Introduction
Junon, assimilée à la grecque Héra, occupe une place centrale dans le panthéon romain. Plus qu'une simple épouse de Jupiter, elle incarne l'idéal de la matrone romaine, associant autorité, fidélité conjugale et protection de la communauté. Son culte était intimement lié à la vie politique et sociale de Rome, faisant d'elle une déesse à la fois personnelle et civique.
Origines
Junon est une divinité d'origine italique, probablement sabine, intégrée très tôt au panthéon romain. Son nom pourrait dériver de la racine indo-européenne *yeu-, signifiant "force vitale" ou "jeunesse". Elle faisait partie, avec Jupiter et Minerve, de la triade capitoline, le cœur religieux de l'État romain. Son assimilation à Héra s'est opérée sous l'influence de la culture grecque, mais elle a conservé des spécificités romaines fortes, notamment son rôle de protectrice (Junon Sospita) et de conseillère (Junon Moneta).
Attributs
Junon règne sur tous les aspects de la vie féminine, du mariage (Juno Pronuba) à l'accouchement (Juno Lucina). Elle veille sur les finances de l'État en tant que Junon Moneta ("celle qui avertit"), un temple où était frappée la monnaie romaine. En tant que reine, elle est la protectrice de Rome et de l'empire (Juno Regina). Ses pouvoirs sont considérables : elle peut influencer les destins, protéger les femmes en couches et punir sévèrement les infidélités de son époux ou les offenses à sa dignité. Sa colère est redoutable et souvent dirigée contre les maîtresses de Jupiter et leur progéniture, comme Hercule.
Mythes
Les mythes de Junon sont largement empruntés à ceux d'Héra, mais adaptés. Le récit central est son mariage sacré (hieros gamos) avec Jupiter, célébré chaque année. Un mythe romain important est sa séduction par Jupiter sous la forme d'un coucou trempé de pluie, qu'elle réchauffa contre son sein. Elle est également au centre de l'épisode du Jugement de Pâris, où son refus de lui offrir le pouvoir politique (qu'elle lui promettait en échange de la pomme d'or) déclenche son hostilité envers les Troyens, favorisant ainsi la fondation de Rome par les descendants d'Énée, protégé de Vénus. La légende de la reine Didon, abandonnée par Énée, est aussi souvent liée à la vindicte de Junon.
Culte
Le culte de Junon était omniprésent à Rome. Ses principales fêtes étaient les Matronalia (1er mars), où les femmes recevaient des cadeaux, et les Nonae Caprotinae (7 juillet). Son temple le plus important était celui de Junon Moneta sur le Capitole. Elle était également vénérée sous de nombreux épithètes correspondant à ses fonctions : Juno Sospita (protectrice armée), Juno Lucina (qui amène à la lumière), Juno Caprotina (liée à la fertivité). Les femmes lui adressaient des prières pour leur mariage et leur fertilité, tandis que l'État lui demandait protection lors des crises.
Influence
Junon a laissé une empreinte durable dans la langue et la culture. Le mois de juin (Iunius) lui est traditionnellement dédié, expliquant la popularité des mariages à cette période. L'expression "temple de Junon Moneta" est à l'origine du mot "monnaie" et de "monétaire". Dans l'art, de la Renaissance au néoclassicisme, elle est représentée comme une reine majestueuse, souvent avec son paon. En astrologie, l'astéroïde (3) Junon porte son nom. Elle reste une figure archétypale de l'épouse royale, de la puissance féminine et de la jalousie divine dans la littérature et la psychanalyse.
