Introduction
Indra est l'une des divinités les plus anciennes et les plus importantes du panthéon indo-européen. Dans le Rig-Veda, plus d'un quart des hymnes lui sont consacrés, témoignant de sa prééminence à l'époque védique (c. 1500-500 AEC). Il incarne la force virile, la puissance souveraine et la fonction guerrière, chargé de maintenir l'ordre cosmique et social contre les forces du chaos (les Asuras). Son rôle évolue dans l'hindouisme classique (post-védique), où il devient un souverain parfois vaniteux et faillible, mais reste le régent du ciel et le chef nominal des dieux.
Origines
Les origines d'Indra sont probablement indo-iraniennes, partagées avec le dieu Verethragna dans le zoroastrisme. Son nom pourrait dériver de la racine *'ind'* signifiant 'puissant' ou 'éclatant'. Dans les textes védiques, il est souvent présenté comme le fils de la force cosmique, né pour combattre le mal. Il n'a pas de généalogie fixe, bien que Dyaus (le Ciel) et Aditi (l'Infini) soient parfois nommés comme ses parents. Sa naissance est parfois décrite comme miraculeuse, sortant du côté de sa mère. Il représente l'idéal du Kshatriya (la classe des guerriers-rois).
Attributs
L'attribut principal d'Indra est le Vajra, une arme-foudre forgée par l'artisan divin Tvashtri, souvent décrite comme faite des os du sage Dadhichi. C'est une massue ou un sceptre à pointes, symbolisant la puissance indestructible et la souveraineté. Il possède également un arc céleste (l'arc-en-ciel), un filet pour capturer ses ennemis, et se déplace sur un char volant tiré par des chevaux, piloté par son cocher Matali. Son vāhana (monture) est l'éléphant blanc Airavata, né du barattage de l'océan de lait. Il est inséparable de la boisson sacrée, le Soma, qui lui confère sa force surhumaine et son exaltation. Il règne sur la capitale céleste, Amaravati, située sur le mont Meru.
Mythes
Le mythe fondateur d'Indra est la victoire sur Vritra ('l'Obstructeur'), un dragon ou serpent démoniaque qui retenait les eaux cosmiques (les nuages, les rivières). En le transperçant avec son Vajra, Indra libère les eaux, fertilise la terre et libère la lumière (l'aurore), recréant ainsi le monde. C'est l'acte paradigmatique du dieu créateur par la violence. Un autre mythe majeur est sa victoire sur le démon Vala, libérant les vaches (symbole de la richesse et de la lumière). Dans l'épopée du Mahabharata, il est le père biologique du héros Arjuna et lui donne des armes divines. Il est aussi connu pour ses nombreuses conquêtes amoureuses et ses faiblesses, comme sa peur face au démon Ravana (dans le Ramayana) ou sa punition pour avoir tué le brahmane Vritra, le forçant à porter ses péchés sous forme de taches sur son corps.
Culte
À l'époque védique, le culte d'Indra était central, impliquant de grands sacrifices (yajña) et des libations abondantes de Soma pour s'assurer de sa faveur, notamment la victoire à la guerre et la pluie. Des rituels comme le Vajapeya et le Rajasuya (sacres royaux) lui étaient associés. Dans l'hindouisme classique, son culte direct décline au profit de celui de Vishnou, Shiva ou la Déesse, mais il reste une figure majeure du panthéon. Il est invoqué dans les rituels pour la pluie (comme la fête d'Indrajatra au Népal). De nombreux temples anciens lui sont dédiés, comme celui d'Indra à Ellora, mais il est plus souvent représenté comme une figure de cour céleste dans les temples dédiés à d'autres dieux.
Influence
L'influence d'Indra est immense. Il est le prototype du roi-dieu et du héros guerrier dans la littérature indienne. Son mythe de tueur de dragon se retrouve dans de nombreuses cultures indo-européennes (Zeus/Typhon, Thor/Jörmungandr). En Asie du Sud-Est (Thaïlande, Cambodge, Indonésie), intégré via le bouddhisme et l'hindouisme, il devient une figure importante (Phra In en Thaï, souvent représenté). Dans le bouddhisme (sous le nom de Śakra ou Sakka), il est le protecteur du Dharma et réside dans le ciel Trayastrimśa. Au Japon, il devient Taishakuten. Sa figure, bien que moins vénérée aujourd'hui, demeure un pilier de la mythologie et de l'iconographie indiennes, symbole de la puissance temporelle et de la lutte perpétuelle contre les forces obscures.
