme la création et la dissolution de l'univers. Sa représentation iconographique et ses multiples aspects en font une figure à la fois redoutée et vénérée pour sa grâce et son pouvoir de libération (moksha).
Origines
Les origines de Shiva remontent à la civilisation de l'Indus (vers 2500-1500 AEC), où des sceaux représentant une figure assise en posture yogique, entourée d'animaux, évoquent un prototype de Pashupati (Seigneur des animaux). Dans les Védas, il est identifié à Rudra, le dieu redoutable de la tempête, de la chasse et de la guérison. Au fil de la synthèse brahmanique, les cultes populaires et ascétiques se sont fondus pour donner naissance à la figure de Shiva telle qu'elle est connue dans les Puranas et les épopées, devenant une divinité majeure du shivaïsme.
Attributs
Shiva possède une iconographie riche et symbolique. Son troisième œil, au front, représente la sagesse et le pouvoir destructeur de l'énergie concentrée. Le serpent autour de son cou symbolise le pouvoir contrôlé et le cycle du temps. Le trident (trishula) représente les trois gunas (qualités de la nature) ou la domination sur les trois mondes. Le petit tambour (damaru) émet le son primordial de la création. Le Gange, piégé dans ses cheveux, montre sa capacité à maîtriser les forces les plus puissantes. Couvert de cendres (vibhuti), il symbolise la transcendance sur l'illusion matérielle. En tant que Nataraja, sa danse cosmique (Tandava) au sein d'un cercle de flammes représente le cycle éternel de création, préservation et destruction.
Mythes
Parmi les mythes fondateurs, la 'Bagar de l'océan de lait' le voit avaler le poison (Halahala) qui menace l'univers, bleuissant sa gorge (d'où le nom Nilakantha). Le mythe de la destruction de Kama, le dieu du désir, illustre son parfait contrôle des sens. La descente du Gange sur Terre, brisée par sa chevelure pour protéger le monde, montre sa nature protectrice. L'épisode où il coupe la tête de son fils Ganesha, puis la remplace par celle d'un éléphant, révèle sa justice implacable et sa capacité à réparer. Enfin, le mythe du Lingam de feu, forme sans attributs, établit sa suprématie sur Brahma et Vishnu.
Culte
Le culte de Shiva est extrêmement répandu. Sa forme aniconique principale est le lingam, symbole phallique représentant l'énergie créatrice infinie. Les dévots (shivaïtes) lui rendent hommage par des offrandes de lait, de feuilles de bilva, et de cendres. Le mantra sacré 'Om Namah Shivaya' est central. Les grands temples lui sont dédiés, comme ceux de Kashi (Varanasi), Kedarnath, Somnath et Chidambaram (associé à Nataraja). La fête de Maha Shivaratri est la nuit la plus importante, marquée par le jeûne, les veilles et les prières. Les ascètes shivaïtes (sadhus), avec leurs corps couverts de cendres, imitent son renoncement.
Influence
L'influence de Shiva dépasse largement le cadre religieux. En tant qu'Adiyogi, il est considéré comme le premier gourou du yoga, une discipline aujourd'hui pratiquée mondialement. La figure du Nataraja est devenue un symbole iconique de la culture indienne et de la synthèse entre art, science et spiritualité, popularisée par des artistes comme le sculpteur Rodin. Dans la philosophie, le shivaïsme du Cachemire a développé une métaphysique non-dualiste sophistiquée. Dans la culture populaire, il apparaît dans la littérature, le cinéma (comme dans 'Baahubali'), les bandes dessinées et les jeux vidéo, perpétuant sa présence dans l'imaginaire collectif.
