Introduction
Shamash (sumérien Utu) est l'une des divinités majeures et les plus constantes du Proche-Orient ancien. Adoré dès le IIIe millénaire avant notre ère, il représente bien plus que l'astre solaire : il est la lumière divine qui illumine les ténèbres, physiques et morales. Son rayonnement perce l'obscurité du mensonge et de l'injustice, faisant de lui le gardien par excellence de l'équité, de la loi et de la vérité. Son rôle de témoin omniprésent et de juge en fait une figure centrale dans la conception mésopotamienne de l'ordre universel (le *me*) et des relations sociales.
Origines
Shamash trouve ses origines dans le panthéon sumérien sous le nom d'Utu. Fils du dieu Lune Nanna (Sîn) et de la déesse Ningal, et frère de la grande déesse Inanna/Ishtar, il occupe une place fondamentale dans la triade céleste aux côtés de Sîn (Lune) et d'Adad (Orage). Son importance grandit considérablement dans les cultures sémitiques (Akkad, Babylone, Assyrie), où il devient Shamash. Les grands centres de son culte étaient Sippar (où son temple, l'Ébabbar, « Maison Blanche », était célèbre) et Larsa. Des milliers de tablettes d'argile, dont le fameux Code de Hammurabi (où le roi reçoit les lois du dieu), attestent de sa prééminence.
Attributs
Shamash est le « luminaire des cieux et de la terre ». Sa lumière n'est pas seulement physique ; elle est morale et intellectuelle. Il voit tout, rien ne lui échappe, ce qui fonde son autorité judiciaire. Il est le « juge des cieux et de la terre », invoqué dans les serments et les contrats. Il chasse les démons et les forces maléfiques qui prospèrent dans l'obscurité. Il est aussi un dieu de divination, car sa lumière révèle l'avenir à travers des signes, notamment dans l'extispicine (lecture des entrailles d'animaux). Enfin, en tant que soleil, il préside aux voyages et aux expéditions, éclairant la route.
Mythes
Shamash joue un rôle crucial dans plusieurs mythes fondateurs. Dans l'*Épopée de Gilgamesh*, il est le protecteur et le conseiller du héros. C'est lui qui encourage Gilgamesh et Enkidu à combattre le démon Humbaba, gardien de la Forêt des Cèdres, et il intervient pour les sauver en envoyant des vents favorables. Il est également le dieu qui sauve le héros du Déluge, Uta-napishti (le Noé mésopotamien), en le guidant après la tempête. Dans le mythe d'Etana, il aide le roi, privé d'héritier, à trouver la « plante de la naissance ». En tant que dieu de la justice, il intervient souvent comme arbitre dans les conflits divins et humains.
Culte
Le culte de Shamash était extrêmement organisé. Son principal temple, l'Ébabbar (« Maison Blanche ») à Sippar et Larsa, était un centre économique, juridique et religieux majeur. Les rois se présentaient comme ses « vicaire » sur terre, chargés d'appliquer sa justice. Des rituels quotidiens célébraient son lever et son coucher. Les prêtres devins (*bārû*) travaillaient sous son patronage pour interpréter les présages. Des offrandes, des prières pour obtenir justice et des plaques de bronze dédiées (les *kudurrus*, stèles de donation) portaient son symbole. La fête du Nouvel An (Akitu) incluait des cérémonies en son honneur.
Influence
L'influence de Shamash est profonde et durable. Il est un prototype clair des dieux solaires justiciers du Proche-Orient, comme l'égyptien Rê ou le grec Apollon (bien que les liens directs soient complexes). Son association intrinsèque entre la lumière solaire et la loi morale a marqué la pensée juridique antique. Des éléments de son iconographie, comme le disque solaire ailé, ont été repris plus tard dans l'iconographie impériale perse achéménide et même dans des symboles modernes. Aujourd'hui, Shamash reste une figure essentielle pour comprendre comment les anciennes civilisations conceptualisaient le lien entre l'ordre naturel (le cycle solaire) et l'ordre social (la justice).
